ORDINAIRE 6 A

« Et moi, je vous dis… »

(Mat 5, 17-37)

Le ‘sermon sur la montagne’ poursuit son enseignement. Il veut aller au cœur des choses mais surtout au cœur de la foi enracinée dans l’amour. Jésus ne juge pas la loi de Dieu, il l’approfondit et en donne le sens profond. On a certes besoin de la loi mais celle-ci doit éclairer l’existence et orienter la vie vers plus de liberté et de sérénité. Jésus se pose comme le nouveau Moïse mais surtout comme la Sagesse de Dieu puisqu’il est le Fils unique, incarné pour notre salut et notre bonheur. Cet enseignement a été vécu avant d’être proclamé : il reflète l’intimité du Christ et la voie qu’il propose à tous ceux qui feront le pas vers la filiation divine. La sagesse du monde est confondue par tant d’amour et de douceur, par la pointe de justice et d’équilibre, par la profondeur et la miséricorde. La sagesse divine plonge dans le mystère de Dieu pour nous en partager la vie et la grâce (1 Co 2, 6-10).

  1. 1. Quand la loi libère !

Nous vivons dans une société qui considère la loi comme restrictive des libertés. Il est de bon ton de transgresser ou d’ignorer la loi pour mieux la contester et pour, dit-on, la dépasser. D’autre part, on demande des lois pour réguler ce qui nous semble juste ou dès qu’un problème apparaît. Cette attitude d’attraction-répulsion est symptomatique d’une confusion concernant la loi ou les lois et des différents niveaux qui la concerne. Peut-on comparer la loi morale et les lois/règles de la circulation ? La loi divine a-t-elle que faire avec la loi civile ? Comment les équilibrer et les harmoniser ?

La loi divine éternelle : il s’agit de la volonté de Dieu concernant le monde et l’humanité. Dans sa sagesse éternelle, Dieu a créé l’univers et l’a régi de lois naturelles (physiques et morales) qui lui accordent autonomie et liberté. Sa providence dirige le monde vers son épanouissement. L’amour est la loi suprême par laquelle il est comme Dieu et agit comme Créateur, mais aussi Rédempteur et Sanctificateur. Si sa volonté est de faire de nous des fils/filles en son Fils unique, nous obtenons la grâce nécessaire par l’Esprit qui unit le Père et le Fils. La communion trinitaire est la finalité et le but de notre vie. Nous nous y acheminons par notre vie spirituelle et par notre entrée dans le Royaume.

La loi morale, naturelle et révélée : il s’agit des lois naturelles qui régissent le monde et que la raison peut découvrir par une recherche honnête et non partisane ou idéologique. La recherche scientifique s’extasie devant les lois physiques extraordinaires de notre univers, la recherche philosophique et morale se penche sur le sens des choses et les bonnes attitudes ou orientations à prendre. Les religions et traditions religieuses ont tenté de trouver du sens et de proposer des chemins de vie ou de sagesse. La loi morale est commune à tous les hommes, elle s’enracine dans les fondements de notre être humain pour mieux l’épanouir et le grandir. Et si notre raison peine à trouver la voie, la Révélation en Christ nous entraîne vers le vrai et le beau. La loi morale naturelle est éclairée par la loi révélée : elles s’harmonisent et se complètent, car Dieu est à l’origine de l’une et de l’autre. En conscience, nous sommes tenus de la suivre car elle touche notre personne en ses fondements. La conscience est le lieu de liberté et d’autonomie qui fait de nous des hommes et des femmes authentiques. Dieu lui-même protège, éclaire et respecte la conscience.

La loi ecclésiastique ou le Droit canon : il s’agit des règles que l’Eglise se donne pour concrétiser la loi divine éternelle et donc l’Evangile, à un temps précis de l’histoire. Si certaines lois sont immuables, des traditions changent et d’adaptent à l’époque pour y refléter la vérité de la foi et notre filiation.

La loi civile : il s’agit des lois que les sociétés se donnent pour consolider leur cohésion et pour faciliter le ‘vivre ensemble’. Dans la perspective chrétienne, elle devrait être en harmonie avec la loi divine morale et révélée. C’est ici que les conflits prennent racines et se développent. L’autonomie du politique ne devrait pas aller contre la loi morale mais la soutenir puisqu’elle correspond à notre identité humaine. Il serait même souhaitable que la loi civile respecte la loi divine puisque la volonté de Dieu est notre bien. A nous de travailler de sorte que nos sociétés se rapprochent le plus possible des valeurs évangéliques et respectent le plus possible l’humanité dans sa vocation et son identité.

  1. 2. Quand l’amour éclaire !

Quand Jésus se penche sur la loi, il affirme clairement qu’il ne l’abolit pas mais qu’il est venu la parfaire. Il lui donne tout son rôle de libération et de communion. Respecter la loi à la lettre peut se révéler mortifère quand on perd le sens des choses ou qu’on applique sans discernement. Et si, de plus, certains ne sont pas prêts à son respect total, un chemin est toujours possible pour se rapprocher de la vérité et changer peu-à-peu d’attitude.

Changer son attitude pour se rapprocher de sa vocation : on agit en général en fonction de ce qu’on croit et de ses opinions profondes. Notre vision de l’homme oriente nos attitudes et expliquent nos engagements. Si l’Esprit éclaire nos choix fondamentaux et nous donne le sens du monde et de l’humanité, nous avançons vers la lumière et la perfection morale.

Changer son attitude pour se rapprocher de l’amour : on agit en fonction de ce qu’on est et de ses options. Dieu est amour et l’amour est à notre portée. Créés dans l’amour et sauvés par l’amour, on ne vit que dans l’amour. Si le Fils nous éclaire et se donne en exemple, c’est pour que nous suivons la voie de l’amour comme chemin vers Dieu et les autres. Nous avançons ainsi vers l’équilibre moral.

Changer son attitude par une vie spirituelle intense : on agit en fonction de sa relation à Dieu. Notre vision du divin colore notre vie et oriente nos attitudes. Si le Père nous éclaire sur son amour et sa miséricorde et sur sa volonté au partage, alors nous illuminerons nos choix et nos comportements en fonction de cette vocation à la communion. Dieu n’est pas notre ennemi et encore moins l’ennemi de notre liberté. Sa loi nous libère pour mieux nous rapprocher de lui et entrer dans le cœur de la Trinité Sainte. Seuls les fils/filles sont libres et seuls des fils/filles sont admis au banquet céleste !

  1. 3. Conclusion : la sagesse du mystère de Dieu

« Il vous a été dit… et moi, je vous dis » : Jésus se pose comme le législateur authentique. Son ‘je suis’ le lui permet puisqu’il est de Dieu. Mais il ne nous donne pas de lois nouvelles sinon les mêmes lois vécues dans l’amour pour notre élévation vers le Père et notre identification comme fils/filles de Dieu dans l’Esprit.

« Il vous a été dit… et moi, je vous dis » : Jésus enracine la loi dans la justice et la vérité. Alors la liberté sera possible car elle prend corps dans un regard nouveau sur les autres et sur soi. De même que Jésus demande de ‘pratiquer’ par amour, il nous demande d’agir par amour.

P. Francis

 

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