CAREME 3 C

« Si vous ne vous convertissez pas… »

(Luc 13, 1-9)

L’itinéraire de Jésus vers Jérusalem se poursuit. Il suit son chemin. Il sait où il va et s’y rend d’un pas ferme. Là, il sera glorifié et exalté même si nous ne comprenons pas toujours très bien en quoi la croix est une exaltation. C’est pourtant en croix que Jésus montre son grand amour et sa gloire. La Résurrection viendra éclairer ce moment dramatique en lui donnant sens et lumière. Pour le moment, il marche et nous le suivons. Le carême est notre exode. Nous parcourons ces 40 jours comme un itinéraire de conversion et de transformation. Moment de grâce, le carême est une chance à saisir. Après les Tentations et la Transfiguration, nous entrons dans le temps de la conversion et du retour au Père. Le jeûne, la prière et le partage nous aident à parcourir ce temps en toute quiétude et de façon spirituelle. Ils nous aident à lier intériorité et relation sociale, communion avec Dieu et communion avec les autres. Ils nous aident à nous convertir et à maîtriser nos désirs et nos tendances, nos aspirations et nos échecs. Il est bon de reconnaître qui l’on est mais aussi de se savoir aimé et attendu. Revenir à Dieu et porter du fruit sont deux conséquences de notre exode vers Pâques.

  1. 1. Le carême : se convertir.

Il y a deux voies de conversion dans le Nouveau testament : changer de direction et changer son être intérieur (mot utilisé par St Luc ici). Parfois, on fait fausse route et on s’engage dans des voies sans issue. On se trompe sur la liberté et sur l’objet de nos désirs. Il y a bien des illusions qui nous bercent. Prendre conscience de cela est une grâce car il nous est donné de revenir sur le droit chemin, celui de la grâce et de retourner vers Dieu, le toute-grâce. Il y a bien des recoins de notre personne qui nécessitent la lumière et qu’il faut donc exposer à la grâce.

Changer de route : se convertir, c’est faire demi-tour ou c’est un retour dans les bras du Père. On risque parfois de s’égarer et de se perdre On s’enfonce dans la nuit et dans l’erreur. On gît dans le péché et l’amertume. Il faut du courage pour accepter son erreur et encore plus pour entreprendre un chemin de retour, de conversion. Mais l’Esprit de Dieu nous y aide. On ne peut rester dans cette léthargie qui ruine nos âmes et affecte nos corps. Le carême est le bon moment pour revenir à Dieu par des efforts bénis et une volonté soutenue.

Ouvrir son cœur : se convertir, c’est ouvrir son cœur à la grâce et laisser l’Esprit transformer nos vies. Le cœur trop fermé ou trop dur ne peut survivre longtemps. Ou il s’isolera ou il périra. Il n’a pas d’avenir, ni avec Dieu ni avec les autres. Quand la lumière nous atteint, elle nous illumine de mil feux et de grandes joies. Elle insuffle l’amour là où les ténèbres surabondent. Le cœur est le siège de nos sentiments mais aussi de nos tourments. Seule une main qui bénit peut l’apaiser. Le carême est ce temps propice au « retournement du cœur », à l’ouverture aimante et joyeuse. En se laissant faire humblement par l’Esprit, la rigidité devient souplesse et la peur devient tendresse.

Ouvrir sa conscience : se convertir, c’est éclairer sa conscience. La conscience est le siège des décisions mais aussi le lieu où Dieu nous parle. Elle a besoin d’objectivité pour décider. Elle a besoin de lumière divine pour choisir ce qui est humain et ainsi s’épanouir. La conscience est le lieu le plus sacré de notre personnalité, là où personne n’interfère, où la liberté est absolue, où le choix est libre. Il faut cependant la former à la liberté, l’éclairer pour des choix respectant la nature humaine, l’illuminer par l’Esprit pour qu’elle s’unisse au Créateur et Rédempteur. Le carême est le moment de faire examen de conscience, de chercher son éclaircissement, de demander la lumière pour des choix toujours plus humains et donc plus proches de Dieu. En conscience, on reconnaît son péché et en conscience on le rejette pour vivre libre et heureux dans l’amour.

Ouvrir son esprit : se convertir, c’est changer ses mœurs mais aussi sa pensée. On divague parfois. On croit penser par soi-même alors qu’on est sous influence externe. On croit être original alors qu’on baigne dans la platitude la plus grande. Il faut certes nourrir son esprit et son intelligence. Il faut discerner les esprits. Il faut être sur ses gardes face aux idéologies. Il faut surtout s’ouvrir à la Sagesse éternelle et à la Parole divine qui vont nous mener vers la profondeur de la réflexion et le sens caché des choses. Le carême est le temps de lire la Parole pour s’en nourrir et le temps pour s’ouvrir à la Sagesse pour la méditer et l’accepter. L’esprit humain ne s’élève qu’en Dieu car il atteint alors le sommet de son intelligence en unissant foi et raison, fini et infini, contingence et éternité.

Se convertir est un exercice courageux qui demande un changement radical d’orientation et un déplacement intérieur. Revenir à Dieu en maîtrisant ses mœurs par un bouleversement spirituel qui s’enracine dans l’être.

  1. 2. Le carême : donner du fruit.

Se convertir porte à donner du fruit. Jésus est clair quand il utilise la parabole du figuier stérile. Cet arbre a besoin de soin, d’attention, de travail. Il portera du fruit si on y met du sien. Même si ces fruits sont tardifs, ils sont importants. Notre travail de carême est important en ce sens. Il n’est jamais trop tard pour bien faire ou pour changer.

Fruits spirituels : que pouvons-nous attendre du carême sinon la miséricorde de Dieu qui va transformer nos vies en vie éternelle ? Le pardon accordé ouvre des perspectives nouvelles et des chemins vers le Ciel. Notre avenir est possible dans la liberté et l’amour. La miséricorde nous relève et nous plonge dans l’amour. C’est ainsi que les dons de l’Esprit nous aident à construire nos vies et à édifier l’Église, Corps du Christ, jusqu’à notre plein épanouissement dans le Royaume.

Fruits de carême : que pouvons-nous attendre du carême de cette année sinon le fruit de nos efforts et de nos sacrifices ? Nous ne changerons que si nous le voulons et que si nous nous mettons en route ! Il faut une volonté et un choix libre, des efforts et l’aide de Dieu, une concordance entre la volonté divine et la nôtre. Notre carême ne sera fructueux que sous le regard aimant du Père, à la suite du Christ, dans la force de l’Esprit Saint ;

  1. 3. Conclusion : revenir dans l’amour.

Le Christ demande de nous convertir. Il y a urgence car le mal et le péché peuvent détruire notre existence et notre personne. La décision intérieure est essentielle comme aussi l’aide de Dieu. La grâce nous accompagne sur ce chemin de retour vers le Père et d’édification de notre personne filiale.

Le Christ nous promet des fruits spirituels, ces voies royales qui mènent au Ciel et qui nous unissent à la Trinité. Ce carême ne portera ses fruits que si nous le vivons dans l’amour et que nous brûlons d’amour pour Celui qui nous appelle des « ténèbres à son admirable lumière ».

P. Francis

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