SACRE’ COEUR DE JESUS

« Il y aura de la joie dans le ciel… »

(Luc 15, 3-7)

A peine sortis des fêtes, nous replongeons dans le mystère du Dieu Amour. Nous avons accompagné Jésus vers sa mort et Résurrection. Nous avons fêté sa victoire et le don de l’Esprit. Nous sommes montés avec lui auprès du Père. Nous avons goûté à sa présence mystérieuse mais réelle dans le Pain et le Vin consacrés… Cela ne suffit pas encore car la fête du Sacré-Cœur vient remettre le Christ au cœur de nos vies et l’amour au cœur de nos relations. De fait, comment comprendre tout cela ? Un Dieu qui se révèle, qui se donne, qui vient et partage notre humanité, qui meurt et ressuscite, qui procure les moyens de le rencontrer, qui nous fait comme lui, qui nous veut avec lui… A-t-on ici le point central de la révélation ? L’amour a-t-il quelque chose à voir avec tout cela ? L’amour n’est-il par la raison de tant d’énergie, de contradiction, de tensions et de quiétudes ? Oui, l’amour et rien d’autre ! La fête du Sacré-Cœur n’est pas l’adoration d’un organe mais l’action de grâce pour tant d’amour et de grâce, tant de tendresse et de sollicitude, tant de vérité et de lumière. Nous perçons le secret de Dieu : une relation d’amour qui nous emporte dans l’éternité et nous divinise. Cette relation trinitaire est communion. Cette communion est déjà pour aujourd’hui.

  1. 1. Un Dieu d’amour.

Nous aimons à dire que Dieu est amour, qu’il aime et se donne, qu’il invite à le rencontrer dans l’amour des autres. On le dit bien sûr, mais il est moins sûr qu’on le croit vraiment, qu’on y adhère totalement, qu’on en voit les conséquences spirituelles, sociales, communautaires… Nous aimons affirmer mais nous évitons de le vivre. Ne serait-ce pas une vraie révolution que d’aimer sans condition, que de partager sans intérêt, que de se donner en vérité ? Dieu est amour, c’est vrai. Cela devait être parfaitement vrai dans nos vies.

Dieu est amour : c’est la révélation dernière et parfaite, c’est la Bonne Nouvelle que le Christ a enseignée et vécue, c’est la conclusion de siècles de réflexions et de tensions. Le Nouveau Testament, héritier de l’Ancienne Alliance, va aller jusque-là (1 Jean 4, 16): tout ce qui a été dit, tout ce qui est dit et le sera ne sera qu’une illustration de cette découverte exceptionnelle et engageante. Certes, on savait que Dieu nous aimait mais on réservait son amour pour quelques privilégiés, pour le Peuple Élu au moins. Mais pouvait-il aimer les autres, les gens différents, les bizarres, les autres peuples ? Peut-il aimer nos ennemis et même les pécheurs ? N’est-ce pas exagérer ? Il faudra le Christ pour donner le ton : oui, Dieu aime et il n’exclut personne de son amour, ni aucune créature sortie de ses mains. Dieu aime par-dessus tout. Dieu aime au-delà des apparences. Dieu aime ceux qui le prient et ceux qui le rejettent, ceux qui le suivent et ceux qui le défigurent, ceux qui ont compris et ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas comprendre. Le Christ est le Fils et le Fils qui vient du Père connaît les secrets du Père. Par son Esprit, il purifie, consacre et élève. Qui connaît mieux le cœur de Dieu que celui qui a ouvert son cœur au Père et qui a laissé transpercer son cœur? La communion du Père et du Fils, dans les moments de lumière et les moments de ténèbres, nous immerge dans un amour que nous ne soupçonnions pas mais que nous avions perçu intuitivement. Créés dans l’amour, nous cherchons l’amour et le percevons dans les limites de toute situation humaine. Le Cœur ouvert du Christ fera le reste !

