PAQUES 5 A

« Celui qui m’a vu a vu le Père »

(Jean 14, 1-12)

Le Christ est ressuscité. Il est vraiment ressuscité. Cette insistance sur le ‘vraiment’ est traditionnelle et importante. Alors que certains affirmaient l’apparence de la Résurrection ou sa symbolique, l’Eglise a toujours affirmé sa réalité, historique et supra-historique. Le Christ est ressuscité dans notre histoire humaine puisqu’il était homme vraiment. Cependant sa Résurrection dépasse notre histoire spatiotemporelle pour s’inscrire au cœur du spirituel et du divin, puisqu’il est vraiment Dieu. On ne peut saisir totalement cet événement mais on peut en percevoir ‘quelque chose’ à travers nos sens et nos cœurs, par la raison et la foi. C’est pourquoi, le Christ est l’unique intermédiaire entre Dieu et l’Homme, l’unique Prêtre et Intercesseur, l’unique voie d’accès à Dieu. Il est le lien entre le Ciel et la Terre, « la porte des brebis » et le Logos éternel. Jésus n’a pas fait semblant d’être un homme. De même, il n’a pas fait semblant de souffrir ou de mourir, même si nous répugnons à le concevoir ou à l’admettre. Sa Résurrection est tout autant réelle et efficace. Il est vraiment ressuscité avec son corps et tout son être. Il a dépassé nos limites pour nous entraîner dans le monde de Dieu qui est communion par la transfiguration de notre humanité. Nous passons désormais par le Christ pour nous plonger en la Trinité Sainte.

  1. 1. « Puisque vous me connaissez… »

Jésus, avant sa Passion, a bien montré l’importance de le connaître et de le suivre. Le connaître est fondamentale et le suivre nous amène à l’harmonie humaine et spirituelle. Les disciples ont eu bien des difficultés à saisir toute sa personnalité ou à percer le secret de son identité. Il aura fallu la lumière de Pâques pour enfin comprendre et reconnaître toute la force de sa Personne, humano-divine. Sans l’aide de l’Esprit Saint, nous nous trouvons dans la même situation, nous nous contentons de faits historiques mais sans saisir les faits intérieurs, sans percevoir la profondeur de sa Personne, sans pouvoir toucher « le Verbe de vie » (Jean 1). La puissance pascale vient révéler et dévoiler la vérité sur le Christ et du coup la vérité sur Dieu et sur notre vocation ultime à la filiation. Jésus le Christ est vraiment le Fils unique, ouvrant pour nous les bras du Père et nous donnant l’Esprit qui unit le Père et le Fils. La communion est notre avenir en Dieu dans l’amour.

Croire en Jésus le Fils : croire en Dieu ne suffit pas. Des milliards d’hommes et de femmes croient en Dieu. Croire que Jésus a existé ne suffit pas. Les historiens n’en doutent plus. Croire qu’il est mort injustement n’est pas un scoop. Nous croyons qu’il est mort crucifié pour nous et qu’il est ressuscité pour nous : il est le Fils de Dieu. Cela change tout et ouvre des perspectives nouvelles pour notre vie spirituelle, intellectuelle et morale. Il ‘informe’ notre vie désormais.

Connaître le Fils: se contenter de connaissances historiques et mêmes exégétiques ne suffit pas. Il nous faut apprendre à le connaître comme Sauveur et Seigneur, et donc comme Fils uni au Père dans l’Esprit. En effet, connaître le Christ signifie entrer en relation nouvelle avec Dieu et saisir la divinité comme personnalité individuelle et non comme seule énergie cosmique ou sacrée. Notre Dieu est l’Être Suprême, Créateur et Sauveur : Père, Fils et Saint Esprit, Dieu Un dans sa Trinité.

