PAQUES 7 C

« Je leur ai fait connaître ton nom »

(Jean 17, 20-26)

Le Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité. L’amour s’est révélé à travers la mort et la Résurrection du Christ. Non seulement Dieu nous a aimés en nous créant, mais il nous aime à travers son Fils unique et nous reçoit en Lui. L’amour est au cœur du mystère chrétien car Dieu est amour. On ne peut comprendre l’aventure biblique et la vie du Christ en ignorant l’amour. C’est la clé de lecture de toute la révélation, de la Création à l’Alliance, de l’Incarnation à la Résurrection. A travers biens des expériences, des échecs, des trahisons mais aussi des fidélités, l’amour n’a pas renoncé. Malgré nos peurs et notre péché mais aussi par notre humilité et notre écoute, l’amour s’est fait connaître. Le mystère divin s’est manifesté en Jésus-Christ, au-delà de notre espérance mais dans sa créativité et son originalité. La Résurrection nous emporte sur des chemins inconnus mais voulus par Dieu. Elle nous déplace dans nos certitudes et nos conceptions. Elle nous oblige à aller de l’avant et à « penser l’impensable ». Comment imaginer que Dieu s’incarne ? Comment imaginer que Dieu puisse mourir en Christ ? Comment imaginer que Dieu est Trinité et donc amour ? L’appel de l’Esprit est extrême. Il nous emmène vers des hauteurs inconnues, vers la grâce et la beauté, dans le cœur de l’amour.

  1. 1. « Tu m’as aimé depuis la fondation du monde »

Jésus avait raison, nous avons besoin de l’Esprit Saint pour amorcer notre compréhension du mystère divin. Jésus a parlé, certes, et sa Parole résonne en nous comme une musique harmonieuse. Il a agi et son action ouvre la voie du salut. Sa mort et sa Résurrection ont bouleversé la donne en nous élevant à la communion trinitaire. De fait, le Père et le Fils ne font qu’un et c’est l’Esprit qui est leur unité. Notre unité personnelle et communautaire passe par elle.

Le Fils connaît le Père : le Jésus historique a parlé d’une telle façon du Père que seule une connaissance intime pouvait en être à l’origine. Était-ce une connaissance intellectuelle ou sapientielle ? Était-ce une connaissance traditionnelle ou empirique ? Il est certain que Jésus connaissait Dieu. Il l’appelle Père et semble uni à lui.  Il faudra la Résurrection pour comprendre que cette connaissance est éternelle et originelle. De fait, Jésus est le Fils, il vient de Dieu et retourne à Dieu. Dieu est son Père et avec Lui, il ne fait qu’un. Il y a unité de nature et différence de personne. La connaissance est donc ontologique.

Le Père glorifie le Fils : le Jésus historique a reçu confirmation de ses « prétentions ». Dieu l’a soutenu et l’a ressuscité. Il n’a pas abandonné son serviteur qui se révèle son Fils. La croix est donc une glorification, un retour à l’unité concrète, une révélation. La Résurrection est la victoire de l’amour, le jaillissement de la lumière, la glorification définitive de la Trinité. De fait, Jésus est le Fils glorifié qui glorifie le Père. Il ne s’agit pas d’orgueil ou d’autosatisfaction mais d’unité dans l’amour après la séparation mystérieuse de l’incarnation. Réunis à nouveau, le Père et le Fils dansent la merveille d’un amour éternel. Cette glorification est ontologique.

Le Père et le Fils s’aiment dans l’Esprit : le Jésus historique a agi  et s’est donné avec amour. Il n’y a pas de doute sur ses intentions. Il y a exemplarité pour nous mais aussi un reflet de ce qu’il vit intérieurement avec Dieu. L’amour du Père s’est exprimé dans sa vie et ses paroles. On comprend que sa relation est intime et profonde et que rien ne pouvait le séparer de l’amour de Dieu. Même la croix n’a pu rompre ce lien malgré la souffrance et l’incompréhension douloureuse de Jésus. La Résurrection vient illuminer ce lien, vient éclairer cette relation, vient lever le voile sur une intimité éternelle. Le Fils ne vit que par le Père et dans l’amour de l’Esprit Saint. L’amour est ontologique.

Pâques donne un éclairage nouveau aux relations de Jésus avec Dieu. Ce qu’a mis en lumière le Jésus de l’histoire, c’est ce qui se vit en Dieu. La révélation de la Trinité dans l’histoire du salut est révélation de la Trinité immanente. L’amour de Jésus prend sa source dans son identité de Fils et dans sa relation éternelle avec le Père dans l’Esprit.

  1. 2. « Qu’ils soient un comme nous sommes un ».

La Prière Sacerdotale du Christ, avant sa passion, est tout à fait symptomatique. Jésus s’adresse au Père mais nous inclut dans la prière. Ce qu’il demande au Père découle logiquement de ce qu’il vit avec lui. On n’est pas exclus de ces relations, on y est intégré car nous vivons de notre unité avec le Christ, qui lui-même vit de son unité avec le Père.

Unis comme le Père et le Fils sont unis : Jésus demande l’unité de ses disciples. Une Église désunie est une Église agonisante. Doit-on promouvoir l’unité ecclésiale pour sa bonne forme organisationnelle ou son efficacité d’attraction ? Ne doit-on pas plutôt voir l’unité de l’Église à partir de l’unité de la Trinité ? Nous venons de la Trinité, nous devons vivre concrètement de cette unité. L’unité trinitaire se reflète dans l’unité de l’Église et dans notre vie quotidienne, familiale, conjugale, sociale… Ainsi nous sommes glorifiés en Christ de cette gloire qui exalte la Trinité elle-même. L’unité est la condition du témoignage authentique.

Unis dans l’amour du Père et du Fils : Jésus demande au Père de nous prendre avec lui pour partager sa gloire et son amour. Quelle belle prière ! Que l’amour dont le Père a aimé le Fils soit en nous. C’est ainsi que le Père et le Fils sont unis dans l’Esprit et c’est ainsi que nous partageons cet amour trinitaire. L’amour des Personnes Divines est notre lieu de vie, notre milieu, notre avenir. Y-a-t-il plus belle place dans le paradis ? Cette place se vit dès maintenant dans le concret de la vie et la quotidienneté.  C’est notre spiritualité filiale, notre être trinitaire, notre vocation chrétienne. Ici se distingue le christianisme comme voie royale vers Dieu, en Dieu, par Dieu, car chemin vers l’amour, en l’amour et par l’amour. L’expérience pascale et la rencontre du Ressuscité sont ouvertures sur le mystère divin, révélé trinitaire car mystère de communion ontologique.

  1. 3. Conclusion : « Pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux ».

Jésus  a marché sur nos routes « en faisant le bien ». Cette vie simple et véritable est chemin vers le mystère divin. Ce qu’il a vécu est ouverture sur le Ciel et révélation.

Jésus s’est uni au Père dans une relation intime et profonde qui a révélé son aspect ontologique et donc anthropologique. Notre être-homme se découvre dans cet être-fils/fille.

Jésus a pu vivre cela par l’Esprit Saint. Cet Esprit sera donné à tout croyant qui reconnaît le Fils et qui témoigne de l’amour du Père. L’Esprit est l’unité du Père et du Fils et l’unité de l’Église avec son Seigneur. Unie au Christ, elle reçoit même gloire car l’amour construit le Royaume. La Pentecôte, déjà, pointe ses feux pour que le monde s’embrase d’amour en Dieu.

P. Francis

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