ORDINAIRE 22 B

« Ecoutez-moi tous, et comprenez bien… »

(Marc 7, 1-23)

Après sa longue présentation du Pain de vie, Jésus s’en vient à attaquer les formes extérieures de la religion. Il ne remet pas en cause ce qui vient de Dieu ni d’une saine interprétation de la Parole de Dieu. Il veut faire une différence entre ce qui est important et ce qui est accessoire, entre la Loi et les lois humaines, entre la Parole de Dieu et les traditions accumulées avec le temps. Il y a toujours un risque de se battre pour ce qui est aléatoire et d’oublier l’essentiel. Notre religion n’est-elle pas celle du cœur, de l’intériorité ? Jésus appelle à la conversion intérieure et non à l’observance des rites qui  ne transforme pas la vie ni les relations avec Dieu ou les autres. Le mot « pharisien » est devenu un synonyme d’hypocrite. C’est un homme qui dit sans agir, qui observe sans cœur, qui oblige sans se soumettre. Alors que le pharisien devait être un pieux religieux tourné vers son Dieu, il est devenu insipide et inhumain en se concentrant sur les formes extérieures de la religion. Si la religion et son décorum sont nécessaires, ils existent pour aider à toucher le transcendant et non pas pour occulter la Vérité.  Jésus nous met donc en garde contre cette tentation de remplacer la Loi par des lois, la Tradition par des traditions, l’essentiel par le superflu.

  1. 1. Une religion du cœur.

On dit parfois que le christianisme est « la religion de la sortie de la religion ». Il y a du vrai en cela car le christianisme se concentre plus sur la spiritualité et la communion que sur la surenchère des rites et des traditions. Le cœur-à- cœur avec Dieu est essentiel et fonde les devoirs religieux. On prie et célèbre parce qu’on aime le Seigneur et non par obligation ou sous contrainte. Jésus nous a donné la liberté de croire et d’aimer.

Liberté quant aux rites : le rite sans cœur ou extérieur n’a pas de valeur spirituelle. Il n’est qu’une observance ou une prescription appliquée sans enthousiasme. On confond parfois les gestes hérités par la Grande Tradition avec des gestuels passagers et contingents. Libérés de tout cela, nous sommes libres de célébrer le Dieu d’amour qui s’est donné par son Fils et qui donne encore son Esprit. La Tradition Apostolique, en fidélité avec l’Évangile, nous a transmis le vrai culte qui plait à Dieu et les sacrements qui nous mettent en sa présence. Nous nous offrons, en même temps que le Christ, en hosties vivantes et agréables à Dieu pour recevoir et vivre de son amour. C’est le don total de notre personne qui compte. C’est la réception totale de notre personne qui en résulte.

Liberté quant à la nourriture : l’interdit et le défendu a régi et régit encore bien des groupes humains. Les tabous alimentaires sont légions pour bien des raisons religieuses ou sociales. Le Christ nous en libère et déclare ‘pur’ tout aliment car ce qui entre dans l’estomac pour en ressortir plus tard n’est pas ce qui rend l’homme impur. C’est ce qui sort du cœur qui rend l’homme impur. La nourriture n’est un médium pour vivre et soutenir la vie. Elle ne peut nous rendre impurs religieusement sinon seulement nous rendre malades. Libres désormais de tout interdit alimentaire, nous envisageons le monde avec un regard neuf et ne faisons pas de différence entre les animaux et le créé. Dieu peut-il avoir créé quelque chose pour l’interdire ensuite ? Eprouve-t-il du dégout pour ce qu’il a créé ?

Liberté quant au choix : la contrainte en religion n’est pas chrétienne. On ne peut forcer à croire ou obliger aux pratiques religieuses. Pour les enfants, il y a certes un souci d’éducation et de transmission qui passe parfois par la conviction et l’imposition temporaire comme pour tout autre aspect de la vie éducative. Il y a pourtant un choix à opérer, un choix de vie, un choix fondamental. Le choix de croire en la Vérité révélée et transmise par l’Église à travers ses instituions et la famille. Il y a un choix à aimer comme le Christ le demande et à vivre sa foi dans une spiritualité toujours renouvelée. Il y a un choix spirituel qui implique des conséquences morales et pratiques. Ce choix se fait en toute conscience et connaissance de cause. On y implique l’intelligence et la raison, car il est raisonnable de croire. On y implique la conscience car il est nécessaire de suivre sa conscience en tout temps. On y implique son histoire car on est héritier d’une lignée familiale, d’une histoire nationale et d’une tradition religieuse. On y implique son expérience de Dieu car on ne choisit que ce qu’on aime et connaît.

Jésus invite à une religion du cœur, faite de spiritualité, de communion et de compassion. La miséricorde de Dieu s’y vit au-delà des interdits et des préceptes humains mais en-dedans du cœur et d’une relation intime qui éclot et apparaît à chaque instant. C’est du cœur que sortent nos intentions le plus pures comme les plus impures. A nous d’y veiller.

  1. 2. Une religion d’amour.

Notre foi est enracinée dans l’amour trinitaire. Cet amour trinitaire s’est fait connaître dans la vie, Passion et Résurrection du Christ. Par lui, Dieu s’est révélé. L’amour s’est dévoilé. La Trinité s’est fait connaître. Librement le Christ est mort pour nous et librement ses disciples vivent. Librement il a offert l’amour du Père et librement nous acceptons l’amour du Père. Librement il donne son Esprit pour vivre de la Trinité et librement nous recevons l’Esprit pour aimer en la Trinité. L’amour est au cœur de la foi.

Spiritualité et communion : par-delà les pratiques religieuses, le croyant vit de son Seigneur et de son amour. La pratique religieuse l’aide cependant à s’enraciner en Dieu, surtout par les Sacrements et l’Eucharistie, moment suprême de communion. La prière personnelle le rend plus proche de Dieu. La prière commune le rend solidaire en Dieu. Pratique et spiritualité ne s’opposent pas quand elles sont vécues dans l’élan trinitaire.

Morale et éthique : par-delà les obligations morales et sociales, il y a au cœur de l’homme un désir de cohérence. Sa pratique orale correspond à sa réflexion éthique. Son agir correspond à sa foi. Il agit comme il croit. Ainsi, l’éclairage et la formation de la conscience sont essentiels au risque de vivre écartelé entre la foi et l’agir. C’est souvent ce qui arrive quand l’action contredit la foi ou les convictions. Tout en tenant compte de nos faiblesses et de nos incontrôlables pulsions, il est vital de faire coïncider spiritualité et éthique, communion et morale. L’harmonie en est le fruit.

  1. 3. Conclusion : l’amour qui jaillit du cœur.

Jésus s’insurge contre les hypocrites qui mettent en avant les préceptes humains au détriment de la Loi divine. C’est une tentation très commune de la religion.

Jésus propose une religion du cœur qui met en cohérence la foi, la raison et la pratique religieuse et morale. La personne est un tout qui ne peut s’écarteler en de multiples échantillons.

Jésus nous parle de tendresse et de compassion, d’amour et de vérité. Dieu est communion et cette communion est accessible dès maintenant. Que l’amour jaillisse donc de notre cœur.

P. Francis

 

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