CAREME 2 B

« Il fut transfiguré devant eux »

(Marc 9, 2-10)

Le carême est un temps de grâce. Il nous permet de nous poser et de revenir au Seigneur. Il nous introduit dans le mystère de l’homme Jésus reconnu Fils de Dieu mais aussi de nous reconnaître en lui et de partager sa divinité. Après avoir vaincu les tentations au désert, le voici sur la montagne. Il y révèle son identité divine et sa mission salvifique. Identité perçue à sa naissance et à son baptême. Mission reçue de nous sauver et de nous redire l’amour inconditionnel du Père. Son identité révèle sa mission. Sa mission révèle son identité. Fils de Dieu, il nous sauve en venant nous chercher au plus profond de l’être et en transformant notre identité en fils et filles de lumière. Mystérieux échange qui nous rend participants du divin alors que Dieu a pris notre chair ! Merveilleuse relation qui n’est qu’amour ! D’une montagne à l’autre, l’Écriture a préparé la rencontre. La montagne de la Transfiguration anticipe la montée pascale : montagne du calvaire puis entrailles de la terre pour resurgir au matin de Pâques et enfin remontée vers le Père à l’Ascension. La montagne est toujours un lieu de partage et d’écoute, un lieu de dialogue qui sait aussi se taire devant la beauté et la grandeur. Jésus nous apprend la vérité de l’amour trinitaire mais aussi la grandeur de l’humanité sauvée et recréé.

  1. 1. Jésus, icône de Dieu.

Il aura fallu la Résurrection pour l’admettre : c’est désormais clair, Jésus est le Fils de Dieu, Dieu-parmi-nous, vraie icône du Père et reflet de sa divinité. Comment percevoir cela dans la vie terrestre du Christ ? Il y aura bien eu quelques professions de foi spontanées, suscitées par le miracle ou par le mystère de la personne du Christ. Il y aura bien eu l’œuvre du Christ, reflétant l’œuvre de Dieu. Il y aura surtout eu un mystérieux sentiment de présence, de vérité, d’authenticité. Rien ne ment dans cet homme. Tout porte à Dieu. Tout transpire de vérité car tout est fait dans l’amour. Jésus le Christ est Dieu.

Le Fils de Dieu : le Christ est-il Dieu ? La question a suscité bien des débats et des controverses. Elle continue à se poser, surtout devant la négation totale de certains et les arrangements douteux des autres. Dieu peut-il s’incarner ? N’est-ce pas un blasphème ? Dieu peut-il donc être Trinité ? N’est-ce pas un retour aux triades antiques ? Par la force de la Résurrection et la clarté de Pâques, par l’expérience spirituelle et la Tradition Apostolique, par notre humble foi qui transporte les montagnes, nous affirmons haut et fort que oui, il est Dieu. Et c’est parce qu’il est Dieu que le salut est totale, ontologique, complet, transfigurant. Dire qu’il est Fils est une analogie. Cela reflète le ‘genre’ de relation qui existe en Dieu entre les Personnes Divines. Il est Fils non par génération à notre manière humaine mais par engendrement éternel.

Le Fils du Père : la voix entendue à la Transfiguration comme au moment du baptême est claire : « Celui-ci est mon fils, écoutez-le ». On pourrait dire que les Apôtres ou même Jean Baptiste ont mal compris. La nouvelle est tellement incroyable et surprenante, bouleversante et ‘inconcevable’ pour un juif, qu’elle n’en est que plus crédible. Elle vient compléter le long chemin de révélation, commencé avec Abraham et conclus avec le dernier livre du Nouveau Testament. Finalement, n’est-ce pas ce qui a été préparé depuis le début ? N’est-ce pas ce que Dieu voulait révéler : il est Père et il donne son Fils dans la fougue de l’Esprit. Il est Père et il crée l’univers dans la fougue de l’amour trinitaire. Il est Père et il nous accueille en lui dans la fougue de l’amour du Fils et de l’Esprit !

Le Dispensateur d’Esprit : Qui est cet étrange hôte des cœurs qu’on ne réussit jamais à saisir ?  Est-ce un esprit quelconque ou est-ce ‘plus’ ? On perçoit la présence de  l’Esprit tout au long de l’histoire d’Israël. C’est une présence mystérieuse mais qui ne fait jamais défaut. On a bien essayé de le définir par des images : vent, feu, tempête, nuée,  colombe, flammes… On a bien essayé de l’enfermer dans le temple mais il en sort aisément. Le voici, cet Esprit du Père et du Fils, plus libre que le vent, plus impétueux que la tempête, plus vif que la flamme, plus profond que l’image… Esprit d’amour qui plonge dans la vie divine et révèle peu-à-peu le mystère du Dieu Amour. Alors qu’il révèle le Fils, le Fils le révèle comme l’avocat, le défenseur, l’amour… Liberté donné à notre liberté !

Jésus sur la montagne bouleverse notre théologie, notre réflexion, nos habitudes. Dieu se manifeste par Lui et en Lui. Jésus le Christ est le Fils, Dieu parmi nous !

  1. 2. Jésus, icône de l’homme.

Cette expérience de la Transfiguration nous plonge dans le mystère divin certes, mais aussi dans le mystère de l’homme. En parlant de Dieu, ne parle-t-on pas aussi de l’homme, de sa vocation, de ses limites et de sa grandeur ? Cet homme aimé et racheté, sauvé et transformé. Jésus révèle toute notre grandeur en dévoilant son humanité transfigurée par le divin. Il rend possible la rencontre entre ce qui semble opposé mais qui en fin de compte était appelé à communier.

Humanité transfigurée : Quel est le sens de la Création ? Pourquoi le péché a-t-il tout compromis ? Comment Dieu nous sauve-t-il ? L’incarnation du Verbe et sa mort en croix, la Résurrection du Fils et le don de l’Esprit sont la réponse du Père. L’incarnation prépare notre humanité à la rencontre, la croix nous obtient le pardon, la Résurrection nous transfigure et l’Esprit nous divinise chaque jour plus. L’humanité du Christ est cette humanité voulue à l’origine et prête à la rencontre, à la communion.

Humanité en communion : la volonté de Dieu s’exprime dans la Transfiguration du Christ. C’est la volonté d’accueillir en lui ce que nous sommes dans l’amour. Nécessitant purification et préparation après notre rébellion, nous voici aptes, capables de Dieu en Jésus Christ. La communion est possible, elle ne demande que notre liberté de choix et notre amour profond. Communier au Mystère de communion qu’est la Trinité est notre origine et notre avenir.  Cette communion s’exprime et s’expérimente dans le concret de nos relations, de notre spiritualité, de notre éthique, dans le concret de la vie ecclésiale, familiale, sociale et communautaire. Ne devrait-elle pas s’exprimer dans notre approche politique et nos choix économiques ?

  1. 3. Conclusion : transfigurés par l’amour

Jésus est transfiguré dans l’amour du Père par l’Esprit : il est Dieu.

Jésus est transfiguré par l’amour dans sa chair : il est homme.

Jésus nous transfigure par l’amour pour refléter dès maintenant la beauté de l’amour trinitaire. En perçant le mystère de l’amour en Dieu, nous découvrons le mystère de l’amour filial.

 

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