ORDINAIRE 20 C

« Je suis venu allumer un feu »

(Luc 12, 49-57)

Jésus n’a jamais caché que son enseignement était ‘subversif’ et sa venue, déconcertante. Il n’a jamais caché que sa personne pouvait interroger  ou même irriter. Il ne vient pas mettre la confusion mais le feu, celui allumé par l’Alliance, écho de la nouveauté de la Création et anticipation de l’engagement définitif. Le feu dont il s’agit nous vient directement de Dieu qui a daigné se révéler et qui depuis ne cesse de se laisser découvrir, approcher et même toucher. Jésus s’inscrit dans la continuité de ce qui avait été commencé tout en apportant sa touche personnelle. Alors que l’ancienne Alliance proposait une relation privilégiée, se scelle en son sang une Alliance nouvelle et éternelle que rien désormais ne pourra compromettre. En venant du Père, Jésus se révèle le Fils par l’Esprit Saint. Sa parole est Parole divine et sa Personne est le lieu de la rencontre. On comprend mieux que ce feu dont parle l’’Ecriture le concerne car il concerne l’amour qui sourd de son Cœur et qui révèle l’amour trinitaire. Ce feu ne pourra s’apaiser que dans le face-à-face éternel, celui qui mettra en présence du Père et qui s’épanouira dans la communion. Notre vie spirituelle consiste donc en cette approche vive et brûlante, celle de l’amant qui ne désire rien d’autre que la présence de l’être aimé, que la communion définitive, que l’union sans confusion des cœurs.

  1. 1. Le feu de l’amour en nos cœurs.

Jésus parle de feu et le relie au baptême. De même qu’il parle de lumière, de connaissance, de révélation et les relie à sa Passion, Mort et Résurrection. Il s’approche peu-à-peu de sa Mission, celle de passer à travers le mort pour nous donner la vie éternelle. Ce feu, qui veille depuis si longtemps et qui ne demande qu’à se rallumer, c’est cet amour qui explose dans le mystère pascal et qui nous plonge dans le mystère trinitaire. En marchant vaillamment vers Jérusalem, Jésus sait qu’il obtiendra enfin la gloire en glorifiant Dieu par sa vie et qu’il nous donnera cette gloire par une communion nouvelle et particulière. Le Fils est la flamme qui saura allumer le feu de l’amour en nous.

Le feu allumé à l’Incarnation : on ne saura jamais assez insister sur cette ‘extravagance’ qu’est  l’Incarnation du Fils. Il ne s’agit pas d’une petite affaire mais d’un engagement réfléchi et volontaire de la Trinité. Certes Dieu aurait pu choisir une autre voie pour nous sauver ou un autre chemin  pour nous adopter. Mais il a choisi cette merveille des merveilles que notre émerveillement à Noël ne saurait expliquer totalement. Prendre notre chair et se faire l’un de nous le compromet, l’engage, le rend vulnérable. Intolérable, diront certains. Inexplicable, répliquent les Chrétiens. Le feu couve désormais dans notre chair car le Divin s’unit à l’Humain en Jésus le Christ. Le feu divin s’écoule dans nos veines car nous participons à cette merveille par notre baptême et notre union en Christ. Comment se taire ou même se satisfaire ? Comment ne pas crier au monde que nous sommes aimés au point d’être sauvés et unis au Père par le Christ ? Comment résister à l’appel divin de nous consacrer et de nous sanctifier ? Par l’Incarnation, c’est tout l’humain qui s’unit à Dieu et qui se retrouve en la Présence divine pour entrer dans l’éternité !

