ORDINAIRE 32 A

« Veillez donc ! »

(Mat 25, 1-13)

L’année liturgique va s’achever et l’Evangile se concentre sur le Royaume de Dieu, sa réalité, son attente, ses signes. On fêtera bientôt la solennité du Christ Roi qui se veut la conclusion d’un cycle partant de l’attente du Messie et de sa venue à la pleine réalisation de son Royaume dans la Résurrection glorieuse qui ouvre les Cieux. Le Christ a prêché le Royaume des Cieux et nous appelle à la conversion. Il y a appel et réponse, proposition et acceptation, don et réception. Il y a tout l’amour de Dieu qui s’exprime par la vie, la mort et la Résurrection du Fils. Le Christ a accompli la Volonté du Père par la force de l’Esprit. Il est vraiment Sagesse et grâce pour nous. Nous vie se passe sous le regard aimant du Père, la grâce du Fils et la puissance de l’Esprit. Le Royaume est inauguré ; à nous de le découvrir et d’en vivre en plénitude avant sa manifestation définitive en la Trinité Sainte. Encore faut-il être prêts et en voir les signes rafraichissant dans notre monde et en nous-mêmes.

  1. 1. Etre prêts.

Le Christ nous interpelle. Il ouvre des voies nouvelles de connaissance et de participation. On ne peut se contenter de religion ou de culte, on est appelé à participer au mystère. On ne peut se satisfaire du peu ou du limité, on est happé par l’infini. On ne peut se limiter à connaître Dieu, on est saisi par la joie de la communion, le partage de la divinité, la profondeur de l’amour, le dynamisme des relations trinitaires. Par le Christ et illuminé par l’Esprit, on connaît le Père et on le reconnaît dans sa vie, on reçoit tout du Père et on partage cette vitalité, on entre en relation et on s’immerge dans la vie filiale. Sommes-nous prêts à recevoir cette vie nouvelle et à en vivre, à la partager et à la transmettre ? Sommes-nous prêts à aimer ? La parabole des vierges sages ou insensées nous aide à percevoir avec le cœur une présence qui s’épanouit et nous rend disponibles.

Prêts à attendre : il y a dans notre foi une dimension d’attente. Elle peut être bénéfique ou pénible. On aime prendre son temps pour comprendre et laisser mûrir. On est impatient dans d’autres circonstances. On est souvent tendu entre la maturité nécessaire et l’envi de vivre à pleine immédiatement. La foi est pourtant à l’image de la vie. Elle naît et s’épanouit. Elle mûrit et se consolide. Elle grandit et s’emplit de sagesse. Par notre attente, nous apprenons à recevoir d’un Autre la grâce jusqu’à sa pleine réalisation.

Prêts à donner et recevoir : il existe en nous ce désir de donner, de nous donner. Il existe aussi cette nécessité de recevoir, de se recevoir. La vie est un cadeau qu’on veut recevoir pour mieux la partager. La grâce filiale est un don qu’on reçoit avec humilité et qu’on partage avec tous les enfants de Dieu. Il n’est pas simple de recevoir cette richesse infinie dans la pauvreté de notre personne limitée mais la pauvreté du Christ est notre richesse et l’amour du Père est notre trésor. L’Esprit nous plonge dans ces relations vitales et épanouissantes.

Prêts à mourir et vivre : on veut vivre et pourtant on doit mourir. Si on refuse la mort, on refuse notre condition humaine limitée et contingente. La beauté de l’humanité ne s’arrête pourtant pas à la mort. Si la mort a permis la vie, elle lui est nécessaire. Elle est aussi passage vers la vie éternelle. Accepter sa mort est un signe de sagesse humaine. Entrer dans la vie est l’espérance de la foi chrétienne. Partager la communion trinitaire est un don de la grâce divine.

Prêts à aimer : la sagesse humaine ne suffit pas. Elle ne prend toute sa dimension que dans l’amour car l’amour est source et but de toute vie en Dieu. L’amour n’est pas une option dont on pourrait se passer. Il n’est pas une faiblesse ou une déficience, encore moins le ‘refuge des faibles’ qui refusent le combat virile ou la lutte guerrière. L’amour nous décentre de nous-mêmes pour mieux nous concentrer en nous-mêmes. Il ouvre des horizons dont l’infini est la limite. Il fait éclater nos énergies cachées et irradie le monde et la vie de vitalité et de créativité. Si notre idée de l’amour est faible, même si recherché et attendu avec anxiété, la réalité de l’amour en nous nous fait toucher les sources de notre création et les joies de notre rédemption. L’amour nous introduit dans le cœur de Dieu qui s’est révélé amour et donc communion, et donc Trinité. Aimer est donc ‘naturel’ et correspond à notre nature. La personne ne s’accomplit que dans l’amour.

  1. Les signes du Royaume.

Jésus a inauguré le Royaume. Il nous y appelle et nous le confie. Il nous reste à le construire et à en vivre. Baptisés en Christ, nous sommes déjà les enfants du Père vivant de l’Esprit. Le Royaume est déjà une réalité dans notre vie ecclésiale et dans nos vies spirituelles. On ne peut faire comme si il n’existait pas ou comme si il devait se manifester à la fin des temps, ou comme si la mort nous y introduirait… Les ‘comme si’ sont un manque de clairvoyance et d’enthousiasme, un manque de confiance et un manque d’amour. Les signes sont clairs pour nous mais nous devons les mettre en lumière.

L’Eglise, signe du Royaume : on ne le dit pas assez mais surtout on ne le vit pas assez,  l’Eglise est le signe de l’inauguration du Royaume. Et comme nous sommes l’Eglise, nous devons assumer les faiblesses et les manquements à sa vocation d’éclaireuse ou de lumière du monde. L’Eglise est messagère de l’amour et dispensatrice de la grâce par son amour fraternel et par les sacrements de l’amour, signes visibles et efficaces de la présence divine. Saurons-nous vivre de cette flamme ardente qui fera reluire de tous ses feux la beauté de l’Eglise, Corps du Christ et Temple de l’Esprit ?

L’amour fraternel, signe du Royaume : on ne le dit pas assez mais notre amour fraternel est le signe de la présence du Royaume dans le monde. Toute la révélation s’est portée à annoncer et dévoiler l’amour de Dieu. Le Christ est mort par amour. Il est ressuscité dans l’amour pour nous communiquer dans l’Esprit l’amour du Père et du Fils. La plénitude de la révélation annonce que Dieu est amour et cet amour est partagé avec tous les croyants de venus fils et filles de Dieu. L’amour fraternel inaugure le temps du partage et de la communion. En Dieu Trinité, cette communion atteint sa perfection. Saurons-nous allumer cette flamme dans le cœur des hommes par l’amour que nous leur manifestons ?

  1. 3. Conclusion : attente dans l’amour !

Les vierges sages attendaient l’époux. Leur prévoyance a permis leur entrée dans la salle des noces. L’époux se fit attendre mais il a comblé leurs cœurs. L’attente dans l’amour est notre quotidien et notre espérance. Elle ouvre à tout le possible en Dieu.

Les vierges insensées se lamentaient de l’époux. Leur impatience et leur manque de clairvoyance les ont fait sombrer dans le sommeil de l’ennui et de la paresse. Elles n’étaient pas prêtes et le seront encore moins à l’arrivée de l’époux. Leurs cœurs n’étaient pas disposés à recevoir car elles n’ont pas su attendre dans l’amour et goûter au mystère. Quant à l’époux, il vient. Soyons donc prêts !

P. Francis

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