ORDINAIRE 30 A

Les deux commandements fondateurs

(Mat 22, 34-40)

Après 2000 ans de christianisme, notre monde contemporain change. Il s’éloigne de ses sources culturelles et religieuses et semble tâtonner vers ce qui le fera vivre et espérer. Il se jette dans le relativisme et le retour au paganisme, alimenté par les mythes et l’utilité et non plus par la vérité et la foi. C’est un fait. Les normes morales ne sont plus rattachées à des principes venant de Dieu ou de la raison scrutant la Loi naturelle mais à la subjectivité et à l’émotivité, au risque d’exclure subtilement ceux qui n’y adhérent pas, tout en proclamant toutefois la liberté universelle. C’est un défi pour notre Eglise et la ‘nouvelle évangélisation’ qu’on appelle de toutes ses forces. Ce que nous considérons comme Vérité est dépréciée et notre foi est raillée. Notre éthique est relativisée et notre morale est taxée de ‘douce rêverie’ ou de diktat inacceptable. En est-il vraiment ainsi ? Sommes-nous si loin de la réalité ? Notre éthique est-elle une éthique d’esclaves, bonne pour les enfants ou tout au moins, infantilisante ? L’incompréhension est manifeste. Notre longue histoire avec ses échecs ne nous aide pas. Elle peut, au moins, nous renseigner sur les normes permanentes et les fréquents retours aux sources évangéliques sont un signe de bonne santé et de prise de conscience de nos limites. La foi chrétienne tient à peu : la reconnaissance de l’amour de Dieu pour l’humanité exprimé concrètement par ses interventions dans l’histoire et surtout dans l’incarnation du Fils, qui par sa mort et sa Résurrection, nous rétablit dans les relations trinitaires. L’amour est donc au cœur de cette histoire, de l’Histoire et au cœur des relations divines et humaines. Une histoire d’amour, en fait, qui s’accomplit dans le cœur de la Trinité.

  1. 1. L’amour nourrit nos relations.

Jésus est plus qu’un maître spirituel. Reconnu Fils de Dieu par sa Résurrection, il nous enseigne la vérité et nous plonge dans la relation. Certes, si Jésus est un homme quelconque, notre foi est vaine et repose sur l’illusion, il n’est pas différent des grands hommes de notre histoire, respectables mais limités par le temps et l’espace. Jésus est le Christ et sa parole devient Parole de Dieu car il est le Verbe éternel, la Sagesse divine qui s’exprime et nous transforme. Son Incarnation touche notre chair et la sanctifie. Sa mort nous libère du péché (non-amour destructeur) et de la mort. Sa Résurrection touche notre être au plus profond et l’unit au Père par l’Esprit Saint. L’amour est au cœur du ‘processus’ car Dieu est amour (1 Jean 4). Dieu se révèle Trinité au terme de l’aventure biblique, communion éternelle des Personnes Divines dans l’amour. Nous y sommes conviés, librement et gratuitement, par grâce. La beauté et la vie se déploient en nous maintenant déjà et pour toujours.

Aimer Dieu : Jésus résume toute « la Loi et les Prophètes » (Mat 22, 40) dans le commandement de l’amour. C’est dire que notre approche historiciste de la Bible ne suffit pas. La Vérité s’y découvre car l’amour s’y déploie. Il n’y a pas d’autre raison. On est loin de l’utilité, de la nécessité ou du relativisme. A travers les méandres de l’histoire d’un Peuple et d’histoires individuelles, se manifeste le dessein divin. Dieu est passé à travers tout cela pour se dire et dire son amour. Sa Providence, tout en respectant l’autonomie humaine et ses lenteurs, s’est concrétisée dans l’Alliance. Si les Commandements sont un code pour vivre ensemble en bonne harmonie, c’est aussi une charte qui demande des partenaires libres et conscients des enjeux de la relation. Et même si nous sommes infidèles par paresse, intérêt, opportunité, péché… Dieu ne cesse de se tourner vers nous pour nous redire son amour et nous relever. Dieu ne cesse de nous libérer de nos illusion et fantasmes, de nous libérer des entraves que nous aimons porter, de la mauvaise opinion de nous-mêmes et de la culpabilité qui mine notre existence. Comment le fait-il ? En aimant ! L’homme, en acceptant d’être aimé et d’aimer, se libère et entre en relation saine et harmonieuse avec son Dieu.

Aimer son prochain : il ne s’agit pas de nécessité pour stabiliser la société ou les liens intercommunautaires. L’expérience montre le contraire. Aimer signifie renoncer au doute et aux illusions en passant par le feu du concret et de la vérité. Aimer signifie se donner complétement, en écartant son égoïsme et son orgueil et se recevoir en acceptant sa contingence et sa grandeur. On ne joue pas avec l’amour. Si on peut se bercer d’illusion avec l’amour de Dieu, on ne peut se mentir dans l’amour du prochain. C’est un feu purificateur qui nous renvoie à nous-mêmes et à nos racines, qui enflamme le cœur en le délestant de toute émotivité ou illusion, qui illumine l’âme de toute sa luminosité, qui rapproche de l’amour divin.

Jésus ne se trompait pas en reliant l’amour de Dieu et l’amour du prochain. L’un et l’autre s’appellent et se complètent. La communion n’est pas un simple accord de principe mais un déploiement d’énergie qui transmet le divin. Les relations vraies n’existent que dans l’amour !

  1. 2. L’amour féconde notre quotidien.

Nous voulons aimer. C’est inscrit dans notre être. Bien souvent, nos choix reflètent ce désir, même quand il est dévoyé ou qu’il y a objectivement une erreur. Personne ne veut renoncer à l’amour et notre art est plein de cette recherche, naïve parfois, sincère souvent.  L’amour est le grand mot de notre culture et de nos émotions. Mais parle-t-on de la même chose ? Doit-on séparer l’amour humain immanent de l’amour divin transcendant ? Quand il y a séparation, on court le risque de se bercer d’illusion et de prendre ses fantasmes ou son émotivité pour la réalité. Quand nous relions amour divin et amour humain, nous ouvrons le ciel sur notre terre, nous entrons en relations avec l’invisible pour fonder notre visible, nous transformons le réel en réalité, nous regardons l’avenir avec sérénité et espérance. Qui peut renoncer à aimer sans perdre son humanité ?

Nous voulons être aimés. C’est inscrit en nous. L’amour irrigue notre corps et notre âme comme le sang se répand dans tout notre personne. L’amour unit le corporel et le spirituel, l’intériorité et l’extériorité, le possible et le réel, le présent et l’avenir, la vie et la mort. Il est harmonie. Aimer, c’est permettre à l’autre d’être lui-même. Être aimé, c’est devenir soi-même. Se savoir aimé de Dieu, c’est gouter le bonheur et chanter la vie par la Vie qui se donne et se transmet. L’amour devient Amour et communion avec le Père, le Fils et l’Esprit.

Quelle merveille que notre fragile amour humain puisse témoigner de l’amour trinitaire ! Certains diront que ce n’est pas possible, que c’est trop haut pour l’homme. Le Christ l’a accompli. Patiemment, nous parcourons le même chemin qui mène au Père, aidés de l’Esprit Saint.

  1. 3. Conclusion : l’amour comme référent ultime !

L’amour n’est pas une illusion s’il est un don de soi et si des normes objectives viennent le purifier. Il est alors pureté et sainteté.

L’amour n’est pas impossible s’il est un don de Dieu et si notre volonté s’unit à la Volonté divine qui cherche notre bonheur dans l’harmonie de notre être. Amour est le nom si doux de notre Dieu !

P. Francis

 

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