ORDINAIRE 20 B

« Celui qui mange ce pain vivra éternellement »

(Jean 6, 51-58)

Le Chapitre 6 de St Jean a été lu en Église pendant trois dimanches. On a entendu ces paroles étonnantes et merveilleuses. Étonnantes car elles nous introduisent dans une réalité spirituelle inattendue et surprenante. Merveilleuses car elles nous plongent dans le mystère trinitaire à partir de la Personne du Christ, Verbe éternel et Sagesse de Dieu. Certes, le miracle de la manne au désert avait convaincu les hébreux de la puissance divine et de son soutien, grâce à la prière de Moïse. Ici, on change de registre, on entre dans le mystère lui-même, dans la sphère divine, dans la communion possible avec Dieu. Par les sens, on communie à l’immatériel. Par le visible, on voit l’invisible. Par la foi, on reçoit l’amour dans l’espérance d’une éternité enfin acquise. Ici, Dieu Lui-même se laisse toucher, manger, absorber. Mystère grandiose du christianisme qui passe par le matériel pour voir l’immatériel, par l’incarnation pour voir l’invisible, par nos cœurs pour voir le Cœur du Père !  Mystère humble et grand, dieu se fait proche pour nous rencontrer par-delà les limites et les distances. Le Christ insiste sur la manducation de son Corps car il est la Voie et la Lumière. La grâce est donnée par lui. La Trinité dévoile son mystère d’amour en lui. L’Esprit accomplit son œuvre par lui.

  1. 1. Pain pour aujourd’hui.

On a besoin de pain, de nourriture. Quoi de plus élémentaire et essentiel ? Nos corps ne peuvent survivre à de trop longues et grandes privations. Nous atteignons les limites de notre nature humaine dès que nous sommes privés de pain, symbole de tous nos besoins. Ce geste si simple et si important de se nourrir est repris par Jésus pour être compris. L’assimilation de la nourriture est signe de notre union au Christ et de notre assimilation à la divinité. Nous devenons ce que nous mangeons, dit-on parfois. Nous reflétons ce que nous mangeons, pourrait-on dire.

Pain quotidien : le « Notre Père » rappelle la nécessité du « pain de ce jour ». Il est le fruit de notre travail et de nos efforts. La sueur de notre front est le signe de cette quête qui nourrira famille et parents, pauvres et amis. De même, nous avons besoin de ce pain spirituel donné par le Christ pour grandir dans la foi et la vérité. La Pain de vie est aussi nécessaire à notre vie quotidienne que le pain de blé. La recherche du Pain de vie est aussi important que la recherche du pain de blé. En parallèle, la vie terrestre s’épanouit avec notre vie spirituelle. La vie spirituelle est soutenue par la vie terrestre et vice-versa. Deux réalités qui se complètent sinon la vie perd son sens et nos efforts tombent dans l’absurde.

Pain consistant : le « pain de ce jour » a besoin d’être consistant et complet. Il a besoin de donner force et courage. Le ‘pain noir’ perçoit nos inquiétudes. La ’journée sans pain’ démontre nos limites. Le ‘pain dur’ rappelle les difficultés de la vie… Bien des expressions qui indiquent que le pain est essentiel mais qu’il doit répondre à des critères pour être doux à nos palais et tendre à nos cœurs. Ainsi en est-il de notre vie spirituelle. Elle a besoin de la vraie nourriture qui donne vie et force, grâce et sens. Elle a besoin de la vigueur du Fils pour élever l’âme vers le Père dans l’Esprit Saint. Manger « la Chair du Fils de Dieu et boire son Sang » sont des gestes de vie et de grâce qui donnent consistance et stabilité à nos vies. Quoi de plus consistant que de recevoir Dieu Lui-même ? Peut-on espérer plus que le Divin avec toute sa splendeur ? Quoi de plus tendre à nos cœurs que le Cœur aimant du Père ?

Pain de sainteté : le « pain de ce jour », pour être mangé avec plaisir et sérénité, doit être gagné honnêtement. On regarde avec tendresse ces hommes et ces femmes qui partent chaque jour gagner leur pain et qui le font avec dignité et persévérance. Chacun reflète l’œuvre du Créateur. Chacun s’unit à l’œuvre du Rédempteur. Chacun agit à l’œuvre de l’Esprit Saint. Chacun aime avec un cœur trinitaire. Ce courage, ces sacrifices, ces efforts rejoignent la paix de Dieu et reçoivent la valeur humaine et spirituelle qu’ils méritent. C’est un chemin de sainteté. De même, le Pain de vie et le Calice du salut sont notre communion à la sainteté de Dieu par le Fils. C’est l’Esprit qui consacre et sanctifie. C’est le Christ qui s’offre. C’est le Père qui reçoit et accepte le don parfait. Le pain quotidien se mêle au Pain de vie qui est le fruit « de la terre et du travail de l’homme ». Le pain quotidien devient le Pain de vie par l’action de Dieu pour nous rejoindre au plus profond de notre agir et de notre désir.

Jésus nous invite à manger son Corps et boire son Sang qui sont vraie nourriture et vraie boisson. Ce geste si simple de la vie quotidienne devient un geste porteur d’éternité et de vérité. Il nous plonge dans la vie divine et nous partage l’amour trinitaire.

  1. 2. Pain pour l’éternité.

Notre Église a maintenu pendant des siècles son émerveillement et a toujours célébré avec dignité ce moment de grâce. Transmise par les Apôtres, la Fraction du Pain est un geste originel et rituel, un geste efficace et sanctifiant, un geste de fraternité et de communion. Pourquoi tant de respect et d’encadrement ? Pourquoi tant de restrictions et de réserve ? Il s’agit ici d’un geste de sainteté qui touche à la sacralité et à la Sainteté de Dieu. On ne peut négocier avec ces « Choses Saintes » car elles portent Dieu dans notre monde et notre vie.

Irruption de l’éternité dans nos vies : la Pain de Vie, c’est Jésus le Ressuscité qui se rend présent. Mais là où se trouve le Fils, là se trouve le Père. La demeure de la Trinité, c’est le cœur du croyant, devenu fils ou fille en Jésus Christ. Si Dieu fait sa demeure en nous, combien plus sa présence ne resplendit dans le Pain et le Vin consacrés. Tout à coup, Dieu est là, la Trinité se fait présente par le Ressuscité.

Irruption de l’éternité dans le monde : Le Pain de Vie, c’est Jésus le Vivant qui est présent au monde soumis à son autorité de Fils et Seigneur de l’univers. Par la Présence Réelle, le Fils règne sur le monde et trône dans son Royaume. Il est le Puissant au milieu de son Peuple. Présence puissante et efficace mais Puissance humble et pauvre au risque de la profanation et du blasphème. Puissance d’amour qui se laisse trouver, contemple, regarder, aimer.

  1. 3. Conclusion : la communion est pour maintenant.

« Je suis le Pain vivant descendu du Ciel » et manger ce pain c’est rejoindre le Ciel.

« Je le ressusciterai au dernier jour » dit Jésus car la communion d’aujourd’hui est l’anticipation, la participation à la communion éternelle. La Trinité se laisse voir pour être adorer dans notre quotidien par le Christ ressuscité afin d’être aimée et adorée dans l’éternité.

P. Francis

 

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