PAQUES 2 B

« Avance ici ton doigt »

(Jean 20, 19-31)

Le Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité ! Ce chant de victoire traverse l’univers et rejoint les anges. Il perce les cœurs meurtris et redonne espérance. Il suscite la foi qui s’accomplit dans l’amour. La Résurrection n’est pas l’acte banal du réveil du Christ mais l’explosion de joie du monde visible et invisible, la révélation ultime de la divinité du Fils, la transfiguration de l’humain pour l’unir au divin. La lumière a jailli pour ne plus d’éteindre. L’espérance a vaincu pour ne plus désespérer. La joie a jailli pour un chant éternel. L’amour a jailli du cœur de la Trinité pour être partagé. La grâce est donnée à tous ceux qui croiront, qui espéreront et qui aimeront. La Résurrection nous plonge dans l’amour trinitaire pour le partager dans une communion éternelle. Elle change notre regard sur le monde et sur les autres. Elle fait luire l’invisible dans notre quotidien. Elle fait de notre chair transfigurée le chemin vers Dieu. Elle nous entraîne au cœur du sens et de la vérité. Il faudra du temps aux Apôtres pour saisir la nouveauté du matin de Pâques. Ils sont lents à comprendre, à interpréter, à pénétrer le mystère. Ils se lanceront sur les routes du monde pour annoncer la Bonne Nouvelle, cette première annonce joyeuse et profonde, vitale et dynamisante, merveilleuse et bouleversante. Il est ressuscité et désormais tout est possible. On peut voir Dieu par le Christ. On peut le toucher par les signes qu’il a laissés et qui nourrissent votre foi.

  1. 1. Par la Résurrection, voir Dieu.

L’histoire de l’humanité est faite de recherche et d’échecs. Le bon et le mal se côtoient. Le bon parvient à saisir le beau et par le beau le mystère. Le mal l’enferme dans une prison, parfois dorée mais toujours ténébreuse.  L’homme cherche à atteindre l’infini. Pour cela, il inventera des religions et les philosophies, les rites et les lieux sacrés… pour cela, il est prêt à donner son sang car l’infini, l’immortalité sont inscrits en lui, en creux, comme un manque, une espérance, une main tendue vers le Ciel. Le sens du divin s’impose à lui mais comment le saisir, le comprendre, entrer en relation ? La révélation biblique est la main tendue de Dieu vers l’humanité. Dieu se manifeste pour dire sa volonté et proposer son Alliance. La venue du Christ parachève cette révélation : l’incarnation pour unir le divin et l’humain, la mort du Christ pour obtenir le pardon et la justification, la Résurrection pour communier et devenir Dieu. Ainsi, par le Christ ressuscité, voir Dieu devient possible.

Voir Dieu par le Christ : St Jean sera émerveillé d’avoir, à travers le Christ Jésus, perçu le Verbe de Dieu. « Ce que nous yeux ont vu… le Verbe de vie ». Tout son Évangile reflètera ce bonheur et tentera de transmettre cette espérance.  Seul le Christ donne accès à Dieu qui se révèle Père dans l’Esprit. Seul le Christ peut nous introduire dans ce mystère caché depuis toujours et enfin révélé dans la Résurrection. Le Christ seul est la Porte du Ciel, le Chemin et la Vie. Dans sa Lumière, nous voyons la Lumière. Contempler le Christ ressuscité, c’est voir Dieu. C’est la raison de toutes nos icones et images sacrées… elles nous plongent dans le mystère et nous ravissent en Dieu.