Être avec lui : nous ne sommes pas des spectateurs ébahis devant un Dieu lointain ou complexe, nous sommes participants de la communion trinitaire par la grâce du Christ. Jésus le dit bien : « Là où je suis, vous y serez aussi» (Jean 12,1ss). C’est en étant unis à lui que nous le suivons, unis réellement et ontologiquement. Réellement car il est le Chemin et nous emporte dans sa Résurrection et ontologiquement car, par son Incarnation, il a touché notre être profond. Ainsi, quand nous affirmons que nous sommes le Corps du Christ, en tant qu’Eglise, ce n’est pas une simple image mais une réalité ontologique. Etre avec lui est possible par notre communion dans l’être et la grâce !

Contempler le Père : Jésus ne nous parle pas seulement du Père, il nous le ‘laisse voir’, il nous introduit dans son intimité et du coup, il nous en partage tout son amour. De la foi et la connaissance, nous passons à la contemplation et à la communion, dans la filiation et par pure grâce.

  1. 2. « Je suis dans le Père et le Père est en moi »

Nous arrivons donc au cœur de la foi chrétienne que certains réduisent à une morale ou à un culte entaché de paganisme, de mythologie et de philosophie gréco-romaine. Le cœur de la foi chrétienne est la rencontre, par le Christ et dans l’Esprit, du Dieu éternel reconnu Père. Ce Père est « Notre Père » parce qu’il est le Père du Fils. Il aura fallu l’Incarnation, la mort et Résurrection du Fils, pour nous propulser dans cette vérité que la raison n’aurait pu saisir ni la foi n’aurait pu imaginer. C’est donc par révélation progressive et constante, révélation lumineuse et merveilleuse en Jésus Christ que nous atteignons cette vérité qui est lumière et vie.

Ce cœur de la foi chrétienne nous révèle que la contemplation du visage du Christ est contemplation du Père : voir le Christ c’est voir Dieu. Dieu s’est laissé entrevoir par le Christ qui est désormais notre Chemin vers Lui. Il s’est laissé toucher et donc aimer. Mystère sublime dont on ne saisira jamais la profondeur et joie sublime qui comble nos cœurs en désir d’amour et de vérité !

Jésus va jusqu’à dire que nous avons vu le Père car qui « m’a vu a vu le Père » : c’est par l’unité du Fils avec le Père que nous voyons nous-aussi le Père dans l’Esprit Saint ! Maintenant et pas seulement dans le Royaume à venir! Maintenant déjà, dans la foi et la communion !  Quelle beauté donc que notre vie spirituelle, incarnée comme celle du Christ et lumineuse comme celle du Fils ! On a ici la pointe ultime de la foi chrétienne, celle qui porte au Ciel tout en sanctifiant le Terre ! L’unité des Personnes Divines est la condition de la vérité de la Trinité, mystère possible dans l’amour seulement.

  1. 3. Conclusion : «Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie »

Jésus le Christ est le Chemin : il est le seul à pouvoir nous conduire au Père par l’Esprit. Il a su, par sa vie et sa mission, accomplir la merveille de nous rendre aptes à la rencontre. Pardonnés et sanctifiés, nous pouvons aller vers le Père par le Christ dans l’Esprit.

Jésus est le Vérité : il est le seul à révéler le cœur de Dieu, sa volonté et son amour. On n’a pas à craindre de suivre le Christ qui a montré par sa mort et Résurrection, la vérité de son œuvre et de sa relation au Père. Il n’y a pas d’autre révélation à attendre. Dans le Christ, tout est dit et tout est à découvrir et à approfondir dans l’amour.

Jésus est le Vie : il est le seul à nous donner accès à Dieu et donc aux sources de la vie. Sa crucifixion est le signe de sa gloire et sa Résurrection est le signe éclatant de sa divinité. Si le Christ est le Fils, il nous porte au Père en nous donnant son Esprit de vie et de grâce. La vie humaine, belle et précieuse, s’épanouit en vie éternelle au cœur de la Trinité Sainte, Dieu de vie et d’amour.

P. Francis

 

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