ORDINAIRE 19 A

« Confiance! C’est moi ; n’ayez pas peur ! »

(Mat 14, 22-33)

Notre vie est faite de luttes et de défis. Nous avançons chaque jour selon les marées et nous essayons de construire un monde plus juste et plus humain. Il nous semble quelque fois de lutter seuls ou que Dieu est bien lointain de nos préoccupations. On le sait Créateur et Providence, on sait son Fils incarné et ressuscité, on sait l’Esprit en mouvement et en dynamisme. Mais quand viennent la solitude ou les difficultés, on se sent étrangement seul et désemparé. On se prépare à lutter par sa propre volonté ou à la forces de ses bras. On est comme David devant Goliath ou comme Don Quichotte devant les moulins à vent. La foi nous rappelle pourtant la présence du Seigneur à nos côtés, la force de l’Esprit dans nos cœurs et l’amour qui vitalise nos énergies. On est comme Pierre s’avançant sur la mer, prêt à faire le pas mais regardant les flots en furie plutôt que le regard aimant de Jésus. « Confiance » est le mot qui résonne dans notre esprit. « C’est moi » sont les mots qui résonnent dans nos âmes. « N’ayez pas peur » sont les mots qui résonnent dans nos cœurs. Redécouvrons une présence qui est tendresse.

  1. 1. Expériences de Dieu.

Dieu se limite-t-il à nos temps de prière ? Sa présence dépend-elle de notre disponibilité ou même de nos attitudes conformes à sa Parole ? Dieu est bien au-delà de tout cela même si ces temps de cœur-à-cœur sont des temps privilégiés et particulièrement bénis. Mais, parce qu’il est Père, Dieu nous entoure de tendresse à chaque instant, parce qu’il est Fils, il nous sauve à chaque minute, parce qu’il est Esprit, il nous sanctifie dans chaque expérience. On n’échappe pas à l’amour de la Trinité qui s’est exprimé dans la Création, la Rédemption et la Glorification. Tout contribue donc à notre édification, à nous rapprocher du Père par le Fils dans l’Esprit. Nous pourrions dire, avec crainte, que même le péché regretté peut nous mettre en présence de Dieu par l’expérience vivifiante du pardon et de la responsabilité. Nous nous mouvons dans la tendresse et la beauté de Dieu, en tout et par tout.

Expérience spirituelle : voyez l’expérience d’Elie à l’Horeb (1 Rois 19, 9ss)! Alors qu’il cherchait l’extraordinaire et la splendeur vigoureuse du Dieu d’Israël, il le découvre dans « le murmure d’une brise légère ». Elie fait un mouvement intérieur. Il avance vers la connaissance véritable de Dieu en dépassant ses idées et ses attentes. Nous-aussi, nous devons faire le pas dans notre vie spirituelle et recevoir la tendresse de Dieu dans son murmure apaisant et non dans la violence de l’ouragan ou du tremblement de terre. Dieu est présent dans nos cœurs en feu.

Expérience amoureuse : voyez l’expérience de Paul dans sa mission évangélique ! (Romains 9, 1ss) ! Alors qu’il voulait forcer Dieu à entrer dans les cadres de la Loi et de la Tradition, il est bouleversé par la nouveauté du Ressuscité et le dynamisme de l’Esprit. Il fait un mouvement intérieur. Il acquiert une connaissance véritable de l’amour et sa passion du Christ le rend fou amoureux de ses frères et de son peuple. Paul est cet apôtre qui ira jusqu’au bout du monde d’alors pour annoncer un amour qui lui brule les entrailles. Nous-aussi, nous devons faire le pas dans l’amour et proclamer ce qui brule en nos cœurs amoureux. Dieu est présent dans nos amours humaines ou divines.

Expérience douloureuse : voyez l’expérience de Jésus sur la croix ! Alors qu’il avait tout remis entre les mains de Dieu et que le péché des hommes qu’il portait l’éloignait de son Père, il est jeté dans les bras de tendresse d’un Dieu qui le reçoit et l’accueille. Dans ce vide douloureux et ce drame ontologique, Jésus touche le fond de la misère humaine mais ouvre les portes de la grandeur divine. Jésus, si proche de son Père et fort de l’Esprit, tendu vers le haut et énergique de vie spirituelle, fait une expérience qui lui permet de rejoindre nos douleurs et nos limites et de nous redonner confiance et espérance. Dieu est présent dans nos douleurs désespérées.

Depuis l’incarnation du Fils, toute expérience est un chemin possible vers le Père si nous laissons l’Esprit prendre la direction de nos vies et enflammer nos cœurs meurtris. Il est le baume qui rafraichit, la force qui relève et qui rectifie. Il nous pousse vers le beau et le bien, l’amour trinitaire.

  1. 2. Présence de Dieu.

Peut-on douter de la présence de Dieu dans le monde ou dans nos vies ? Si nous vivons, bien souvent, comme si Dieu était éloigné ou indifférent à nos besoins, il n’en reste pas moins que la Résurrection a émis un signe vital de présence et à donner une énergie nouvelle à notre monde. Elle a remis en place la vérité d’une présence au cœur des choses et au cœur de l’être, une présence aimante de communion qui prend sa source dans la Trinité et qui retourne à la Trinité.

Au cœur de nos peurs, l’amour : l’Evangile de la tempête apaisée (Mat 14, 22ss) nous rappelle que Jésus domine les eaux et les angoisses de la nuit. Il passe à travers le déchainement des éléments comme « l’apaiseur » qui rétablit l’harmonie et la paix. La vie est faite d’angoisses et de peurs, certes, mais le Seigneur est le Maître et le Fils qui porte au Père et donne l’Esprit de paix.

Au cœur de nos doutes, l’amour : les apôtres croient voir un fantôme s’avancer vers eux. Les yeux du cœur font voir Jésus dans sa nature véritable et son identité filiale. Ils vont au-delà du doute pour percer un mystère qui fait vivre ou fait revivre. S’il est la Maître, Jésus est avant tout le Fils et comme Fils, son regard est tourné vers le Père. Il nous donne l’Esprit Saint pour voir et découvrir Celui qui nous aime de toute éternité.

Au cœur de la foi, l’amour : Pierre se lance sur la mer déchainée et marche vers Jésus. Sa confiance est forte mais limitée. S’il regarde Jésus, il avance. Quand il a peur, il sombre. « Homme de peu de foi » ! Ne fait-on pas cette même expérience de la présence de Jésus dans nos vies mouvementées ? Plonger ses yeux dans les yeux du Christ, c’est plonger dans le regard du Père et trouver la force de voir dans l’amour ! « Vraiment, tu es le Fils de Dieu » et donc tu nous entraînes à ta suite dans le cœur du Père par l’Esprit de grâce. Quelle meilleure place que ce cœur aimant et brulant de vie ? Quelle meilleure place que les bras du Père, que la douceur du Fils, que la communion dans l’Esprit ?

  1. 3. Conclusion : rencontre dans l’amour.

Notre vie est faite de rencontres, heureuses et moins heureuses. Toutes ces rencontres et toutes nos expériences ‘servent’ à notre édification. Nous n’avons pas à nous décourager ni à craindre l’échec ou même le péché. Dieu saura nous en tirer avantage par sa grâce.

Notre vie est une rencontre du Dieu d’amour. Sa présence est amour et la communion est trinitaire. Nous n’avons qu’à nous laisser faire et à accepter d’aimer et d’être aimés dans la liberté des fils et la paix du cœur.

P. Francis

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