Dieu n’est qu’amour : cette révélation dernière et parfaite est parfois entachée de paganisme ou de doutes. C’est comme si nous n’acceptions pas complètement cette vérité pourtant affirmée, démontrée et vécue. Y-a-t-il un soupçon de quelque chose d’autre en Dieu ? Peut-il être Trinité s’il n’est pas qu’amour ? Tout le christianisme s’effondrerait si nous disions autre chose de Dieu car alors l’Histoire du Salut, la venue du Christ, sa vie, passion, mort et résurrection, la vie dans l’Esprit… ne seraient que mensonge ou, pire, illusion et fantasme. Mettre de la haine en Dieu, c’est le trahir. Mettre du caprice, de l’inconsistance, c’est le renier. Mettre de l’intérêt, du calcul, du mépris, c’est le ranger au niveau d’une idole. Ne jetons pas en Dieu nos fantasmes, nos limites, nos extrapolations, nos peurs. N’insultons pas le Seigneur avec nos sarcasmes et refus d’aimer. Il n’y a rien d’autre en Dieu que l’amour. C’est vrai. C’est certain. C’est la révélation ultime et suprême !

Nos difficultés viennent peut-être de nos limites humaines mais aussi de nos perceptions trop mondaines et du refus de nous laisser interpeller par le Fils. Le Fils est notre Chemin, notre Voie pour atteindre le Père. Nous atteignons le Père par le Cœur Sacré du Fils, ouvert et lumineux dans l’Esprit !

  1. 2. Une vie d’amour

« Frères, que devons-nous faire ? » demandaient les israélites en entendant les paroles de Pierre (Actes 2, 37). Se convertir et se faire baptiser. Croire. La foi est cette entrée dans un mystère et un vécu. Le mystère vient féconder le vécu. Le mystère illumine le vécu. Nous pensons parfois que croire se limite à une croyance, que croire suffit à faire de nous des croyants. Croire se concrétise dans le quotidien par l’amour. Amour de l’Amour et amour des autres. Amour qui devient passion et conversion. Amour qui donne sens et dynamisme.

Vivre avec le Bien-Aimé : croire que Dieu est amour vient colorer notre spiritualité, notre vision de Dieu, nos relations à l’invisible mais surtout notre relation au Père. Par le Fils et dans l’Esprit, nous entrons dans l’intimité du Père et nous grandissons en vérité et lumière. Entrer dans les relations trinitaires fait de nous des fils/filles de lumière (Luc 16, 8). Il ne nous reste que l’amour pour croire, comprendre et agir, pour entrer dans cette lumière qui vient transfigurer nos vies.

Vivre en aimant : croire que Dieu est amour vient transformer nos relations au monde et aux autres. Afin d’éviter tout angélisme ou tout irénisme, notre chemin vers Dieu passe par des intermédiaires, par une conversion, une prise en compte du réel. Cela passe  parfois par des tensions, des conversions, la passion et le sacrifice. Il y a des morts à vivre pour ressusciter à la vie nouvelle. Le vieil homme résiste mais l’homme nouveau est déjà là (Col 3, 9-10). La lumière est déjà brillante en nos cœurs et la vie jaillit de nos mains comme de nos vies. Aimer comme Jésus l’a montré. Aimer comme Jésus l’a reçu du Père. Aimer dans la force de l’Esprit  Saint, amour du Père et du Fils. Aimer dans la gratuité de la vérité, la beauté de la foi, la lumière de la vie éternelle. Aimer parce que Dieu est amour, parce qu‘il n’est qu’amour !

  1. 3. Conclusion : la joie d’aimer

Le Sacré-Cœur nous invite à nous convertir au Dieu chrétien : le Père de Jésus Christ donnant l’Esprit.

Le Sacré-Cœur nous invite à nous fixer sur Jésus, seul Maître et seul Chemin vers le Père.

Le Sacré-Cœur nous invite à aimer le prochain, dans le réalisme, la vérité et la joie de la Résurrection

P. Francis

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