PAQUES 3 A

« Alors leurs yeux s’ouvrirent… »

(Luc 24, 13-35)

Le Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité ! Il est si beau en ce temps de Pâques de découvrir les différentes traditions autour de cette fête. Chacun, selon le génie de son rite et de sa culture, a pu exprimer la joie de vivre et de croire, a pu partager la lumière de mille façons, a pu célébrer l’amour enfin reconnu. Cette victoire des victoires est la réponse du Père à l’obéissance du Fils dans l’Esprit d’amour qui les unit. Elle vient informer notre raison et notre foi sur les finalités créatrices et la volonté divine de nous accueillir. Elle ouvre les portes de la connaissance et de la vérité. Elle nous introduit à la réalité invisible si proche du visible. Le Christ est parmi nous. Sa présence rassurante et véritable se perçoit dans des signes concrets qui deviennent ‘accès’ au monde de Dieu. Nous restons ‘de ce monde’ tout en étant ‘hors du monde’. Cela veut dire que ce monde est chemin vers Dieu, tremplin vers le Ciel et clé du Royaume. Nous ne devons pas éviter de nous impliquer dans cet univers sauvé et sanctifié par le Fils, nous devons percevoir la présence du Ressuscité qui englobe le tout et que l’Esprit nous fait toucher. Ouvrons les yeux, il est présent, vivant parmi nous « à la plus grande gloire de Dieu le Père ».

  1. 1. Les signes du Ressuscité.

On pourrait déplorer que depuis la Résurrection, rien n’a changé. Le monde poursuit sa course sans se soucier de Dieu ou s’accommode de sa non-présence théorique ou pratique. La guerre et les catastrophes se succèdent et les chrétiens en ont été quelques fois l’origine. On pourrait aussi regretter que l’amour ne soit pas la valeur suprême dans la politique, le social ou l’économie. On a bien des raisons de douter d’une ‘victoire éclatante’ qui nous plonge dans la communion trinitaire. Mais n’est-ce pas regarder le monde et la vie avec des yeux d’étrangers ou de non-croyants ? Ne sommes-nous pas trop matérialistes ou au moins rationalistes ? Avons-nous perdu le regard de la foi qui perce les mystères et nous introduit dans le divin, à travers le sacré ou la révélation ? Le Christ, Maître de l’Histoire, est aussi Maître de l’univers. Il relie les mondes et les hommes, il unit Dieu et l’humanité, il est le point de communion par lequel tout passe désormais, étant le Fils du Père dans l’Esprit. Sa Résurrection a transcendé l’histoire, le temps et l’espace. Elle a dévoilé ce qui nous restait voilé et qui maintenant est accessible. Nous avons à portée de mains le monde créé et le monde incréé, le visible et l’invisible, le matériel et l’immatériel, la matière et l’esprit… Le Christ est le pont. On dira en termes plus bibliques qu’il est « la Porte, le Chemin, la Voie… »  par sa Personne même.
Comment se manifeste-t-il à ses frères et sœurs ?

La Parole éternelle : elle dépasse le temps mais s’est inscrite dans le temps. L’histoire d’un peuple a donné l’occasion à Dieu de se dire, tant par révélation que par intuition. Des événements ont bouleversé l’histoire, sociale ou personnelle, et ont été reconnus comme ‘œuvres de Dieu’. La matérialité des ‘documents’ n’ont jamais enfermé Dieu mais ont été l’occasion de se dépasser pour atteindre une Parole plus grande. Cette Parole a été reconnue en Jésus de Nazareth. Sa Résurrection a montré sa communion avec la Parole divine. Le Christ est vraiment le « Logos », le Verbe Divin. A nous de scruter les Ecritures et de recevoir la Parole de vie dans nos cœurs à l’écoute. Il parle encore.

La Présence réelle : la Résurrection nous met en présence du Christ, mort et ressuscité. Son unique sacrifice nous est accessible dans la foi et la force de l’Esprit. La messe n’est pas une commémoration ou une répétition : elle est l’actualisation, la participation au sacrifice du Christ. Sa présence est réelle et la communion est communion réelle à la divinité du Christ. Le signe banal en soi de la ‘fraction du pain’ est porteur de vie et de grâce. A nous d’ouvrir les yeux et de le reconnaître dans ce geste signifiant. Rappel à la mémoire et participation à la réalité.

L’Amour désintéressé : la Résurrection nous a mis en relation nouvelle avec les autres. Non seulement solidarité humaine ou en humanité, non seulement philanthropie naturelle mais unité dans la diversité et communion dans le même amour. C’est par l’amour les uns pour les autres qu’on reconnaîtra les disciples du Christ et la présence du Ressuscité. C’est un signe fort et authentique. L’unité est un fruit de l’Esprit et l’Esprit est présent quand l’amour se donne et se reçoit. Ouvrons les yeux sur la bonté de l’autre et sur les possibilités relationnelles que l’amour nous ouvre.

  1. 2. Les témoins du Ressuscités.

La nouvelle de la Résurrection s’est transmise comme un feu parmi les disciples éparpillés par le doute et la déception. Elle a été reçue avec scepticisme puis avec joie, à la vue du Maître vivant et rayonnant. On comprend : la Résurrection n’est pas la réanimation d’un cadavre ‘pas vraiment mort’ mais le rayonnement du divin dans notre humain si terne mais rendu beau et brillant. A chercher Jésus le crucifié, on reste dans ses propres catégories limitées. A trouver le Christ, on accueille le Ressuscité qui éclate de splendeur et beauté. Si on recherche nos liens avec le passé, on manque la nouveauté  de l’annonce et la stupeur de la vérité. Voyons Thomas ou les disciples d’Emmaüs : ils se penchent sur la passé, légitime en soi, mais qui ne donne pas de réponse. Quand ils découvrent le Ressuscité, leur vie se transforme et devient lumineuse.

Transmission apostolique : on est héritier du témoignage des Apôtres et des disciples. Leur expérience pascale nous interpelle et nous concerne. Elle est un signe pour nous. Elle s’est transmise jusqu’à nous, non seulement comme une expérience des proches de Jésus mais comme prototype de notre propre expérience pascale. Nous découvrons, à leur suite, le même Christ Ressuscité et nous transmettons à notre tour cette annonce et cette expérience spirituelle. On transmet les mêmes signes et les mêmes gestes signifiants.

Vie en Eglise : on est membre d’un Corps appelé Eglise. C’est la communauté des fils et filles du Très Haut qui porte en elle la révélation et l’expérience pascale. L’Eglise est le lieu de la transmission et de la communion. Institution organisant le bien commun des croyants mais surtout communion de frères et sœurs, elle est signe et sacrement du Christ. Sa vie et son œuvre sont présence divine.

  1. 3. Conclusion : ouvrir les yeux sur l’invisible !

Aux disciples d’Emmaüs, Jésus explique les Ecritures le concernant. La Parole est lieu de rencontre et d’interpellation. Ouvrons les yeux sur le Logos éternel qui parle au cœur et à la raison !

Avec les disciples d’Emmaüs, Jésus partage le pain et leurs yeux s’ouvrent. La ‘Fraction du Pain’, transmise minutieusement au cours des siècles, nous rejoint et nous ouvre à la présence du Ressuscité. Ouvrons les yeux sur une Eucharistie qui fait de nous l’eucharistie du Fils offerte au Père dans l’Esprit. Nos yeux sont capables de voir l’invisible !

P. Francis

 

This entry was posted in Année A, Français, Père Francis, Saison de Pâques. Bookmark the permalink.