CAREME 5 C

« Va, désormais, ne pèche plus »

(Jean 8, 1-11)

Déjà, l’atmosphère des fêtes pascales se fait sentir. On prépare la Semaine Sainte et on se réjouit pour Pâques. Le carême pourtant nous conduit dans les profondeurs de l’être humain, de son existence, de son identité et de sa faiblesse. Assaillis de tentations destructrices, nous fixons notre regard sur le Christ transfiguré de la montagne sainte. Sa divinité nous est promise. Sa luminosité nous est acquise. Sa beauté nous est partagée. Encore faut-il rejeter le mal et s’inscrire dans une histoire d’amour. Encore faut-il se reconnaître fils/fille et vivre de cette dignité. Nous avons beau tenter notre possible pour ressembler au Fils, il faut maintenant voir la réalité en face, affronter les méandres du péché en nous, rejeter tout compromis et vivre dans l’Esprit. On ne peut aspirer à l’infini si nous emplissons le fini de lourdeur. Être fini et limité, l’homme est grand par la force de Dieu. Le péché vient le défigurer et le dénaturer. Le pardon vient le relever et lui redonner dignité et beauté. Pensons donc à demander pardon, à nous réconcilier et à briller de l’amour trinitaire.

  1. 1. La réalité du péché.

Certains voient le péché partout, d’autres ne le voient nulle part. Certains en sont obsédés, d’autres vivent dans le déni. Certains y voient la cause de tous les maux, d’autres y voient un effort de liberté. Il semble donc qu’on doive mettre de l’ordre dans cette notion, grave en soi et très particulière.

Le péché, se couper de Dieu : le péché est un acte de désobéissance. Il renie l’origine et la dépendance. Il se veut sa propre origine et sa propre source normative. C’est donc un acte de séparation et une rupture de lien. Les relations d’origine et de dépendance envers le Créateur sont simplement niées et brouillées. On décide donc de se séparer en toute connaissance de cause et librement. Comme le prodigue de la parabole, on croit trouver la liberté mais on s’achemine vers le néant et le vide intérieur. On va toucher les tréfonds de l’âme insatisfaite et de l’esprit en émois.

Le péché, refus d’aimer : le péché est un refus ou une erreur de jugement. On refuse l’amour et on choisit la haine ou l’indifférence. On entre en compromis avec le mal, ses promesses et ses conséquences. Se couper de la source, c’est aussi se couper de la lumière et donc de l’éclairage nécessaire à notre vie de recherche et d’équilibre. Même si parfois, on ne refuse pas d’aimer, on s’engage dans des amours douteuses et déséquilibrées, des amours matérielles qui masquent l’horizon spirituel, des amours  sans lendemain et sans avenir. Bien souvent, nous voulons aimer mais on se trompe d’objet ou de sujet, on aime bien mal. L’amour qui porte au vide, à l’avilissement, à l’anéantissement peut-il être appelé ‘amour’ ? Certaines amours peuvent-elles nous mettre en contradiction avec l’Amour ? L’erreur nous laisse dans l’illusion et le désespoir.

Le péché, acte de mort : en se coupant de l’Origine de tout, en revendiquant une autonomie excessive, en refusant d’aimer ou en se trompant sur l’amour, ne nous acheminons-nous pas vers la mort ? De fait, le péché est un acte mortifère, suicidaire, destructeur. Il fait éclater les relations vitales et enferme dans des chaînes, belles et dorées parfois, annihilantes toutefois. La lente progression vers l’esclavage est une descente en enfer. On ne dira jamais assez combien le péché est destructeur et combien il compromet notre personne dans ses relations aux autres et à Dieu, dans l’estime de soi et la beauté. On ne peut que s’en désoler mais Dieu ne nous y abandonne jamais. Il vient nous chercher dans ce marasme pour nous conduire vers la lumière. Son pardon relève !

Ainsi donc le péché est un acte humain qui met en jeu la liberté et la responsabilité, la connaissance et la volonté. Il est véniel quand il n’a pas de conséquences catastrophiques mais il est mortel quand il nous coupe de la source de vie et qu’il nous projette dans la nuit, les ténèbres et la mort. Faisant mauvais usage de la liberté, il se trompe d’amour et perturbe la limpidité de la conscience. Il embrouille le jeu de la vie et affère de ses griffes le plus malin. Il ment pour mieux détruire. Seul l’amour du Père peut nous sortir de cette impasse et par le Fils, nous conduire vers la liberté des fils.

  1. 2. L’horizon du pardon.

La liturgie du jour ne nous parle que de pardon et d’horizons nouveaux (Isaïe 43, 16-21 ; Phi 3, 8-14). Le passé est le passé. Il est passé et même si nous y revenons souvent, il ne devrait pas nous enfermer dans la nostalgie ni dans la culpabilité. Son souvenir est source de sagesse. C’est le pardon qui ouvre l’avenir et rétablit les relations. Il restaure ce qui a été détruit. Il répare les conséquences catastrophiques de nos actes mortifères. Il insuffle l’amour et donc la joie dans la vérité.

Le pardon, acte d’amour : Dieu pardonne parce qu’il aime. Sa miséricorde entrevoit nos erreurs et tient compte de nos faiblesses. Elle vient redresser pour mieux élever. La femme adultère de l’Evangile a bien fauté, Jésus ne le nie pas, mais elle est rétablie dans la vérité face à son acte et dans la possibilité d’un avenir nouveau. Seul le pardon pourra lui donner dignité et donc possibilité d’un nouveau départ.

Le pardon, acte créateur : Dieu pardonne parce qu’il est Père. La mort du Fils a ‘payé’ nos dettes mais sa Résurrection a octroyé la grâce de devenir fils/filles en lui. Au-delà du péché, il y a possibilité d’une recréation, d’une vie nouvelle et plus belle. Même si nous restons fragiles et faibles, nous devenons forts et brillants en Celui qui aime, qui se donne, qui sanctifie. Si le péché a vicié les relations avec le Père, le pardon par le Fils a rendu possible des relations véritables dans le respect des autonomies et l’Alliance. L’Esprit vient ainsi ‘parler au cœur’ et prier en nous, crier « Abba » (Rom 8, 16), construire le Temple véritable, lieu de rencontre entre Dieu et sa créature, désormais appelée ‘fils bien-aimé’.

Si Jésus ne condamne pas, il n‘en est pas moins conscient des lourdeurs du péché. Il ne condamne pas le pécheur mais le péché. Il laisse une chance au pécheur en l’entourant d’amour et de miséricorde. Par son cœur vont passer les fleuves d’eau vive qui le mèneront vers le Cœur de la Trinité, communion d’amour. Pardonnés, nous sommes appelés au même engagement et à la même vitalité envers nos frères et sœurs.

  1. 3. Conclusion : fixer son regard sur le Christ

Le péché détruit. Il mène à la mort. Il brouille l’horizon. Il écarte des vraies relations. Il coupe le lien vital d’origine et de dépendance. Il fait croire à une fausse liberté.

Le péché rend responsable de ses actes. Il entraîne vers une décision dramatique mais libre. Il ne nous rend pas heureux pour autant car il entraîne vers le bas, vers la mort.

En fixant son regard sur Jésus, on peut percevoir l’amour du Père. Il responsabilise et réintroduit dans la dignité des fils. L’amour renouvelle le miracle de la création par la recréation pascale.

P. Francis

 

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