ORDINAIRE 16 A

« Le Royaume des cieux est comparable à … »

(Mat 13, 24-43)

Les temps forts restent exceptionnels. On vit habituellement dans l’ordinaire et notre vie quotidienne s’égrène  au rythme des saisons et des événements. Là, au cœur de nos vies, se trouve le Royaume de Dieu, celui annoncé et inauguré par le Christ, celui qui croît et s’étend, celui qui fleurit et invite à l’amour. On ne doit pas rêver d’un ciel séparé de notre terre car notre terre et toute la création sont partie prenante de la Résurrection du Christ. Tout est renouvelé en lui, tout est transformé et transfiguré. Notre terre et, avec elle, notre vie ‘ordinaire’ sont emportées à la présence de Dieu. Y trouvera-t-il une moisson fructueuse ? Y trouvera-t-il la semence du Royaume, fruit de notre amour engagé et pur ? Le Royaume de Dieu est l’annonce majeure du Christ. Son ministère a consisté à le proclamer et à ouvrir nos yeux sur la réalité de sa présence. Nous sommes pourtant aveuglés par la réalité du mal et de la souffrance ou submergés par des questions importantes qui nous font oublier l’amour donné du Père par le Fils dans l’Esprit. Le mal, la douleur, la souffrance sont vaincus par la Résurrection. Ouvrons les yeux sur la beauté et laissons l’amour nous submerger.

  1. 1. L’annonce du Royaume.

Jésus aime à parler en parabole. La parabole nous permet de comprendre une vérité religieuse ou spirituelle de l’intérieur. Elle introduit à la symbolique qui touche le sens. Elle parle par images qui touchent le cœur en passant par la raison. Notre expérience est sollicitée. Notre personne est totalement investie : raison, esprit, intelligence, cœur, affectivité, sensibilité… La parabole est la méthode ‘complète’ utilisée par Jésus pour nous éviter des discours ennuyeux ou rébarbatifs. Il l’utilise pour dire des choses essentielles et toucher notre cœur. Comment comprendre que le Règne annoncé de Dieu dans l’Ancien Testament prend tout son sens dans le Royaume proclamé de Dieu dans Nouveau Testament ? C’est maintenant que le Royaume est initié pour se compléter définitivement dans le cœur de la Trinité. De fait, le Royaume, c’est la communion avec le Père, le Fils et le Saint Esprit, Dieu d’amour.

Le Royaume annoncé : Jésus parle du Royaume. C’est un de ses thèmes essentiels de prédication. Il annonce la nouveauté en Dieu et son Messie. Il proclame l’originalité de la foi biblique, passée par l’Alliance et la Loi pour se poursuivre par la liberté de l’Esprit. Jésus ne fait pas du Royaume un lieu particulier mais un état d’esprit anticipant une réalité spirituelle permanente. « Le Royaume des cieux est comme… » : répète-t-il dans l’Evangile. Comment saisir complètement le Royaume sinon par images et paraboles ? Il est bon de se rappeler que Jésus ne parle pas d’abord d’institution ou de morale ni même de préceptes si ce n’est le commandement de l’amour. Il parle d’une présence qui croît en nous, d’une nouveauté qui donne la vie, d’une communion qui porte du sens.

Le Royaume inauguré : Jésus inaugure le Royaume. Son incarnation est une bonne nouvelle : Dieu avec nous. Sa vie terrestre est aussi bonne nouvelle : Dieu marche avec nous. Sa mort offerte est une bonne nouvelle : Dieu nous pardonne et nous relève. Sa Résurrection est la Bonne Nouvelle : Dieu nous donne la grâce filiale dans l’Esprit Saint. Ainsi, toute la vie de Jésus le Christ nous concerne et en dehors de lui, il n’y a pas de salut. Parce qu’il est ‘Fils de Dieu’, nous devenons fils et filles du Très Haut dans la liberté de l’amour. Le Royaume est ouvert à tous ceux qui veulent vivre de cet amour filial dans la paix de l’Esprit.