Voir Dieu par les signes du Ressuscité : les Apôtres, à la suite du Christ, nous donneront les 7 signes sacrés, les 7 sacrements qui font « ce qu’ils disent » par la puissance de l’Esprit Saint. Ils nous plongent dans le mystère célébré et accueilli (sacramentum, en latin = mysterium en grec). Si le sacrement a besoin de parole et de matérialité, il est efficace pour toucher le mystère. L’eau du baptême nous unit vraiment à la mort et résurrection du Christ en faisant de nous des êtres nouveaux. Le pain et le vin consacrés deviennent vraiment le Corps et Sang du Ressuscité dans cette acte suprême de consécration qui actualise la Passion et Résurrection du Christ. La confession des péchés proclame vraiment le pardon et la vie nouvelle en Christ par l’Esprit… Il reste le grand sacrement qu’est l’Église, Corps du Christ, Peuple de Dieu et Temple de l’Esprit. Ce peuple nouveau est uni au Christ pour célébrer la merveille de la recréation et participer à la célébration trinitaire éternelle.

Voir Dieu avec les yeux de la foi : on a toujours voulu voir Dieu mais nos yeux de chair ne peuvent supporter cette vision. Par le Ressuscité, nous sommes préparés à VOIR, par la foi, la présence réelle du Père dans le Fils par l’Esprit. Nous sommes prêts à CONTEMPLER, par l’amour, la beauté de Dieu qui se donne pour accomplir notre propre beauté humaine. Nous sommes capables d’ADORER l’unité toute-puissante de la Trinité qui se laisse enfin saisir et qui nous emporte en son sein.

Voir Dieu est possible par le Christ ressuscité. C’est en Christ que nous saisissons toute la grandeur de notre vocation filiale établie en lui dans l’Esprit. Le Père se laisse désormais toucher.

  1. 2. Par la Résurrection, toucher Dieu.

Qui n’a voulu toucher le mystère ? Nous nous déplaçons parfois dans des sanctuaires et nous aimons toucher les lieux qui ont vu passer le Christ et les saints qui ont été si bien unis au Père. Toucher est un sens essentiel pour l’homme car il met en contact avec l’autre, avec la réalité tout en donnant un sens d’invisible. C’est comme si nos sens ressentaient l’invisible. Voyons Thomas dans l’Évangile du jour : il veut mettre son doigt dans les plaies du Christ. Le Christ l’y invite comme expression de sa miséricorde et de sa tendresse. Oui, on peut toucher le Christ désormais.

Le Corps ressuscité du Christ : la chair du Christ nous est donnée. Transformée par l’Incarnation, elle est transfigurée par la Résurrection. La chair du Christ, son Corps nous est donné pour la vie éternelle. Les sacrements la perçoivent. La communion eucharistique la reçoit. Par la force de l’Esprit, la volonté du Père et le don du Fils, l’Eucharistie est le lieu de la Présence réelle du Ressuscité. En recevant le Christ, c’est son Corps qui s’unit au nôtre, c’est sa vie qui se répand en nous, c’est sa divinité qui transfigure notre humanité. On reçoit et on touche le Corps sacré du Christ pour notre plus grand bonheur.

Le Corps mystique qu’est l’Église : le Corps du Christ englobe l’univers. Il a les dimensions de l’éternité et de l’infini. Nous sommes en union avec lui par notre baptême et nous le rejoindrons dans le moment de grâce. Ce Corps est aussi l’Église, union de tous les croyants en Christ, présentée au Père dans l’Esprit Saint. Ce Corps est animé par l’Esprit Saint pour la gloire du Père. Ce Corps est en mouvement par l’amour qui le dynamise. Ainsi, aimer l’autre, mon frère, ma sœur, le pauvre ou le riche, le pécheur ou le saint, c’est le Corps du Christ qui je touche, que j’aime, que je reconnais. On perçoit et on touche le Corps sacré du Christ dans l’amour de l’autre.

  1. 3. Conclusion : la miséricorde se manifeste à nous.

Par la Résurrection, le Christ se laisse toucher car Il est miséricorde, le Père se laisse trouver car il est pardon, l’Esprit se donne car il est tendresse. La Trinité se manifeste car elle est amour.

Il est ressuscité. Bonnes fêtes de Pâques.

P. Francis

 

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