Le feu pascal : on se saura jamais assez insister sur cette ‘illumination’ qu’est le mystère pascal. On ne célèbre pas seulement le retour à la vie d’un condamné, l’approbation du Crucifié comme Fils ou sa victoire sur la mort. On célèbre notre plongée dans le mystère trinitaire par le mystère pascal. La mort de Jésus nous obtient le pardon. La Résurrection de Jésus nous obtient l’adoption filiale. L’Ascension nous ouvre le Ciel. La Pentecôte nous donne l’Esprit des fils et filles du Très-Haut. En ressuscitant, le Christ allume en nos cœurs le feu de la vie déjà présent en nous par l’Incarnation mais libéré désormais. Éclate au grand jour notre identité, notre nouveauté, notre amour. Éclate à la lumière notre relation, notre communion, notre attraction. Éclate en nos pores les prémices de cette communion définitive qui nous fera ‘un en la Trinité Sainte’. Nous sommes le peuple de Pâques, celui qui sait et qui suit le Ressuscité, celui qui avance vers la lumière, celui qui désire plus que tout la communion dans l’Alliance nouvelle en Christ, celui qui voit l’invisible dans la beauté du visible.

Le feu de l’amour : on ne saura jamais assez insister sur notre foi au Dieu amour. L’amour n’est pas une petite affaire ou un petit sentiment passager, ni même une passion momentanée ou un refuge pour personne apeurée. L’amour, c’est le feu divin en nous, c’est l’énergie divine qui anime la Création et l’humanité, c’est la puissance divine dans tout son éclat. L’amour, c’est le don réciproque qui unit la Trinité et donc qui nous ouvre les yeux sur le mystère par excellence. L’amour, c’est notre vie, notre passion, notre existence. L’amour, c’est la lumière de nos vies, la beauté de notre existence, la grâce entre nos mains. On comprend alors que ce feu dont le Christ parle soit si important et si incompréhensible à ses disciples mais si profond et si puissant au matin de Pâques.

Le Christ nous a révélé le sens de notre existence et la raison de nos passions, de nos désirs, de notre insatisfaction. Un feu couve en nous et ne demande qu’à se ranimer. Le feu qui vient du dedans puisqu’il vient de la Trinité elle-même. Le feu de l’amour qui nous dépasse pour rejoindre l’éternité. Ce feu, c’est l’amour du Père, du Fils et de l’Esprit.

  1. 2. La division ou la paix ?

On pourrait s’étonner des paroles de Jésus. Est-il venu apporter la paix ou la division ? Il a pourtant raison de nous mettre en garde car aimer n’a jamais été facile mais aimer n’a jamais été aussi subversif. Si aimer c’est s’unir à Dieu et enflammer les cœurs, alors aimer nous éloigne de ceux qui nous veulent esclaves, des amis des ténèbres, des compromis douteux. Aimer enflamme les cœurs de ceux qui savent et qui partagent leur foi dans l’espérance d’un monde nouveau.

Se séparer du péché : pécher est un non-amour. Bien souvent, nous aimons mal ou nous faisons fausse route. Nous confondons l’amour avec des illusions ou des passions. Nous croyons aimer mais nous aimons si mal. Cet amour humain est à respecter et à éclairer. Quand nous nous engageons clairement dans le non-sens, le non amour, la destruction physique ou spirituelle, alors nous marchons dans les ténèbres. Le feu de l’amour sépare mais pour rétablir le vrai et le beau.

Se séparer du mal : le mal nous éloigne de l’amour et appesantit nos vies. Des situations, des personnes, des actes… nous enchainent. Le mal nous entraine vers le bas, vers le néant, vers la mort. L’amour nous élève, nous renforce, nous éclaire. C’est l’amour qui fait la différence et aimer en vérité et jusqu’au bout peut entrainer division et incompréhension, peut porter à la mort. Comment comprendre les conséquences de l’amour sans aimer soi-même ? Le feu purifie alors.

  1. 3. Conclusion : un baptême de communion

Le feu de l’amour est en nous. Il brûle au son de la voix du Fils et nous mène au Père. C’est la puissance de l’Esprit en nous qui nous mène vers la Trinité Sainte. Aimer, c’est être en communion et jouir de la Présence Divine, c’est devenir soi-même, c’est enflammer le monde.

P. Francis

 

This entry was posted in Année C, Français, Père Francis, Temps Ordinaire II. Bookmark the permalink.