RAMEAUX A

« Qui est cet homme ? »

(Mat 21, 1-11 ; Mat 26, 14 à 27, 66)

Le carême touche à sa fin. Nous avons pris le temps de prier et de réfléchir, de jeûner et de partager. Nous nous sommes tournés vers les autres pour mieux rencontrer l’Autre au cœur de nos vies. Nous avons recherché la proximité de Jésus le Christ pour mieux entrer en communion avec son Père. Nous avons échangé nos chaînes pour des liens libres de vérité et d’amour. Nous avons découverts l’action profonde et amoureuse de l’Esprit dans nos existences tendues vers l’infini. Ainsi, nous voici arrivés à la Grande Semaine, la Semaine Sainte où, dans un drame humain, se dévoile le drame divin ; la Semaine où tout bascule pour révéler la vérité de nos vies et l’identité du Dieu tant cherché et désiré. Cette Semaine particulière est le cœur de la foi chrétienne : le croyant, depuis deux mille ans, y puise sa force et sa foi, y tire ses joies et peines, y communie avec la Trinité par le Christ mort et ressuscité. Le Christ en croix est l’homme des douleurs qui donne sa vie pour notre pardon et notre salut. Le Christ de Pâques est ce même homme reconnu Fils de Dieu, vainqueur et glorieux qui ouvre le Ciel à la multitude des hommes et femmes, fils et filles libres en lui, dans l’Esprit Saint pour la plus grande joie du Père. Comment aborder cette Semaine sans passer de la raison à la foi, de la tête au cœur, de l’incompréhension à l’argumentation de l’amour ? Laissons-nous toucher par la volonté du Père réalisée en son Fils dans l’Esprit ! Entrons dans la logique surprenante de l’amour !

  1. 1. Joie et douleur

Ce dimanche des Rameaux est certainement le dimanche le plus ‘difficile’ de l’année car il oscille entre joie et douleur, entre exaltation et abaissement, entre accueil et rejet. Dans la même liturgie, nous accueillons le prophète Jésus comme le Messie attendu puis nous lisons son rejet et sa Passion. La liturgie concentre souvent nos propres ‘contradictions’ mais dépasse notre seul horizon humain pour nous élever vers l’horizon divin : elle nous transporte dans le cœur de Dieu avec tout ce que nous sommes. Elle fait du sacrifice du Christ le lieu de communion avec le Père mais cela est possible par l’Esprit du Ressuscité. Elle nous plonge dans le mystère.

Jésus, reconnu Messie : l’accueil triomphal de Jésus à Jérusalem est le sommet de sa prédication. Pour Matthieu, Marc et Luc, c’est sa première entrée dans la Ville Sainte et leurs évangiles sont tout orientés vers cette marche vers Jérusalem. Jérusalem, cité de David et cité Sainte, cité de Dieu et lieu de la communion dont le Temple est le centre. Jérusalem, cité de la Loi et de la lumière, ville de la paix et de la foi. Jérusalem, phare des nations et roc du Dieu unique ! Mais aussi Jérusalem qui lapide les prophètes et qui cède facilement aux compromis, qui tombe dans le légalisme et le pharisaïsme, dans l’excès et le fanatisme ! Jésus entre dans cette ville contradictoire et pourtant aimée, symbole de nos amours houleuses et de nos péchés camouflés. Jésus est bien le messie-roi qui entre dans sa ville comme l’Envoyé et comme le Serviteur, comme le Juge et le Souverain. Ceux qui le reçoivent avec joie et enthousiasme seront ceux qui le laisseront  crucifier avec rage et conviction !

Jésus, réponse du Père : Jésus répond aux attentes d’un peuple en quête de vérité et de justice, de paix et de sécurité. Il saura dépasser la lettre de la Loi pour en faire sourdre l’esprit et la profondeur. Il saura dépasser les prescriptions religieuses pour en faire ressortir la profondeur spirituelle et le chemin de lumière. Il saura  dépasser les conventions sociales pour en extraire les liens fraternels et harmonieux. Jésus proposera un dépassement dérangeant mais nécessaire : la religion est pour la gloire de Dieu dans la liberté, la morale pour l’épanouissement humain, la vie fraternelle pour une relation véridique… Jésus fait avancer l’humanité vers son harmonie et sa vérité.

Jésus, signe de contradiction : si Jésus est bien le Christ, il n’en est pas moins un christ bien particulier. S’il répond aux attentes, il n’en demande pas moins un sursaut de qualité. S’il est venu accomplir, il est aussi celui qui pointe nos contradictions et nos faiblesses, notre péché et nos peurs. En mettant de la vérité, il dérange nos certitudes. En portant l’amour, il contredit nos orientations bien établies. En révélant, il fait exploser nos catégories philosophiques, théologiques, sociales… En étant le Messie, il suscite notre opposition. En étant Fils de Dieu, il suscite terreur et rejet !

Il est bien difficile de comprendre que l’amour puisse nous terroriser à ce point et que le rejet de Jésus est rejet d’un Dieu qui nous aime et se fait proche de nous ! Etrange humanité que le péché a viciée à ce point mais que l’amour a sauvée malgré tout !

  1. 2. Compassion et amour

Entré à Jérusalem, Jésus sait déjà ce qui l’attend. Il connaît le cœur de l’homme et ses contradictions. Il connaît les ravages du péché et les fausses libertés que l’homme s’est construites. Il connaît nos illusions et nos idoles. Cependant, Jésus s’est rendu à Jérusalem et sa mission est volonté du Père qu’il accomplira dans l’Esprit. Aurait-il pu entreprendre cette mission sans tout l’amour du Père en lui et sans l’amour de l’humanité ? Cette semaine révélera tout l’amour dont il est capable et jusqu’où il est allé pour nous dire, au-delà de mots et discours, une vérité ontologique : Dieu est amour !

L’homme des douleurs ou compassion : alors que Jésus s’enfonce dans la nuit de sa passion, il exprime toute sa compassion pour l’humanité dans les ténèbres. En Christ, Dieu exprime toute sa compassion pour une humanité malade et défaillante. Alors que l’amour l’attire, elle rejette l’amour pur et s’enfonce dans son péché. Voici ici, un lieu de communion : cette semaine, unissons notre compassion pour Jésus qui souffre avec cette compassion de Dieu pour son peuple en souffrance !

Le Fils en croix ou pur amour : alors qu’il meurt en croix, rejeté et raillé, Jésus démontre tout l’amour dont nous sommes aimés. Cet amour brille sur la croix comme signe de la présence divine qui n’a pas craint de se dénuder et de se rendre vulnérable. L’amour seul illumine le sens de la croix. Aucun autre argument, intéressant en soi, ne peut rendre compte de la douleur et de la vérité. Voici ici un lieu de communion : unissons-nous au Crucifié par amour en déployant toutes les forces de l’amour dont nous sommes capables. Ainsi, notre communion nous emportera dans les bras du Père au matin de Pâques !

  1. 3. Conclusion : une semaine à vivre dans l’amour !

Les rameaux que nous portons dans nos maisons nous rappellent la gloire du messie, révélé Fils en sa Résurrection. Ils sont le signe de notre adhésion à cette profession de foi !

La croix qui nous plaçons chez nous ou sur nous nous rappelle l’amour du Fils, qui révèle le Père dans l’Esprit. Elle est le signe de notre salut et de l’amour divin. Cette croix d’infamie est devenue le trône du Fils, vrai Roi et Seigneur de l’univers. Elle invite à contempler la Trinité en action pour nous.

P. Francis

 

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