ORDINAIRE 32 B

«  Jésus  s’était assis dans le Temple… »

(Marc 12, 38-44)

Jésus se rend à Jérusalem. C’est là que se passeront les événements majeurs de sa vie de prophète et qu’il accomplira sa mission de salut. Jérusalem était le but de sa longue pérégrination qui l’a vu passer par bien des régions et rencontrer bien du monde. Il avançait d’un pas décidé vers la Ville Sainte car c’est en son sein que la Révélation devait atteindre son sommet. Jérusalem est le lieu du Temple, du Culte, de la Loi. Elle concentre les forces religieuses et messianiques. Elle concentre aussi les tendances contraires et les conflits. La ville de la paix est bien souvent un lieu de guerre, intérieure et extérieure. Jésus va la conquérir comme messie et y être rejeté comme prophète. Le Temple, lieu de rencontre, devra être purifié pour retrouver sa fonction originale de prière. Malheureusement, la politique et les conflits divers vont bafouer cette ville sainte, piètre image de la Jérusalem céleste appelée de tous nos vœux. Jérusalem va donc être le théâtre des événements qui assureront notre salut malgré leur dramatique. Les choses vont se précipiter pour Jésus comme aussi la Révélation va se préciser en lui.

  1. 1. Vie intérieure.

Jésus affronte les scribes et les pharisiens. Alors qu’ils se devaient d’être purs et versés dans l’Écriture et son interprétation, voilà qu’ils cèdent à la mondanité et à l’hypocrisie. Le combat sera violent et Jésus le paiera de sa vie. Les scribes sont les docteurs de la Loi. Les pharisiens sont les religieux de la pureté de la Loi et de sa pratique. En perdant leur identité, ils tombent dans les travers d’une religion extérieure qui oublie la beauté, la fraicheur et le dynamisme de la foi. Ils cèdent au ritualisme et au légalisme.

L’Écriture comme source de vie : la Parole de Dieu est dynamisme et vie. Elle vient chercher l’homme au plus profond de son cœur. Elle vivifie sa vie et son action. Elle révèle l’intimité de Dieu et sa volonté. La Parole de Dieu se donne pour être vécue et crue, pour être méditée et célébrée, pour être proclamée et annoncée. Parole effective de Dieu, elle passe par les truchements humains pour attendre son but. Elle prend le risque de la manipulation et de l’incompréhension. Dieu proclame sa Parole par la bouche des hommes et dans les événements de la vie. Elle peut donc se pétrifier si on ne l’alimente pas de méditation. La Parole ne peut devenir un fardeau pesant si elle est reçue comme il se doit. Jésus reprochera aux scribes de dévoyer la Parole à leur profit.

Le Culte comme source de rencontre : le Culte du Dieu d’Israël passe par les sacrifices et la prière. Dieu a demandé de l’adorer comme signe de notre communion. Alors qu’il établit une Alliance entre partenaires égaux, il se présente à l’homme comme son Créateur et son protecteur. Le sacrifice doit rétablir le lien et maintenir l’Alliance. La prière se doit d’être de plus en plus intérieure pour échapper au ritualisme qui tue l’âme de toute vérité. On se souvent de la plainte des prophètes qui dénonçaient un culte extérieur. C’est le risque de se plier aux lois et aux rites religieux sans y mettre son cœur. Le culte est alors un devoir qu’on accomplit comme une action quelconque. Jésus va s’insurger contre cette pratique intéressée et apparente qui dévoie le culte rendu à Dieu. Ainsi il instaurera un culte nouveau en son Corps et son Sang.

La Loi comme source de vitalité : la Loi de Dieu est Loi de vie. Dieu donne sa loi car elle correspond à notre nature. Peut-il demander quelque chose d’impossible ou au-delà de nos forces ? Sa Loi est justice et vie. Elle traverse les siècles car elle atteint la vraie nature de l’homme. Elle touche les cœurs en attente de vérité et de paix. Elle guide nos pas sur un chemin de certitude et de consolation. Elle encourage car elle est miséricorde et paix. Elle révèle l’identité de Dieu et sa volonté. Elle est dynamisme et vitalité car elle pousse en avant, vers la lumière et vers l’éternité. Elle dévoile le mystère à celui qui sait la méditer et l’intégrer. Jésus va défendre la Loi divine et l’arracher à ceux qui en font un fardeau, une obligation, une pratique mortifère. Si la Loi est vie, elle donne vie. Jésus est la Loi nouvelle car il donne vie dans sa Résurrection.

On le voit, Jésus nous présente la religion sous son aspect spirituel et vital. Il délaisse même l’aspect religieux avec ses rites et ses pratiques pour instaurer une relation plus saine et plus filiale avec Dieu. Il transforme les rites religieux pour en faire un tremplin vers la communion. L’hypocrisie et les sources d’intérêt en sont dépassées. L’extériorité est bannie même si elle reste une constante tentation.

  1. 2. Vie d’offrande.

On aime cet épisode de la pauvre veuve versant son obole dans le trésor du temple. C’est un geste noble et généreux qui s’oppose à ces gestes tape-à-l’œil et faussement généreux. Donner son superflu ne coûte rien. Donner de son indigence entraine une décision engageant l’avenir. On reste interpeler sur le sens de notre générosité et sur la vérité de nos gestes.

Donner de soi : il est facile de donner ce dont on n’a pas besoin. Il est plus ardu de donner de son nécessaire. C’est le cœur qui parle et qui agit. En donnant, on donne de soi et on meurt à quelque chose pour renaître à plus grand. Il y a de la joie à donner comme aussi à recevoir quand on a un cœur humble et doux. Il ne s’agit pas avant tout de se sacrifier mais de mourir pour vivre, de donner pour trouver, de se donner pour se retrouver.

Donner parce que le Seigneur a tout donné : la générosité vient de Dieu lui-même. N’a-t-il pas tout donné en son Fils Jésus Christ ? Ne s’est-il pas donné par son Fils ? Ne veut-il pas se donner à nous encore et encore dans l’Esprit Saint ? Dieu est notre exemple et sa générosité est communion car il donne son amour et le partage avec ses créatures dont il a fait ses fils/filles. En la Trinité, chaque Personne divine se donne à l’autre entièrement et totalement. C’est la condition de l’amour. C’est la nature de Dieu. Nos gestes prennent alors une qualité trinitaire car ils rejoignent le cœur de Dieu. L’amour appelle l’amour. Le don est amour.

  1. 3. Conclusion : tout donner par amour.

Jésus fustige les ‘professionnels’ de la religion qui ont perdu leur âme et ont versé dans un ritualisme sans cœur. Il propose une spiritualité qui donne vie aux rites.

Jésus interpelle les croyants pour qu’ils vivent leur foi comme une rencontre et comme un engagement d’Alliance qui va s’épanouir dans le Cœur du Père.

Jésus en appelle à notre générosité car elle rend libre et vrai. Elle nous identifie à la générosité de Dieu qui a envoyé son Fils et n’a pas craint de nous le donner pour nous sauver.

P. Francis

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