CAREME 4 A

Lumière du monde

(Jean 9, 1-41)

Nous voici déjà à la mi-carême. Notre parcours atteint une étape nouvelle qui nous porte au sommet : la Résurrection. Notre démarche se veut progressive mais intense et pénétrante. Le Christ nous mène au cœur des choses mais surtout au cœur de nos vies et par là au Cœur de Dieu. Celui qui marchait sur les chemins de Galilée est le même qui présidait à la création de l’univers et qui obtiendra notre salut par sa Passion, Mort et Résurrection. Il nous ouvrira le mystère de Dieu et nous plongera dans l’amour trinitaire. A ses côtés, nous marchons nous aussi et ce chemin mène vers notre être intérieur, vers l’intimité de notre personne qui goûte à la lumière divine. S’il reste des ombres ou des traces de ténèbres, la lumière du Christ vient donner clarté et sérénité. Ainsi, nos yeux réfléchiront cette lumière intérieure qui illumine le monde et nous permet d’atteindre le divin. Le baptême, là encore, a été notre salut et l’initiation d’un processus qui ne s’accomplira que dans l’amour de la Trinité.

  1. 1. Purifier son regard

Ce merveilleux texte de la guérison de l’aveugle-né (Jean 9) est une longue catéchèse, pleine de rebondissements et d’humour. On suit pas à pas la progression spirituelle de cet homme qui passe de la lumière physique à la lumière intérieure. Il entreprend, d’un cœur simple et limpide, une démarche qui lui donnera la perfection de la foi : croire au Fils de l’homme qui est le Fils de Dieu, seul capable de guérir et de donner la vérité, la connaissance et la plénitude. L’aveugle est comme tout homme ou toute femme de ce monde en quête de bienfaits et qui reçoit un bienfait bien supérieur, la certitude de la présence par le Christ d’un Dieu qui aime.

Chercher le miracle : notre vie quotidienne, la matérialité… sont des chemins qui mènent à Dieu. On ne peut mépriser ce que Dieu a créé et encore moins cette chair que Dieu, par le Christ, a assumée. L’incarnation du Fils nous a ouvert des chemins spirituels à travers ce que nous vivons et ce que nous connaissons. La Création mais aussi l’être humain sont des œuvres divines qui ‘disent’ quelque chose du Ciel. Il n’est pas mauvais d’améliorer notre sort ni de demander des miracles, de vouloir toucher la puissance de Dieu dans notre univers. Que notre regard soit illuminé des miracles quotidiens et des signes de la présence du Père dans ce monde par l’Esprit !

Chercher au-delà du miracle : on peut s’enfermer dans le miracle extraordinaire ou dans les signes tangibles. Le miracle a toujours une raison pédagogique : il enseigne quelque chose au bénéficiaire et à la communauté. Il indique un chemin à parcourir ou à entreprendre. Il ramène à la relation qui doit être première. Il dévoile l’amour d’un Père qui donne par son Fils la grâce de l’Esprit Saint. Que notre regard sache voir au-delà des apparences et perçoive le sens des choses.

Chercher Celui qui aime : de fait, c’est l’amour qui est à l’origine de tout et qui préside tout. Nous avons bien du mal à le saisir et même à y croire, bien des difficultés à détacher notre regard du sol pour regarder vers le haut ou au moins vers l’intérieur. Trop pris par l’urgence et par le réflexe de survie, nous délaissons les raisons de notre existence pour assurer légitimement cette existence. Il y a pourtant Quelqu’un qui nous aime et nous le dit, qui nous protège et nous entoure. Il y a cette révélation progressive qui a dévoilé un amour qui nous dépasse et parfois nous fait peur. Au cœur de nos existences, chaotiques ou maîtrisées, il y a le Bien aimé qui nous tire vers la lumière de l’amour paternel dans l’Esprit. Que notre regard sache se rassasier du regard d’amour du Père !

Le carême est un bon temps pour demander la guérison de notre regard et de nos esprits tourmentés. Par la maîtrise de nos sens (jeûne) et par une prière filiale (oraison), nous pourrons partager cette communion qui nous précède et nous entraîne.

  1. 2. Regard intérieur

L’Evangile de l’aveugle-né est symptomatique  du cheminement de l’extérieur vers l’intérieur. Les détracteurs de l’aveugle sont incapables de voir le signe. Parce qu’ils ‘savent’ ou parce qu’ils sont inaptes au discernement, ils s’enferment et se ridiculisent. Par son humilité, l’aveugle entreprend la démarche de l’intériorité qui le portera de la lumière physique à la lumière spirituelle. C’est une démarche de conversion et de guérison totale. C’est la démarche du catéchumène qui va recevoir la lumière du Ressuscité à travers les signes visibles portant à l’invisible.

Ainsi commente Benoît XVI, dans sa lettre pour le Carême 2011 : ‘Le miracle de cette guérison est le signe que le Christ, en rendant la vue, veut ouvrir également notre regard intérieur afin que notre foi soit de plus en plus profonde et que nous puissions reconnaître en lui notre unique sauveur.’

Regard du Christ : saurons-nous avoir le regard du Christ ? Il a toujours su pénétrer les cœurs et ouvrir des chemins d’avenir à ceux que nous jugeons perdus ou ‘irrécupérables’. Les exemples sont légions dans l’Evangile. Il vient mettre de la lumière dans les ténèbres et rendre espérance aux affligés et aux pécheurs. Que le carême nous donne ce regard pénétrant d’amour et de compassion !

Regard de Dieu : saurons-nous regarder avec les yeux de Dieu ? Il nous tire au-delà des apparences pour aller vers le cœur de la vie et de l’existence (1 Sam 16). ‘Voir au-delà du visible’ pour détecter une Présence aimante et pour en vivre. Nous sommes bien souvent arrêtés par un voile diffus qui nous exclut d’une véritable connaissance. Rappelons-nous que le Christ a déchiré le voile et que désormais, Dieu est accessible à tous parce qu’il est Père de tous par le Fils dans l’Esprit Saint. Son regard est aimant et aimable. Que le carême nous aide à percevoir ce regard serein et bienveillant qui nous voit comme ses fils/filles bien-aimés dans le Christ.

  1. 3. Conclusion : enfants de lumière

Par ce miracle de l’aveugle-né, Jésus s’adresse d’abord à cet homme. Il le guérit et le replace dans la communauté comme un égal et un membre sans condition ni humiliation. Il le guérit totalement.

Par ce miracle, Jésus s’adresse aux docteurs de la Loi qui sont, pour le coup, aveuglés par leurs certitudes et leurs esprits limités.

Par ce miracle, Jésus s’adresse à ses disciples. Il leur indique l’importance du regard intérieur et de l’amour inconditionnel. Si le péché a des conséquences néfastes dans nos vies, le malheur ne peut venir de Dieu. Guérir remet alors de l’ordre sans le désordre. Sa lumière porte au Père.

Par ce miracle, Jésus s’adresse à tous ceux qui cherchent. Que le visible les porte à l’invisible. Que la lumière extérieure du soleil soit signe de la lumière intérieure et divine. Jésus le peut : il est la lumière du monde qui donne aux hommes de vivre en « enfants de lumière » (Ep 5, 8-14).

P. Francis

 

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