ORDINAIRE 22 A

« Le Fils de l’homme va venir avec ses anges dans la gloire de son Père »

(Rom 12, 1-2 ; Mat 16, 21-27)

Il est de plus en plus habituel de comparer les religions et d’en expliquer les rites et croyances. On cherche tantôt le commun tantôt le divergeant. On les oppose ou on les rapproche. Nous n’échappons pas à l’analyse et nous nous sentons parfois malmenés par les ‘chercheurs’ en tout genre qui croient savoir ce que nous croyons ou qui nous disent ce que nous croyons. On ressent ce malaise parce que, en fait, le christianisme est mal présenté ou est limité à ses expressions historiques. Nous savons que la foi dépasse ses ‘inculturations’ tout en assumant les haut et les bas de notre Eglise. Nous savons qu’un mystère n’a jamais fini d’être explicité ou vécu, d’être illustré ou expérimenté. Qu’est-ce qui caractérise donc notre foi ? Le christianisme n’est-il qu’une expression du sacré qui a fait son temps ? Le Christ n’est-il qu’un fondateur qui a réussi ? Même si nos rites disent quelque chose, ils ne peuvent enfermer la réalité exprimée ou le mystère célébré. On tente tout simplement, avec ce qu’on est, d’approcher la vérité et d’exprimer notre foi et notre amour. De fait, c’est l’amour qui est à l’origine de tout et qui régit tout. Dieu, qui est amour, est communion et donc communication de lui-même. La Trinité est notre origine, notre modèle et notre futur.

  1. 1. L’adoration véritable.

Nous sommes partagés entre la prière personnelle et la prière communautaire. Nous essayons de les harmoniser mais il arrive que nous penchions vers l’une ou l’autre. Il n’y a pourtant pas contradiction. Mon amour de Dieu s’exprime par toute ma vie et par mon unité avec la communauté croyante. Le culte commun est louange au Père par le Fils dans l’Esprit et rejoint les cœurs priants et ouverts. On ne comprend bien l’Eucharistie que quand on prie personnellement. On ne s’enracine en Dieu que quand on accueille le salut commun et l’amour universel. Le Christ nous aide à faire le lien. Homme et Dieu, il est la jonction, le pont, « la porte » qui rejoint le Père et cela n’est possible que dans l’Esprit Saint.

Louange au Père : parce qu’il est créateur, Dieu mérite nos louanges. Mais notre louange se fait insistante parce qu’il est Père et que son Fils nous en a donné accès. Quand nous disons « Père » ou « Notre Père », nous entrons dans une relation filiale qui caractérise notre foi. J’aime à dire aux néo baptisés adultes que désormais, ils sont aptes à appeler Dieu « Père », ce que ne fait aucune autre religion. Notre vie est donc louange et action de grâce envers celui qui nous aime et nous maintient dans l’existence. Personnellement ou communautairement, cette louange se rejoint !

Unis au Fils : parce qu’il est Rédempteur, le Christ est notre frère et notre Seigneur. Ressuscité, tout passe désormais par lui et sans lui, rien n’existe de vrai ou d’authentique. Il prie avec nous, par son Incarnation. Il reçoit nos prières, par sa Résurrection glorieuse qui l’a révélé Fils de Dieu. Il est l’Intercesseur car il nous entraîne avec lui. Il est l’Intermédiaire car seul Sauveur accepté par le Père à qui il a donné sa vie en offrande dans l’obéissance totale. Sa volonté a rejoint celle du Père qui l’a ressuscité par l’Esprit et l’a rendu Seigneur et Roi de l’Univers. Corps du Christ, nous sommes unis à lui pour « voir Dieu » et entrer dans la communion trinitaire. Personnellement ou communautairement, notre unité se rejoint en lui !

Mus par l’Esprit : parce qu’il est l’amour du Père et du Fils, l’Esprit nous est donné et vit en nous. C’est lui qui prie et s’exprime de façons diverses. C’est lui qui, par ses dons divins, nous permet d’être et de vivre en harmonie, avec nous-mêmes et avec les autres.  C’est lui le Consolateur et l’Avocat qui intercède pour nous et permet l’unité. L’inhabitation de la Trinité en nous n’est possible que par lui car il connaît les mystères de Dieu et plonge dans les relations éternelles qui caractérisent le Père et le Fils. L’Esprit Saint est le feu qui brule nos cœurs d’amour. Personnellement ou communautairement, nos vies se rejoignent !

Offrande de soi : enfants du Père, unis au Christ et mus par l’Esprit, nous sommes aptes au culte véritable, à l’adoration chrétienne. Nous offrons nos vies et nos personnes en sacrifice saint (Rom 12, 1) à celui qui nous aime et qui nous accueille. Cette adoration transforme nos vies et les plonge dans l’amour trinitaire. Elle nous irradie de lumière pour vivre notre quotidien dans l’éternité et ainsi vivre à jamais l’éternité dans la communion. L’Eucharistie, source et sommet de la foi chrétienne, est le moment de l’actualisation de l’unique sacrifice du Christ mais aussi le moment de l’offrande de soi. « Par Lui, avec Lui et en Lui, à toi Dieu le Père tout puissance dans l’unité du Saint Esprit, tout honneur et toute gloire pour les siècles des siècles ! ». Tout est dit. Tout est à vivre !

  1. 2. Les obstacles à l’adoration véritable.

Le risque est de faire de la foi une religion comme les autres avec ses rites et ses pratiques. On risque de ne pas y mettre son cœur et encore moins sa vie et son amour. On risque de tomber dans la routine, le juridisme, le ritualisme quand on a perdu l’objectif spirituel et la fougue amoureuse.

Obstacles extérieurs : on fait de la ‘religion’ sans âme ni cœur. La foi est un rituel bien souvent ennuyeux et ennuyant. De plus, quand on se compare à d’autres, on surenchère les pratiques et dévotions, on multiple les gestes… On oublie la louange et l’adoration. Il arrive même que l’influence séculière nous fasse abandonner ce qui pourtant nous aide. Les pressions sont nombreuses mais ne « perdons pas notre âme »

Obstacles intérieurs : la peur de Dieu, la crainte du jugement, la non-connaissance, l’orgueil, l’erreur… nous guettent et nous paralysent. La foi les renverse ! Le péché, la mécréance, l’obstination… nous détruisent à petit feu et nous emprisonnent. L’amour les renverse ! Nous sommes bien souvent les obstacles à notre propre salut et préférons l’esclavage à la liberté des fils. L’adoration véritable demande liberté et conscience, vérité et joie, amour du Père par le Fils dans l’Esprit Saint. Ouvrons notre cœur à cette rencontre qui sanctifie et divinise !

  1. 3. Conclusion : un feu dévorant !

L’Ecriture nous aide à comprendre que sans amour il n’y a pas de culte. Jérémie (20, 7-9) dévoile son secret : il s’est laissé séduire et désormais il agit et aime car il a ce feu dévorant au plus profond de son être. L’histoire biblique est une histoire d’amour. Houleuse, certes, mais d’amour et de tendresse.

L’Evangile nous aide à comprendre que c’est l’amour qui est origine et fin de tout. Le Christ est tourné vers son Père et donne l’Esprit de Résurrection aux croyants. Il s’agit maintenant de se laisser aimer et d’adorer en vérité ce Dieu Trinité qui n’est qu’amour et tendresse.

P. Francis

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