ORDINAIRE 21 A

« Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »

(Mat 16, 13-20)

Notre foi chrétienne est interrogée dans ce monde pluriel, par les non croyants mais aussi par les autres religions. Nous sommes confrontés à la diversité des opinions et des professions de foi et il devient difficile de s’y retrouver dans cet ensemble disparate et bigarré. La figure de Jésus est controversée et les conflits à son sujet se multiplient. Est-il un doux rêveur ou un révolutionnaire ? Est-il un saint homme ou un maître spirituel, genre gourou ? Est-il un simple prophète ou l’envoyé de Dieu ? Est-il homme ou Dieu ? Est-il le Fils qui introduit à la présence divine par son Esprit ? Si nous sommes quelque fois ébranlés par la controverse ou même tentés de ‘restrictions mentales’ sous prétexte de dialogue interreligieux ou de paix sociale, il est vrai que l’Evangile est clair et que l’identité de Jésus le Christ y est exposée de façon évidente. Il nous reste à accueillir la vérité et à entreprendre un chemin spirituel avec celui qui nous sauve et nous rend fils et filles du Père dans l’Esprit. Jésus est dans la continuité de la révélation biblique en étant la Révélation ultime et définitive de l’amour de Dieu et de la communion trinitaire. Il est Chemin et Vie.

  1. 1. Profession de foi chrétienne.

L’expérience pascale a été déterminante dans l’élaboration de la foi chrétienne. Au matin de Pâques, soudainement, les disciples ont compris les paroles de Jésus et ses gestes salvifiques. Ils ont reçu l’Esprit pour pénétrer le mystère de l’Envoyé et l’ont reconnu comme le Fils bien-aimé du Père. Dans la joie de la Résurrection et le partage de cette réalité nouvelle, ils ont entrepris le cheminement nécessaire, à travers l’être du Christ, vers la communion trinitaire. Sans la Résurrection, tout serait resté intuitions ou idéalisations et peut-être même illusions. Par le Christ ressuscité, tout devient clair et limpide dans la foi. Reste à la raison et à l’intelligence à articuler les choses,  au cœur à s’ouvrir à l’amour, au corps à s’illuminer de beauté et à l’âme à s’unir à Dieu par le Christ dans l’Esprit. La foi chrétienne tient de l’expérience pascale, jaillissant de la Révélation, pour une vie filiale.

Jésus le Messie : en affirmant que Jésus est le Messie ou le Christ, on le situe dans la continuité biblique, la descendance d’Abraham, la lignée de David et le cheminement séculaire du peuple d’Israël. Jésus apparaît au moment choisi par Dieu pour compléter et achever les Ecritures et la Révélation. Il est le Serviteur qui se fait Sauveur par le don de soi et la volonté de Dieu. Jésus a réalisé au plus haut point sa mission et est allé jusqu’au bout de l’amour en versant son sang comme la victime ou l’agneau immolé. Cet attachement biblique est fondamental et les disciples ne pouvaient que le constater et l’accueillir. « Tu es le Messie » !

Jésus, mort et ressuscité : en affirmant la mort et la Résurrection de Jésus, on pénètre le cœur de la foi chrétienne tout en sortant du mythe ou de l’idéalisation. Jésus est vraiment mort comme un homme car il est homme. Sa mort prend cependant une dimension rédemptrice car il est Dieu. Son sacrifice volontaire efface nos péchés et nous rétablit dans l’Alliance rompue par notre ignorance et notre péché. Sa Résurrection est la preuve de l’acceptation par Dieu du don de lui-même pour notre salut et le signe de sa victoire définitive. Enfin, les Portes du Ciel s’ouvrent pour accueillir les croyants, libres et heureux, à la suite du Rédempteur. La mort de Jésus, conçue comme injustice (innocent condamné) ou conçue comme sacrifice de soi au seul point de vue humain, peut être perçue comme héroïque mais sans conséquence pour nous. La Résurrection vient ‘donner sens’ à sa mort, vient rompre le cercle de la violence et vient nous intégrer à sa mission. Le Ressuscité est bien le Crucifié. Le Crucifié est reconnu dans le Ressuscité. La Croix devient glorieuse, vrai trône du Christ.

Jésus, le Fils de Dieu : en affirmant la divinité du Christ, on touche au mystère chrétien et on rejoint la profession de foi elle-même. Jésus est reconnu Fils dans sa Résurrection. Les disciples ont dû cheminer pour arriver à le reconnaître comme tel et ont dû dépasser leurs conceptions religieuses et leur tradition. Cela était tellement extraordinaire qu’ils ont affirmé clairement sa filiation divine et ont perçu, en lui, notre filiation divine adoptive. Jésus est bien le Fils de Dieu, Dieu parmi nous, révélateur du Père et donneur de l’Esprit Saint. En affirmant sa divinité, nous affirmons la Trinité de Dieu, originalité du monothéisme chrétien.

Ces points sont controversés aujourd’hui : ils sont remis en cause par les tenants de l’historicité et du réalisme ou les tenants d’autres sectes/religions qui y voient une atteinte au monothéisme ou à la grandeur de Dieu. Mais doit-on perdre son âme ou ‘adapter’ sa foi pour faire plaisir ? Nous croyons  comme Pierre : « Tu es le Fils de Dieu ! ». C’est bien  « le Père qui est aux cieux qui nous l’a révélé » !

  1. 2. Conséquences dans nos vies.

Croire que Jésus est le Messie, qu’il est Dieu incarné, qu’il est Fils de Dieu a des conséquences non négligeables dans nos vies. On peut se contenter de professer la foi de façon extérieure mais on doit surtout vivre de façon cohérente. Être fils ou filles de Dieu par le Christ n’est pas mince affaire. La vie filiale se reflète dans tous les pores de l’existence et s’exprime dans nos choix et nos attitudes. L’agir suit l’être. L’être s’enracine dans la Personne du Christ qui nous entraîne vers son Père par son Esprit pour goûter à la communion trinitaire et vivre dans la joie intérieure et la justice sociale et communautaire.

Esprit filial dans la prière : notre relation à Dieu n’est pas neutre. La peur est exclue. La crainte ne peut subsister car on prie son Père dans le Christ par l’Esprit. Notre prière est communion dans l’amour et non répétition ou récitation. Le rite aide mais le cœur est aux aguets de la Présence.

Esprit filial dans l’éthique : notre agir moral est filial comme notre réflexion qui sourd de la conscience. Il s’agit d’être libres et responsables, de chercher le bien et de vivre en paix. Être un homme/une femme n’est pas toujours simple mais c’est la condition pour être fils/fille du Père. Notre adoption divine s’établit sur notre humanité acceptée et harmonisée.

Esprit filial en communauté : on n‘est pas un numéro dans un groupe ou un pion dans la société. Nous sommes des êtres particuliers et singuliers mais pourtant ouverts à la fraternité et à la solidarité. Construire le Royaume signifie découvrir les signes de l’Esprit dans le monde et insuffler la vie évangélique et filiale dans la communauté des humains. L’Eglise, fondée sur Pierre, en est le signe manifeste car, même si institution, elle est avant tout communion et proclamation.

  1. 3. Conclusion : l’amour de Dieu exprimé en Christ

La foi chrétienne est biblique et monothéiste. Dieu s’est révélé progressivement et a envoyé son Messie, signe de son amour pour nous. Le Messie est mort et ressuscité par amour pour nous.

La foi chrétienne est trinitaire. Dieu s’est révélé Père par son Fils dans l’Esprit, pur amour partagé.

P. Francis

 

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