ORDINAIRE 14 A

« Je suis doux et humble de cœur »

(Mt 11, 25-30)

Nous aimons les fêtes et nous passons de l’une à l’autre. Nous aimons célébrer les mystères du Seigneur et sa grande victoire sur la mort et le mal. Nous nous sentons heureux dans l’amour de Dieu qui s’exprime par la vie et l’œuvre du Christ. Les fêtes, pourtant, passent et nous revenons à la réalité quotidienne. C’est là que se vérifient la profondeur de notre foi et la cohérence de notre amour. Dans l’ordinaire s’exprime l’extraordinaire de la Résurrection. Dans le quotidien limité et routinier s’expérimentent la nouveauté et la créativité. Dans le banal de notre vie s’illumine l’éternité. S’il est facile d’être chrétien lors des grands rassemblements ou lors des belles célébrations festives, il l’est moins dans l’ordinaire de la vie fait de choix et de tensions. Le Christ, Fils du Père et Maître de nos vies, nous invite à la connaissance et à la communion. Il est la Voie qui nous mène vers la lumière. Il est la Vérité qui nous porte à la plénitude. Il est la Vie qui ouvre le Royaume. Il est le Verbe qui révèle la Trinité. Sans attendre la pleine communion en Dieu, vivons dès maintenant dans l’amour.

  1. 1. Le Fils uni au Père.

Nous pouvons partir de notre expérience et voir comment cette expérience nous aide à trouver Dieu. Nous pouvons partir de la révélation et découvrir comment notre expérience est illuminée par la Vérité. Nous pouvons partir de l’action du Christ et nous émerveiller de la coïncidence entre la volonté divine et notre quotidien. Nous pouvons rencontrer le Christ en partant de notre humanité ou en partant de son être véritable, de son identité révélée.  Les deux mouvements, la voie ascendante ou la voie descendante, sont identiquement des voies de sanctification qui correspondent à nos intuitions ou à nos convictions.

Voie ascendante : l’humain est important. Comment négliger la création et les dons de Dieu ? Dieu pourrait-il mépriser ce qu’il a créé ? Dieu serait-il loin de nos tribulations, de nos forces et de nos faiblesses ? Il est là, au cœur de nos vies et dans le dynamisme de nos existences. Il est là dans nos aspirations et dans nos recherches. Il est là dans nos dérives et dans nos découvertes. L’autonomie du créé est voulue par Dieu : la création se meut selon ses lois et son caractère propre. L’homme recherche laborieusement sa cohérence et son équilibre. Voie difficile mais légitime. Les lois naturelles nous ouvrent au divin. Les choix réfléchis nous ouvrent à la liberté. Les aspirations humaines nous ouvrent à la transcendance. Tout ce qui est humain, tout ce qui est créé, tout ce qui est en nous de psychologique, de psychoaffectif, de raisonnable, d’intelligent, de spirituel… tout ce que nous sommes est chemin vers le Dieu Créateur qui se laisse trouver et se laisse aimer. Le Christ ici vient cueillir l’humain et le transforme par sa Résurrection en bénédiction et en voie de communion.

Voie descendante : la révélation est importante. Dieu nous offense-t-il en se révélant ? Force-t-il la main à l’humanité en disant qui il est et ce qu’il veut ? La Révélation vient-elle corroborer la recherche humaine ? Pédagogiquement, Dieu se révèle dans le temps et par doses successives, par des intermédiaires et des signes. Il se laisse découvrir en se disant. Sa Parole est lumière. Son Alliance est engagement. Son Esprit est dynamisme. « Quand les temps furent accomplis, il a envoyé son Fils ». Jésus le Christ est Révélation suprême et définitive, non par des discours ou une théorie mais par une vie d’obéissance et de sacrifice de soi dans l’amour. Ainsi découvre-t-on un Dieu qui aime et qui se donne, qui partage et qui recrée, qui se laisse toucher et qui invite. Ainsi découvre-t-on un Dieu d’amour qui est Père, et Fils et Saint Esprit, Dieu unique et Trinité d’amour. La Résurrection a ouvert la raison et les sens, l’intelligence et le cœur, l’esprit et la foi à une vérité insoupçonnée mais raisonnable, profonde et mystérieuse, joyeuse et vitale. Le ‘Dieu-en-soi’ s’est révélé par le ‘Dieu-avec-nous’, celui qui s’est incarné à Noël, qui a été consacré au Jourdain, qui a été transfiguré sur la montagne, celui qui a marché sur nos chemin, a été élevé sur la croix et s’est montré au matin de Pâques.

Le Seigneur, incarné et ressuscité, révélateur du Père : le Christ Seigneur est bien le Fils, Dieu parmi nous et présence du Père dans l’Esprit. Le Fils connaît le Père et le Père connaît le Fils… ils se révèlent en toute liberté dans l’amour, par l’Esprit Saint, ‘baiser’ du Père et du Fils (St Bernard)

  1. 2. Le Fils, Maître doux et humble.

Jésus est bien le Fils de Dieu. Sa Résurrection l’a montré tel qu’il était et tel qu’il est dans sa relation à son Père. Jésus est Maître de vie et Pasteur de son peuple en marche vers le Père dans l’Esprit. Si Jésus est vraiment la voie, cette voie est faite de douceur et d’humilité car elle prend origine dans l’amour, s’épanouit dans l’amour et se perd dans l’amour.

Douceur : elle sourd de la relation trinitaire. Les Personnes Divines vivent dans un amour inconditionnel qui se donne et se reçoit, une communion qui se partage, une relation éternelle. La douceur du Christ est expression de la douceur de la Trinité. Elle nous invite à transformer nos vies et à en faire notre référence quotidienne. Douceur ferme et exigeante mais tolérante et compréhensive, comme celle d’un « roi monté sur un âne tout jeune » (Zacharie 9, 9-10).

Humilité : elle sourd de la relation trinitaire. Les Personnes Divines sont les pauvres par excellence qui s’enrichissent dans la relation. L’unique nature divine est partagée par les différentes Personnes. L’Une ne vit pas sans l’Autre… et est-ce même possible dans la communion éternelle ? Ô mystère ineffable et merveilleux qui nous plonge dans la communion trinitaire et nous fait vivre de la relation filiale dès maintenant ! Accueillons humblement une réalité qui nous dépasse mais qui s’est révélée en Jésus Christ, vrai Dieu et vrai Homme, Fils Unique du Père éternel, par l’Esprit d’amour ! Soyons simplement humbles dans une douceur qui touche le cœur de Dieu.

  1. 3. Conclusion : quiétude spirituelle.

On pourrait mobiliser toutes nos énergies et nous concentrer sur la présence de Dieu dans le quotidien. On peut aussi mobiliser toute notre foi et nos convictions pour accepter la Révélation, fruit de la Résurrection. Dans l’un ou l’autre cas, c’est la paix intérieure qui est le baromètre de la vérité. Même si la tempête fait rage, le cœur est en paix. Même si la raison se rebelle, la foi sait patienter. Même si la foi est faible, l’amour peut grandir et atteindre le Ciel.

Notre foi est connaissance mais aussi participation au mystère pascal. Le baptême nous a mis en présence de la divinité du Christ qui est la porte de la communion trinitaire. Il nous reste à vivre de l’Esprit du Christ, qui habite en nous (Romains 8, 9-13) et produit ses dons mais surtout sa joie et sa paix. Qui pourra alors nous séparer de l’amour du Christ, de l’amour du Père ou de la vie dans l’Esprit ? La semence déposée en nous grandira en sérénité jusqu’à atteindre le cœur de la Trinité, beauté suprême et douceur éternelle.

P. Francis

 

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