ORDINAIRE 18 A

«  Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? »

(Rom 8, 35-39 ; Mat 14, 13-21)

On aime suivre Jésus sur les chemins de Palestine. On se surprend à l’écouter et on aurait aimé être là lors des grands moments. Quand Jésus parle, c’est toute la création qui écoute son Créateur et qui se réjouit de son amour. Quand il regarde les foules ou qu’il perce les cœurs, c’est toute l’humanité qui est réconfortée et qui se sent aimée et choyée. Quand Jésus tend la main et touche les malades ou les infirmes, c’est tout le corps souffrant de notre humanité douloureuse qui ressent la fraicheur de la vie et la beauté de l’Esprit. Jésus ne se contente pas de parler même s’il est la Parole de Dieu, le Verbe éternel. Il s’engage en notre faveur, certes pour nous sauver du péché et de la mort par sa Croix mais aussi pour nous accompagner dans le quotidien, difficile et si souvent banal. Au cœur de nos vies surgit une Parole d’espérance, au cœur de notre monde jaillit l’Esprit de bonté et d’amour qui régénère et entraîne vers le cœur de la Trinité. Jésus multiplie les pains pour la foule mais nous invite à faire de même, avec ce que nous sommes et selon nos possibilités. La Providence de Dieu est grâce pour le monde. Notre solidarité et notre partage sont grâces pour le monde. L’amour du Christ nous presse car l’amour est don et réception de soi.

  1. 1. Dieu nourrit notre corps

On s’étonne parfois de découvrir chez certain une religion désincarnée, qui s’occupe peu de nos besoins terrestres ou de nos souffrances. On ne peut se limiter à promettre le paradis pour ‘plus tard’ en désertant le monde. Le christianisme est sanctification en Christ de la Création et filiation adoptive pour tous les êtres libres, appelés au Royaume des Cieux. Jésus s’est incarné et s’est fait l’un de nous afin que nous prenions au sérieux notre humanité et que nous la portions à la communion trinitaire. Notre vocation n’est-elle pas de vivre la communion dans le quotidien et de transformer le monde ? Seule une spiritualité profonde nous entraînera dans l’aventure où enfin le Ciel touche la Terre et où la justice de Dieu rejoint  la justice des hommes.

La Création, lieu de la rencontre : le ‘mépris du monde’ n’est pas le mépris des choses créées. Le ‘monde’ selon St Jean est  tout ce qui éloigne de la présence divine et tout ce qui nous détourne des réalités célestes. Jean sait bien que tout vient de Dieu et que tout y retourne. Mais idolâtrer le monde ou se perdre dans les méandres du mal, c’est mettre la créature à la place du Créateur. La Création, quant à elle, sort des mains de Dieu qui y a inscrit les signes de son amour et de sa sollicitude pour les hommes. La ‘Nature’ peut conduire à son Auteur. Les Lois naturelles peuvent être découvertes et reconnues comme les signes d’une présence intelligente et bienveillante. Les non-chrétiens pourront suivre ce chemin naturel pour reconnaître Celui qui appelle à la beauté et à la bonté, à l’amour et au ‘plus’ spirituel. La Création est vraiment un lieu de rencontre possible.

Le corps humain, lieu de la rencontre : on a trop entendu parler du mépris du corps ou du corporel. Ce fut même une école de spiritualité qui voulait vivre ‘comme les anges’. On a oublié que le Créateur se fit homme et ainsi a sanctifié le corps, appelé lui-aussi à la glorification par la Résurrection. On est invité à reconnaître la beauté du corps et de ses fonctions, sa grandeur et sa destinée. Rien de ce qui est créé n’est méprisable car tout vient de Dieu. Certes, idolâtrer le corps est une voie sans issue qui divise l’être humain et oublie sa partie spirituelle et rationnelle. Pourtant, c’est en notre corps que se fait la rencontre et c’est par notre corps que nous sommes présents au monde et à Dieu. S’il est un lieu de rencontre, découvrons-le dans le respect et sa grandeur.

L’être humain, lieu de la tendresse divine : on entend parler de la ‘fuite des hommes’. Certes, l’humanité n’est pas que bonté et quand elle s’éloigne du Créateur, elle est aussi douleur et souffrance, violence et perversité. Pourtant, dans l’amour, elle est le lieu de  l’histoire et de la vie. L’être humain est un mystère qui n’a pas fini de nous étonner et de nous questionner. Le corps, l’esprit et l’âme s’harmonisent pour que l’être humain soit équilibré et soigné, heureux et paisible. La désharmonie est la cause de bien des soucis et problèmes. Peut-on oublier une partie de soi-même ? Le corps peut refléter l’âme. Les yeux peuvent pétiller d’esprit. Le cœur s’exprime par tout l’être. En nous se vit la communion trinitaire car l’inhabitation de la Trinité est réelle et profonde.

  1. 2. Dieu nourrit notre cœur

L’Ecriture rappelle que nous ne sommes pas qu’un corps. Nous sommes un ensemble harmonieux et généreux, à l’image de Dieu. Nous sommes aussi à l’image du Fils (Rom 8, 29), homme véritable selon la volonté divine. Si nous valorisons le cœur dans nos relations sociales, nous n’oublions pas le corps qui est support de l’âme. Jésus ne nourrissait-il pas les corps comme les cœurs ? Les disciples doivent faire de même afin de ne pas se perdre dans l’illusion ou l’imagination.

Gratuité du don de Dieu : Dieu donne et pourvoit. Ouvrons les yeux à son action et à sa Providence. Rappelons-nous son action pour son peuple au désert ou en terre promisse, son action à travers les mains sacrés de Jésus et son attention aux hommes au cours de l’histoire. Dieu nous aime et veut notre bien. Son action sera toujours en notre faveur, même si les lois naturelles physiques ou l’évolution du monde nous affligent quelque fois. Sa main protectrice ne nous fait pas défaut.

Accueil du don de Dieu : Dieu touche nos cœurs et notre âme. Nous n’avons pas une foi ‘commerciale’ qui cherche son intérêt dans la relation avec Dieu. Notre relation est gratuite comme le don de Dieu et filiale dans la confiance des fils. Les appels de Dieu se font pressants et insistants : nous ne sommes pas qu’un corps, nous ne sommes pas qu’un pur esprit, ni une âme isolée dans une ‘enveloppe charnelle’ inconfortable. Nous sommes des êtres humains constitués et harmonieux dans l’amour du Fils et guidés par l’Esprit Saint. Nous ne serons rassasiés que quand nous aurons établi l’équilibre nécessaire et vital de notre humanité. C’est la condition de notre communion éternelle en la Trinité.

  1. 3. Conclusion : l’eucharistie comme vraie nourriture

Dieu nourrit notre corps : il donne le pain et nous invite à le donner. Le sérieux de notre foi se manifeste dans le sérieux de notre engagement envers les autres.

Dieu nourrit notre cœur : il donne ses bénédictions et abonde en grâce. Il nous a rejoints par son Fils incarné et nous conduit par son Esprit de vérité. La paix intérieure est possible quand l’harmonie est réalisée. Le cœur illumine le corps et l’âme rejoint la présence divine.

Dieu nous  nourrit de lui-même : l’eucharistie est certainement le sacrement le plus en harmonie avec notre humanité. Pain du monde créé qui dévient Pain de vie du monde incréé. Le visible rejoint l’invisible, l’harmonie entre le Ciel et la Terre se réalise. Le Corps du Christ devient notre nourriture. Par son Corps sacré, nous rejoignons l’harmonie et la beauté de la Trinité.

P. Francis

 

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