ORDINAIRE 28 C

« Jésus, maître, prends pitié de nous »

(Luc 17, 11-19)

Jésus marche toujours vers Jérusalem. Il rencontre bien des gens différents sur son chemin mais à chacun il tente d’apporter la Parole de vie. Elle rejoint ce que les gens vivent et transforme leur vie quotidienne. Elle y met la lumière, la guérison, la joie. Cette Parole, c’est le Christ lui-même ! Il est le Verbe de Dieu. On le sent, on le touche, on le comprend. Personne n’est indifférent à cette rencontre. Elle changera la vie en donnant du sens et en mettant en relation avec le Père par l’Esprit qui renouvelle et vivifie. Jésus, Christ et Fils, Parole du Père, donne son Esprit. Il faudra toute la force de la foi pour voir dans le drame de la croix cette même Parole qui illumine le monde mais il faudra toute la lumière de Pâques pour accueillir le Christ comme le Fils, amour du Père et joie de l’Esprit Saint. Demande, parole, guérison, joie, action de grâce… ce sont les étapes de l’Évangile du jour. Une rencontre qui va changer la vie de ces lépreux et porter sur le chemin du Ciel celui qui revient vers Jésus. Toucher l’âme passe quelque fois par la guérison du corps. Le Corps comme chemin vers Dieu.

  1. 1. Guérison de nos lèpres.

Jésus prend souvent prétexte d’une rencontre ou d’un miracle pour enseigner. L’acte devient signe. Si on s’arrête à l’acte lui-même, on peut rester émerveillé mais pas pour autant converti. L’acte nous interpelle mais demande d’aller à la source de l’action, au pourquoi et au sens. Il devient un signe quand il se charge de salut et d’amour. Le signe marque la présence du Fils dans la vie et change le monde par notre cœur. Ouvrons donc nos cœurs à l’œuvre de l’Esprit accomplie par les mains du Fils incarné pour la gloire du Père.

Guérir nos cœurs : on veut aimer mais on aime mal. On se trompe souvent. L’objet de notre amour est si insignifiant qu’il faut toute la lumière divine pour nous élever et voir avec d’autres yeux. Nos cœurs blessés ont besoin de guérison et de sérénité. Notre histoire personnelle est parfois houleuse et ainsi le cœur a bien des difficultés à s’en remettre. Le Seigneur vient apaiser nos craintes et par son amour vient envelopper nos cœurs de paix dans l’amour. Se savoir aimé rassure et apaise mais donne aussi la vigueur nécessaire à un nouveau départ. Voyons le lépreux qui revient vers Jésus plein d’action de grâce. Au-delà du miracle spectaculaire, il y a un cœur en attente d’amour qui trouve en Jésus la réponse à son existence. « Ta foi t’a sauvé », tu retrouves toute ta dignité dans l’amour du Père et toute ta beauté dans l’Esprit du Fils. La lèpre du cœur est certainement plus dommageable que celle du corps. La beauté du cœur est certainement plus louable que la beauté du corps. Corps et cœur s’unissent pour une même louange !

Guérir nos consciences : on pense et on choisit. C’est le propre de l’humanité que d’avoir conscience d’elle-même et de se penser. Une pensée ou une parole sur soi est un acte humain des plus grands. La conscience est cette partie réservée que nul ne peut atteindre, un jardin gardé que seul Dieu peut pénétrer. Une conscience éclairée et lumineuse est une conscience en harmonie avec la loi naturelle et la loi positive révélée. Dieu peut-il se contredire ? N’est-il pas celui qui vient donner lumière et raison à une conscience en recherche ? Agir en conscience est l’acte humain le plus grand puisqu’il joint liberté, raison et vérité. Le lépreux de l’Évangile revient sur lui-même, au-delà de sa guérison. Il comprend la part de mystère qui l’anime et n’hésite pas à rebrousser chemin. La lèpre de la suffisance, de l’autosatisfaction nous tyrannise et nous éloigne de nous-mêmes. La joie du devoir ou de la simple conscience de nous-mêmes nous porte à la reconnaissance de notre fragilité mais aussi de notre grandeur. La conscience est cette instance qui nous unit à Dieu en toute authenticité !

Guérir nos corps : on perçoit le monde et les autres à travers nos corps. Le corps est notre présence au monde et notre voie de connaissance. On passe par lui, même dans l’expérience spirituelle. C’est un allié et un confident, une présence qui nous met en présence de Dieu. L’Incarnation l‘a transformé et la Résurrection l‘a transfiguré. Il mérite attention sans l’idolâtrer. Il est nous-mêmes. La lèpre physique ou toute autre maladie peut l’atteindre mais là encore, il n’est pas absent de l’expérience vécue. Il est un chemin vers l’intérieur alors qu’on veut l’embellir de l’extérieur. Il participe à la prière et à l’adoration, non pas comme un simple support mais comme le lieu de la communion. Ne laissons pas les lèpres de l’orgueil ou de la prétention s’en emparer. Ne laissons pas la division notre briser : âme, corps et esprit ne font qu’un pour être soi-même et pour cheminer vers Dieu. N’oublions pas que Dieu en a fait le Temple de la rencontre !

Jésus ne guérit pas que le corps. Il touche l’âme et éclaire la conscience. Sa guérison est complète. Elle porte au Père par la force de l’Esprit Saint qui nous unit à la Trinité Sainte.

  1. 2. Action de grâce.

Il est remarquable dans l’Évangile que la joie et l’action de grâce viennent compléter le miracle. Oui, au-delà de l’acte, il y a le signe : la présence du Dieu d’Israël en Jésus Christ. Il y a de quoi louer et se réjouir car Dieu s’est manifesté en son messie. Il faudra les yeux de la foi pour le reconnaître en Jésus. Le lépreux se jette « la face contre terre », signe d’adoration réservé à la divinité et effectué dans le temple. Notre vie manque d’action de grâce mais on a de quoi remercier, de quoi louer le Seigneur, de quoi l’aimer.

Merci pour la vie : n’avons-nous pas des amis des parents, une communauté, une Église ? Pourquoi ne pas louer le Seigneur pour tous ces dons, ces gestes d’amour, ces personnes qui nous sont chères ? On a de quoi le louer pour la vie quotidienne même si elle est difficile, pour nos familles même si on les voudrait différentes, pour notre l‘Eglise même si on la voudrait plus sainte et exemplaire. On peut louer Dieu pour soi-même, tout simplement, pour ce que ce que l’on est et pour la beauté de cœur qui nous habite !

Merci pour la vie éternelle : nous avons reçu une promesse, celle de la vie éternelle. Voici un motif d’action de grâce car la logique devrait nous mener au néant mais l’amour nous porte à la gloire. Par le Fils, dans l’Esprit Saint, les bras du Père sont ouverts et nous attirent. En Dieu et par Dieu, nous entrons dans le mystère trinitaire pour goûter éternellement de la communion. Il y a ici de quoi se réjouir, transformer sa vie, espérer au-delà de tout, aimer plus que tout. « L’éternité est déjà commencée » dit la liturgie dans l’action de grâce eucharistique. Seuls les chrétiens peuvent proclamer cela !

  1. 3. Conclusion : le Nom qui sauve !

Le lépreux revient vers Jésus : il a compris que par cet homme, la présence divine se fait concrète.

Le lépreux adore Jésus car le Dieu d’Israël est là, devant lui. Un merci éternel peut retentir.

P. Francis

 

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