ORDINAIRE 26 A

« Va travailler aujourd’hui à ma vigne »

(Phi 2, 1-11 ; Mat 21, 28-32)

On admire souvent le sacrifice offert par le Christ pour nous sauver. Sa passion nous touche profondément et sa croix nous émeut. On voudrait communier à ses souffrances tout en souhaitant participer à sa victoire de Ressuscité. Nous admirons son abnégation et le don de soi, sa volonté absolue de nous sauver et son amour pour le genre humain. Si le Christ s’est donné en sacrifice, c’est par amour et cet amour suppose l’obéissance à son Père. On hésite souvent à reconnaître cette réalité car l’obéissance n’a pas bonne presse aujourd’hui. On l’oppose à la liberté et au libre arbitre alors qu’elle introduit dans la profondeur de la liberté et du choix de conscience juste, droit et vrai. Le Christ a donc obéi. Sa vie est obéissance dans l’amour et la confiance absolue. La rédemption nous est acquise par son obéissance, sa volonté de s’unir à la volonté du Père. Celui qui obéit aime et se donne dans la confiance filiale. Toute la volonté humaine peut s’unir à la volonté divine par une vie de communion dans l’amour.

  1. 1. L’obéissance du Fils et des fils.

Jésus le Christ est notre modèle d’obéissance. Il ne s’agit pas d’obéissance servile par laquelle quelqu’un refuse de réfléchir par lui-même ou d’agir selon ses valeurs. Encore moins de renoncement à sa liberté ou à sa conscience. Il s’agit d’épurer ce qui n’est pas sanctifié, ce qui n’est qu’égoïsme et orgueil, vanité et présomption. La volonté humaine passe certes par toutes sortes d’étapes mais doit se rapprocher de la pure volonté divine qui n’est jamais en opposition avec son intérêt ou son bien. Si les ordres religieux font vœu d’obéissance, c’est pour se débarrasser de toutes scories et se rapprocher de l’obéissance du Christ. Cette démarche est un chemin qui nous aide à nous unir à la volonté du Père qui n’est qu’amour et pure bonheur pour l’homme.

Faire la volonté de Dieu : elle n’est pas contre nous mais pour notre bien. Dieu désire-t-il notre malheur ou notre perte ? Il ne veut pas la mort du pécheur mais sa conversion et son bonheur (Ez 18, 25-28). A nous de choisir la vie et les délices d’une relation paisible et filiale. Si la volonté de Dieu est de faire de nous ses fils/filles, nous n’avons à crainte de nous remettre entre ses mains. Si la communion trinitaire est le bénéfice gracieux qui nous est proposé, pouvons-nous renoncer à l’éternité sous prétexte de finitude ou de contingence ?

S’unir à la volonté du Père : elle n’est pas contre notre nature humaine. Au contraire, Dieu le Créateur sait mieux que nous-mêmes qui nous sommes et de quoi nous sommes faits. Il a inscrit au fond de notre être les signes de son amour et a laissé en nous les traces de sa présence. Si l’union véritable, théologale, est possible, pourquoi y renoncer par peur ou sentiment d’indignité ? Si la communion trinitaire fait de nous des hommes et femmes véritables, établis dans toute la beauté de leur humanité renouvelée, devrions-nous passer à côté ?

S’offrir en sacrifice spirituel : notre union à Dieu passe par le don de nous-mêmes, à la manière du Christ. Notre foi est théologale c’est-à-dire qu’elle prétend au partage, par grâce, de la vie divine. Si les rites et les sacrements nous y aident et si l’éthique nous y conduit, cela  suppose de s’offrir complètement, corps et âme, à la grâce divine qui nous plonge dans le cœur de la Trinité. Si la communion trinitaire nous introduit à l’amour éternel entre le Père et le Fils dans la spiration de d’Esprit, devrions-nous rabaisser cette réalité à tout venant ?

Aimer sans retour : comme toute relation filiale véritable, accomplir la volonté de Dieu suppose l’amour, le don de soi pour se recevoir et s’épanouir. Voyons le Christ, il n’a été qu’ouverture fécond à la volonté divine, c’est pourquoi il est la Parole et la Sagesse divines. Unis au Christ en son Corps mystique, nous pouvons aimer en retour de ce même amour qui nous a obtenu le pardon, le salut et la grâce transformante. Obéir suppose l’amour. L’amour ne déçoit pas puisqu’il veut notre bien. Obéir suppose donc le don de soi et la transformation de sa volonté pour qu’elle se rapproche le plus possible de la volonté d’amour du Père.

  1. 2. La transformation des fils.

L’Evangile du jour nous rappelle avec force que l’écoute de la Parole de Dieu est importante pour accéder peu à peu à cette transformation supposée. Si nous y sommes préparées par création, il y a bien des aspects de la vie qui nous submergent et nous empêchent de bien entendre ou de bien y parvenir. Il nous reste le cœur qui écoute, au-delà du péché, des limites, des entraves personnelles ou sociales. Notre vie morale stricte ou notre vie religieuse trop rituelle n’est pas une garantie de salut puisque celui-ci est un don, une expression de l’amour divin, une capacité de croissance et de transformation, une communion en la Trinité. La parabole des deux fils (mat 21, 28) nous aide à y voir plus clair : « va donc à ma vigne ! ».

« J’y vais » : le deuxième fils de la parabole satisfait aux exigences immédiates de son père mais n’accomplit rien. Il n’est que parole vide et volonté passagère et futile. On est quelque fois comme lui, enthousiaste mais changeant. On veut changer le monde avant de changer sa vie. On est plein de bons sentiments qui ne s’enracinent pas dans le force vivifiante du Ressuscité. On se dessèche vite.

« Je n’y vais pas » : le premier fils de la parabole est réticent, pour de nombreuses raisons sûrement, mais se repend et revient à faire la volonté du père. Il a entrepris un chemin de retour, de conversion, d’unification. Il a compris que la volonté paternelle n’était pas contre lui mais pour lui. La liberté n’est jamais déniée, elle est supposée mais encore faut-il qu’elle soit éclairée par la conscience droite. On comprend ainsi que selon Jésus, « les publicains et les prostituées vous précédent dans le Royaume de Dieu », non pas en vertu certes de leurs péchés mais en vertu de leur capacité de changer de vie, d’aimer et de s’ouvrir à la lumière du Ressuscité qui donne son Esprit.

  1. 3. Conclusion : l’amour nous précède !

Parler d’obéissance peut entrainer le croyant vers un déni de la liberté et de la conscience. On ne doit jamais y renoncer car ce sont des dons de Dieu qui nous permettent d’agir et d’aimer en vérité.

Parler d’obéissance peut porter le croyant à craindre pour sa plénitude humaine et sa capacité de décider. On ne doit jamais supposer la volonté divine comme une machine à écraser nos valeurs et notre liberté.

Parler d’obéissance, c’est se mettre à l’école du Christ et reconnaître qu’il s’agit d’unité et d’amour, pour la gloire de Dieu et le bien de l’humanité. Quand les deux volontés s’unissent dans l’amour, c’est déjà toute la splendeur de la Trinité qui s’exprime et la splendeur de l’humanité nouvelle qui triomphe en elle. Reste à obéir ainsi et donc à aimer !

P. Francis

 

This entry was posted in Année A, Français, Père Francis, Temps Ordinaire II. Bookmark the permalink.