CAREME 5 B

« Nous voudrions voir Jésus »

(Jean 12, 20-33)

La Semaine Sainte arrive à grand pas. On va vivre à nouveau ce moment dramatique mais lumineux. On participera à cet événement avec tout son amour pour ‘supporter’ le drame mais surtout pour percevoir la profondeur du don du Christ et la grandeur du Père qui nous sauve dans l’Esprit. Drames trinitaires par excellence, la Passion et la Résurrection du Christ nous introduisent dans le mystère d’amour du Dieu trois fois saint et dans la communion éternelle des Personnes Divines. Comment aborder cette Semaine Sainte sans d’abord bien comprendre que le Christ est le Fils de Dieu ? C’est à partir de son identité que sa mission prend du sens. Sa mission illumine son identité. On assiste au drame divin de l’amour mais on y participe en tant que Corps du Christ et disciples du Maître qui n’est autre que le Fils. Ce dernier dimanche de carême est une plongée dans les relations du Fils et du Père qui vont donner toute leur signification à la mort et Résurrection de Jésus. Voir ou toucher Jésus le Fils, c’est voir et toucher Dieu le Père dans la puissance de l’Esprit.

  1. 1. Voir Dieu en voyant Jésus.

Depuis toujours, l’homme a voulu connaître le divin. Il a tenté de percer les secrets de la vie et donc de Dieu. Il a reconnu une force supérieure qui devait être à l’origine du monde. Mais comment connaître cette force ? Est-ce une personne, des personnes ou une énergie supranaturelle ? Les religions sont des réponses imparfaites à ces questions. Les rites sont des tentatives imparfaites pour atteindre le mystère. Il faudra attendre que Dieu se révèle pour avancer dans cette quête et enfin percevoir cette Présence. Il faudra attendre l’incarnation du Fils pour toucher de nos mains le Verbe de vie et voir de nos yeux le Dieu invisible. Dans l’Esprit du Père et du Fils, la Trinité se laisser entrevoir par l’amour.

L’Incarnation comme réponse : dans les mythologies, les dieux prennent des formes humaines pour vaquer à leurs désirs. Ils ne se compromettent que pour assouvir leurs passions et perturber l’harmonie du créé. Rien à voir avec l’incarnation du Fils de Dieu. Dieu prend vraiment chair et l’assume. Dieu touche vraiment notre être et le transforme. Dieu devient vraiment l’un de nous. Pour quelle raison ? Pour nous rejoindre, nous transfigurer, nous diviniser. L’incarnation  assume la chair au niveau de Dieu et lui donne l’éternité. Comment est-ce possible ? Comment le fini et le mortel peuvent-ils prétendre à l’infini et à l’immortalité ? Mystère de l’amour qui nous renverse. Si l’incarnation est une illusion, le christianisme est un mensonge. Pendant le carême, nous assumons notre vie nouvelle en Christ et nous tendons vers l’éternité avec notre chair.

La Passion comme réponse : dans l’histoire humaine, les drames et les injustices, les innocents condamnés et la torture sont une constante malheureuse. En Jésus, parce qu’il est le Fils de Dieu, le drame devient divin et la mort prend un sens nouveau. Par sa Passion, le Christ se donne et nous obtient le pardon. Il élimine les obstacles et les esclavages, les liens douteux et les tendances mortifères. Il rompt le cycle de la vengeance et de la haine. Il rétablit les liens avec le Créateur, révélé Père de miséricorde. Il est vainqueur par son amour. Si la Passion n’est pas un drame d’amour, le christianisme est un mensonge et un masochisme douteux. Pendant le carême, nous touchons le concret de l’amour et nous entrons dans une relation nouvelle avec le Dieu révélé.

La Résurrection comme réponse : le cœur de l’homme a toujours espéré l’éternité, une vie sans fin, une nouvelle naissance. Il a toujours voulu être Dieu. Le vieillissement et la mort l’ont ramené à sa réalité de mortel. Et portant, la vie éternelle lui est accordée. La vie nouvelle lui est donnée. C’est en s’unissant au Christ Fils de Dieu, en rejetant les actes de mort et en vivant de l’Esprit d’amour qu’il peut atteindre le Père. La Résurrection n’est pas une réanimation, c’est un bouleversement cosmique, spirituel, ontologique qui transfigure l’univers et l’humanité. La Résurrection est la réponse radieuse et éclatante du Père qui manifeste tout son amour envers le Fils et qui nous emporte avec lui dans l’Esprit. Si le Christ n’est pas ressuscité, le christianisme est un mensonge éhonté et une promesse creuse. Pendant le carême, nous  touchons la force de vie qui vient de la Résurrection du Christ et nous accueillons le divin en nous pour vivre dans l’amour trinitaire.

Voir Jésus, c’est voir Dieu car le Fils s’est incarné et a transformé notre chair en réceptacle du divin, car la Passion du Fils nous a introduits dans le mystère de l’amour, vraie identité du Dieu révélé, car la Résurrection nous a transfigurés pour voir Dieu de nos yeux de chair ouverts désormais sur l’infini.

  1. 2. La croix, glorification du Fils.

La croix est le signe visible du christianisme. Nous la portons à  notre cou et nous la plaçons dans nos maison, dans nos églises ou à la croisée des chemins. Elle est signe. Elle est l’œuvre de Dieu. Elle est l’amour manifesté. Alors que la croix est un instrument de douleur et de mort, l’amour de Dieu en a fait un instrument de salut et de vie. Elle est notre unique espérance.

La gloire de Père : la création a été pendant longtemps le signe de la présence divine et le chemin pour connaître Dieu. En ces derniers temps, le Père a voulu le don du Fils pour montrer son amour et sa miséricorde. Moment dramatique qui nous interroge mais moment de communion et de profonde relation par lequel  les relations trinitaires se sont manifestées. La volonté de Dieu s’est dévoilée et du coup, sa Face Divine s’est reflétée dans la Sainte Face du Christ torturé. Contempler la Sainte Face du Fils, c’est contempler la Face éternelle du Père dans l’Esprit. Étonnement, la beauté de Dieu se manifeste sur la croix !

La gloire du Fils : c’est à la croix que le Christ est glorifié car son sacrifice révèle son amour pour le Père mais aussi pour le genre humain. L’incarnation était déjà un signe éclatant de l’amour. La croix vient surélever cette manifestation. La croix prendra toute sa beauté dans la Résurrection glorieuse qui illuminera, de la lumière divine, l’amour divin. Alors que le Père est glorifié par le sacrifice du Christ, le Christ est glorifié dans l’amour du Père. L’Esprit est donné pour participer à cette gloire. C’est en passant par la croix douloureuse mais glorieuse que la Résurrection se manifeste en nous. Le Visage défiguré du Christ en croix est le Visage transfiguré du Fils qui nous plonge dans la beauté du Père par l’Esprit.

  1. 3. Conclusion : l’Heure de Jésus est notre Heure.

Voir Jésus, c’est voir Dieu. Par Jésus, on touche le Père. Par Jésus, l’Esprit nous met en communion. Les Sacrements, éléments sensibles de notre monde, nous introduisent dans le mystère invisible.

Voir Jésus, c’est participer de sa glorification. Le Père est glorifié dans le Fils et nous sommes glorifiés avec le Fils. La Passion et Résurrection du Christ sont le chemin vers le Dieu d’amour.

Père Francis

 

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