CHRIST, ROI DE L’UNIVERS

« Venez, les bénis de mon Père… »

(Mat 25, 31-46)

Les prédictions sur la fin du monde vont bon train. Cela devient même un art que de calculer ou de rechercher dans les ‘écrits anciens’, chrétiens, gnostiques ou païens, des signes annonçant la catastrophe. Les films ‘apocalyptiques’ ont un grand succès car, bien sûr, la fin du monde est toujours une catastrophe due à notre action inconsciente, à une volonté diabolique ou à un phénomène extérieur. Si notre responsabilité entre en jeu, elle n’est pas toujours le seul élément du problème. Il serait ‘écrit’ que toute chose a une fin et que ce monde, trop vieux ou ayant vieilli trop vite, ne vaut pas la peine d’être défendu. Si nous, chrétiens, avons un part de responsabilité dans l’approche ‘catastrophique’ de la fin dernière, c’est peut-être parce que nous n’avons pas assez parlé des ‘fins dernières’ qui sont l’accomplissement de toute chose en Dieu dans l’amour. L’Apocalypse est la révélation du sens des choses et de la part invisible du monde mais surtout de la lumière qui éblouit les élus, de la grâce filiale enfin réalisée et surtout de la réalité concrète et spirituelle de l’amour qui se répand à partir du cœur de la Trinité. Enfin, tout est clair. Enfin, tout est transformé. Enfin, Dieu se laisse saisir dans un face-à-face tant désiré. Enfin, nous sommes emportés par ce tourbillon d’amour trinitaire partagé. Le Royaume n’est pas de ce monde mais il prend naissance ici-même et croît par nos vies enracinées dans l’amour pour s’épanouir dans la plénitude de l’amour en Dieu.

  1. 1. Sa royauté !

On aime rappeler que Jésus est roi. Il l’a dit et l’a confirmé au moment de son procès et de sa passion. Sa royauté s’inscrit dans la continuité biblique. C’est la royauté du pasteur qui rassemble, qui panse, qui aime ses brebis (Ez 34, 11ss). Dieu l’a bien fait comprendre dans l’Ancien testament. Il s’agit de paître le troupeau pour qu’il trouve les ‘verts pâturages’. Il s’agit de protection et de direction. Il s’agit d’amour. On le voit bien quand Dieu s’oppose au roi d’Israël agissant trop en accord avec les rois païens de son temps. Dieu montre que le pourvoir est service et que la richesse est sagesse, que le droit est de loi et que l’Alliance est dynamisme spirituel. Encore faut-il avoir conscience de la ‘spécificité’ de notre foi et de l’originalité de notre Dieu. Il est bouleversant de miséricorde et riche en grâce ; Il partage, non seulement sa volonté mais sa propre existence en la liant à celle de son Peuple. Jésus le Fils sera l’expression complète et définitive de cet amour donné et partagé jusqu’à la communion totale et parfaite dans l’Esprit.

Roi et serviteur : « Le Fils de l’homme est venu pour servir et non pour être servi ». Quoi de plus naturel pour Jésus que de laver les pieds de ses disciples, en exemple pour les futurs responsables de son Eglise ? Il est le Serviteur de YHWH mais surtout le Fils Serviteur qui montre le chemin de la liberté et du bonheur. Jésus s’est fait ‘esclave’ (doulos, en grec) pour indiquer le chemin de la filiation adoptive. Notre être homme rejoint notre être fils par le service dans l’amour.

Roi et partenaire : « Je vous appelle mes amis ». Si Dieu avait conclu des alliances jusqu’à l’Alliance du Sinaï, puis jusqu’à l’Alliance définitive dans le sang de son Fils, c’est pour nous associer à ce partenariat original. Il s’est même engagé tout en sachant notre promptitude à déserter nos engagements. Par le Fils, cette Alliance est éternelle et se concrétise dans l’amour du Royaume.

Roi selon le cœur : « Dieu l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout Nom ». L’exercice du pouvoir royal selon Jésus passe par la compréhension profonde et mystérieuse de la nature humaine et de son accomplissement dans la volonté du Père. Il sait et agit en conséquence. Il met l’amour au cœur du ‘processus’ car c’est l’amour qui est à l’origine de tout et à la fin de tout. Sa croix est son trône et sa Résurrection, la charte nouvelle faite de grâce et de bénédiction.

  1. 2. Notre royauté !

Si nous reconnaissons Dieu comme notre Créateur (loi naturelle) et que nous acceptons le Christ comme notre Roi (loi révélée), nous recevons l’Esprit Saint pour vivre de cette nouveauté (loi de grâce). Nous seulement le Christ règne, mais il nous invite à partager sa royauté puisque nous sommes son Corps et que notre baptême/confirmation nous a incorporés à sa vie filiale. Nous régnons avec lui et partageons son trône pour l’éternité. Le Royaume, déjà vécu ici-bas, s’accomplit dans la vie céleste, là où enfin, la clarté resplendira et l’amour se vivra. Mais pour échapper à la projection ou à l’illusion, le Roi nous rappelle que la terre est son trône et que ses frères et sœurs sont l’objet de son choix et de son amour. Comment aimer Dieu que l’on ne voit pas  et non nos frères que l’on voit ?

Aimer les autres : la parabole du jugement dernier (Mt 25) est pleine d’enseignement et de sagesse. Elle nous sort de l’illusion et de l’utopie pour nous incarner dans le réel. Jésus va très loin en ‘identifiant’ les autres aux signes de la présence divine Aimer l’autre et le servir, c’est aimer Dieu et le servir. La philanthropie ne suffit pas. L’amour chrétien dépasse les limites et décèle le mystère divin dans l’humanité en marche ou souffrante. Nous sommes rois quand nous servons à la manière du Christ Roi car alors nous servons le Père qui nous prend avec lui dans l’Esprit!

Aimer Dieu dans et par les autres : peut-on aimer Dieu sans passer par l’humanité ou la création ? Depuis l’Incarnation du Fils, il semble que non. Faits de chair et de sang, c’est par l’humain que nous touchons le divin. Un humain pardonné, consacré et transfiguré, certes mais un humain bien concret et limité. Quelle beauté que de trouver Dieu en nous et dans les autres et non dans les nuages ou les constructions de l’esprit entachées d’illusions et de fantasmes ! Nous sommes rois quand nous consacrons notre existence complète à cette recherche et à cette vérité car alors nous touchons la vérité de l’être et nous entrons dans une relation filiale qui humanise tout en divinisant !

  1. 3. Conclusion : l’amour est éternel.

Jésus ne nous prend pas au dépourvu. Il nous dit quelles seront les ‘questions et les réponses’ du Jugement dernier. Comme un bon professeur, non seulement il nous prépare aux questions mais il nous les donne. Il ne s’agit pas de donner des réponses tout faites mais de montrer la vérité de sa vie et la bonté de son agir. Il s’agit d’avoir amé dans le concret et l’attention aux autres.

Jésus ne nous entraîne pas sur un chemin d’illusion ou de fantasme car sa Royauté est pleine et divine. Il est le Seigneur parce qu’il a aimé comme la Trinité aime dans la communion et la relation vraie. Nous sommes invités à la même action et au même résultat.

Jésus est le Roi de l’univers non par violence mais par le don de lui-même. Le mystère pascal est le révélateur d’une Royauté qui illumine et oriente mais qui indique le mouvement. C’est de ce mouvement dont nous devons vivre : le mouvement éternel d’amour en la Trinité qui se répercute dans l’Eglise et dans nos vies personnelles. Rien de moins !

P. Francis

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