Le Royaume en croissance : Jésus invite au Royaume. Pas de Royaume sans liberté. Pas de Royaume sans amour. Pas de Royaume sans la grâce. Parce que nous sommes libres et limités, le Royaume grandit à notre rythme jusqu’à son plein accomplissement en Dieu. Réalité autonome, certes,  mais réalité qui nous concerne, le Royaume est communion en la Trinité. Les semences sont jetées et fécondées par l’amour. Les fruits sont abondants et grandissent par l’Esprit. La moisson est entre les mains du Père mais dore au soleil de notre liberté. Seuls les fils et filles de Dieu, libres dans l’amour, peuvent entrer dans le cœur de la Trinité, le Royaume des cieux.

  1. 2. Le problème du mal.

L’Evangile de ce jour nous rappelle une réalité évidente : la présence du mal dans le monde. Cette présence est en lutte avec les forces de vie et de lumière. Jésus n’est pas un doux rêveur, c’est un clairvoyant qui ne nous trompe pas sur la ‘marchandise’ en nous enfermant dans l’illusion. Nous aurons à lutter et à affronter le mal dans toute son horreur. L’ennemi est actif et travaille au découragement des élus, fils de la lumière et de la Résurrection. Il suffit de se pencher en nous-mêmes pour constater nos compromis et nos manques de clarté. Nous sommes pourtant les grands vainqueurs à la suite du Ressuscité : la vie et l’amour ont toujours le dernier mot. Le mal est un non-amour qui détruit et porte au néant.

Le mal en nous : on peut tergiverser longtemps sur l’origine du mal, sur les actions de l’ennemi (diable, démon…). On peut se révolter contre Dieu à cause de la souffrance. Beaucoup se détournent de la foi à cause du mal et de la douleur. La réponse de Dieu se trouve en Jésus : le Christ en croix est la réponse du Père. Nous-mêmes ne sommes pas exempts d’ambigüités : chaque fois que l’on laisse l’ivraie étouffer le bon grain ou que l’on se laisse aller au désespoir, chaque fois que l’amour perd du terrain en nous ou que nous préférons l’esclavage à la liberté des fils. Mais là aussi, le Christ est vainqueur : il est Maître et Seigneur, Fils unique de Dieu, mort et ressuscité pour nous.

Le mal vaincu : on a bien des difficultés à croire à la victoire définitive du Christ. N’est-ce pas là un défi à relever ? Proclamer la foi au moment du doute ! Parler d’amour en temps de violence ! Défendre la vie envers et contre tout, face à la mode appelé ‘progrès’ ou de la pression sociale ! Certes, il n’est pas aisé d’être joyeux en tout temps mais il est chrétien d’aimer en tout temps. Le Christ en croix pardonne et se donne au Père. Le Ressuscité donne son Esprit et nous entraîne dans la grâce filiale. La Sainte Trinité est amour en action, elle vainc le mal, l’ennemi, par l’amour !

  1. 3. Conclusion : un Royaume d’amour

Un théologien a dit, non sans humour, que ‘le Christ a prêché le Royaume et c’est l’Eglise qui est venue’. Il critiquait ainsi la distance entre l’espérance du Royaume et les réalités bien terrestres de l’Eglise. Et pourtant, l’Eglise, c’est nous et si le Royaume ne progresse pas dans notre vie spirituelle, comment progresserait-il dans le monde ? Le Royaume est bien là parce que le Christ est là, avec nous, présence du Père par l’Esprit Saint. Sans avoir peur du mal, l’ivraie de la parabole, en nous et dans le monde, marchons confiants vers le Royaume d’amour en la Sainte Trinité. Si la Trinité est communion d’amour, le Royaume peut se vivre dès maintenant dans l’humble amour dont nous sommes capables.

P. Francis

 

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