ORDINAIRE 19 B

« Il a la vie éternelle celui qui croit »

(Jean 6, 41-51)

Jean chapitre 6 poursuit sa réflexion sur le Pain de vie et sur la présence aimante et efficace du Christ dans son Église et dans le monde. Au-delà du récit ‘historique’ de l’institution de l’Eucharistie, il nous propose un approfondissement du mystère qu’est la présence du Ressuscité sous les apparences du pain et du vin consacrés. Il s’agit d’un chapitre majeur puisque la messe est le culte d’adoration par excellence du catholicisme. Culte transmis par les Apôtres (Tradition apostolique), la messe reste pour le croyant l’événement majeur de la semaine par lequel il rencontre son Seigneur en communauté. Certes la prière personnelle est importante et même nécessaire pour qui veut rester en communion avec Dieu, mais la messe est cette rencontre ‘physique’ et spirituelle qui transforme la vie et sanctifie l’âme. Recevoir la communion permet de rester en communion. S’avancer vers la communion eucharistique c’est s’avancer vers la pleine communion trinitaire. Le Pain de vie nous plonge déjà dans l’éternité et cette éternité, c’est l’amour en la Trinité Sainte. Grand mystère qu’on n’épuisera jamais !

  1. 1. Il est grand le mystère de la foi.

La liturgie nous fait proclamer après la consécration : « Il est grand le mystère de la foi ». C’est le moment de l’étonnement, de la joie, de l’excitation. Après avoir invoqué l’Esprit Saint et loué le Père, on vient de prononcer les paroles du Christ. Ces paroles qui sont Parole de Dieu en l’Esprit. Cette Parole qui transcende le temps et l’espace et qui nous rend participants de l’unique sacrifice, de la Dernière Cène, de la lumière de Pâques ! Il vient à nous pour nous porter en lui. Il se rend présent pour nous présenter au Père. Il est là, au milieu de son Peuple comme il l’était au milieu de ces disciples au matin de Pâques. Il nous emporte dans sa victoire pascale.

Présence sacramentelle : on ne voit rien, on ne sent rien mais on reconnaît sous les signes la Présence du Christ. Certains se moquent de nous en constatant le ‘non-changement’ des espèces eucharistiques. Ils s’attendent à voir apparaître un morceau de chair ou un flot de sang. C’est là le mystère de l’incarnation qui s’éclaire par la Résurrection : désormais, Dieu se sert de la matière pour faire surgir l’Esprit. Il n’y a plus de barrières car en Christ tout est assumé. Le pain se transforme en Corps du Christ en substance même si les apparences physiques restent inchangées. Les signes sont visibles aux croyants qui savent leur Seigneur capable de transfiguration puisque Créateur et Sauveur.

Présence réelle : on reconnaît et on sait. On reconnaît le Seigneur par sa Parole puissante et par sa Lumière pascale. Le Pain et le Vin consacrés nous rapprochent de lui car sa Présence est réelle. Elle n’est pas symbolique ou imagée. Elle n’est pas figurée ou sujet à la seule foi. Elle est réelle et vraie car Dieu ne peut mentir et nous tromper. Alors que la présence divine est omniprésente par nature, ici il y a une entrée sur le Ciel et un dévoilement de la nature divine dans la matière. Dieu englobe la matière comme il englobe tout le créé. C’est son  choix de vouloir se laisser toucher à travers les espèces du pain et du vin. Puissance de la Résurrection, l’Eucharistie est puissance de présence et réalité divine devant nos yeux étonnés et émerveillés.

Présence aimante : pourquoi tant d’humilité de la part du Créateur ? Les non-chrétiens nous reprochent d’avoir ‘sali’ Dieu par l’incarnation, de l’avoir réduit à un homme ou de nier son omnipotence. Il n’en est rien. Dieu se serait-il sali en s’incarnant ? Sa création est-elle à ce point vile et impure ? N’a-t-il pas au contraire montré toute la beauté du créé par son entrée dans le monde et toute la grandeur de l’homme par son incarnation ? Sa puissance se manifeste de façon plus éclatante dans son humilité et sa proximité. Tout cela à cause de l’amour. L’amour est la raison de ce déraisonnement. Notre esprit a bien des difficultés à accepter l’humilité de l’Omnipotent, la présence réelle et sacramentelle de l’Omniprésent, le dévoilement de l’Omniscient. Mais l’amour n’a cure de ces limites que nous lui imposons. C’est l’amour qui gagne et nous déroute. C’est l’amour qui rend présent l’Aimant au milieu des aimés. L’Eucharistie, c’est la victoire de l’amour sur nos limites réelles ou imposées.

Quel grand mystère que seule la foi décèle ! Au-delà des limites, il y a une irruption du divin dans notre monde créé. Irruption constatée à l’incarnation du Fils et manifestée à sa Résurrection, irruption du Ressuscité dans la vie de l’Église, du croyant, de l’homme de bonne volonté. Irruption de l’amour là où tout semble impossible.

  1. 2. Il est grand le mystère de l’amour.

Pas d’Eucharistie sans amour car il n’y a pas de christianisme sans amour. L’amour est l’Être de Dieu. C’est donc par lui qu’on peut comprendre la révélation et le mystère de la présence du Christ aujourd’hui. L’amour est l’origine de tout. Il est la clé de lecture de la Bible et de la vie du Christ mais aussi de l’institution-Église qui est communion en la Trinité.

Eucharistie, présente trinitaire : la messe est l’action de grâce rendue au Père par le Fils dans l’Esprit. Dieu le Père reçoit notre adoration à travers le Christ dans l’Esprit Saint.  Le Christ s’offre et nous emporte dans son offrande pour vivre de l’Esprit et aimer le Père. En se rendant présent, le Ressuscité nous attire vers le Père car la communion est déjà communion avec le Père dans l’Esprit. Rien de plus trinitaire que l’Eucharistie. La messe est un mystère qui ouvre le Ciel et nous met en relation avec la Trinité.

Eucharistie, présence communautaire : la messe est l’action de grâce rendue par l’Église en communion. C’est la communauté qui célèbre son Seigneur, qui adore son Dieu, qui appelle l’Esprit. C’est ensemble, comme Église que nous avançons pour rejoindre la Tente de l’Alliance Nouvelle en Christ. Église, Corps du Christ, nous recevons le Corps du Christ pour vivre maintenant dans la communion. Encore faut-il en toute humilité vivre d’unité et de respect mutuel. A l’image de la Trinité célébrée dans l’Eucharistie, l’Église doit vivre dans l’unité et la communion.

  1. 3. Conclusion : le Pain descendu du Ciel.

Le Ressuscité a vaincu le temps et l’espace, le péché et la mort et nous a donné grâce et bénédiction. Il est au-delà de nos limites pour s’approcher de façon réelle de la communauté croyante qu’il fait vivre de sa vie divine.

Le Ressuscité se rend présent de façon mystérieuse mais réelle dans la célébration eucharistique qui est le lieu de son sacrifice et de sa victoire. Non pas répétition mais participation, la messe nous emporte dans l’adoration trinitaire par la communion au Corps et Sang du Christ, anticipation de la communion éternelle en la Trinité Sainte. Seul l’amour est capable d’une telle grandeur.

P. Francis

 

This entry was posted in Année B, Français, Père Francis, Temps Ordinaire II. Bookmark the permalink.