VENDREDI SAINT

« Ecce homo »

(Jean 18, 1 – 19, 42)

Ce vendredi noir est certainement le jour le plus obscur de notre histoire. Il met en évidence nos trahisons et notre injustice et ainsi devient le jour symbole de toutes les trahisons et injustices dont pâtit l’humanité historique. Il met aussi en évidence nos difficiles et houleuses relations avec Dieu qui pourtant s’est voulu proche par sa révélation progressive depuis Abraham. Le Vendredi Saint résonne dans notre ciel comme un cri de protestation mais aussi un chant d’amour. Le Christ souffrant s’offre pour nous. Le Christ mourant se donne pour nous. Le Christ mis au tombeau repose au cœur de notre terre en ébullition et en travail. Il faudra toute la force divine de la Résurrection pour redonner vigueur et espérance à nos attentes si souvent trahies et déçues. Il nous semble parfois difficile et même indécent de contempler le Crucifié. C’est pourtant la voie de la sagesse et de l’étreinte divine : Jésus en croix est le Christ qui se donne, le Roi qui siège sur son trône, le Prêtre de l’Alliance Nouvelle en son sang, le Fils de l’amour. Au moment le plus dramatique de son existence, le Christ se révèle totalement en révélant la volonté divine de nous sauver dans l’amour. Contemplons donc le Crucifié comme le signe d’un amour qui s’est tant de fois exprimé mais qui aujourd’hui lance son cri dans le silence de la nuit, déchirant les ténèbres pour resplendir de sa lumière. Jésus est l’homme selon le cœur de Dieu : uni au Père, il resplendit de toute sa filiation dans l’Esprit ; unie au Christ, l’humanité est invitée à la communion au sein de l’indivisible Trinité Sainte. « Voici l’homme ! ».

  1. 1. La croix : drame de l’humanité !

La croix est un signe dérangeant. On l’a placée sur nos routes et dans nos maisons. Elle est devenue le signe de ralliement des chrétiens. Elle a pourtant eu du mal à s’imposer, les premiers chrétiens  étant réticents à en faire leur symbole. On comprend bien qu’ils aient préféré les symboles du ‘poisson’ ou de ‘l’agneau’. Comment admettre qu’un instrument de torture soit ainsi exhibé et montré comme signe de vie et de lumière, comme signe de l’amour divin et du salut ? En effet, on ne peut occulter la contradiction et l’indécence du fait mais, a contrario, cela signifie bien que la crucifixion est une réalité historique que les chrétiens n’ont pas dissimulée et qu’ils ont prise à bras le corps dans une société d’alors bien au fait de sa signification sociale et judiciaire. Ils ont présenté la vérité historique pour proposer une vérité théologique et spirituelle : le Crucifié est le Sauveur !

La croix est un signe de contradiction. On l’a mis au cœur du processus chrétien de réflexion mais on l’a unie à la réalité de la Résurrection. Comment séparer les deux événements ? Peut-on penser la croix sans la lumière de Pâques ? On risque alors de sombrer dans le dolorisme et le souvenir d’une condamnation injuste et scandaleuse. Oui, la croix est une injustice et un scandale mais elle nous porte à la vérité de l’amour de Dieu qui est allé ‘jusque-là’ pour nous, en donnant le Christ, reconnu Fils de Dieu en sa Résurrection. : le Crucifié est le Fils de Dieu !

La croix est un signe affligeant. On comprend bien que la croix est le signe de nos compromis et de notre péché. Mettre l’innocent en croix révèle toute la laideur du cœur loin de Dieu et toute la profondeur du péché qui éloigne de la bonté et du bien. Comment être justes et vrais quand les ténèbres envahissent nos cœurs et nos esprits ? Comment faire la lumière quand la vérité nous est étrangère ou subjective ? Comment être solidaires quand nous nous prenons pour Dieu et que notre liberté s’oppose à Lui ? La croix est bien le signe de nos errances quant à notre humanité dévoyée et à nos relations pervertie au divin : le Crucifié est le Logos Divin et la Sagesse Divine, Vérité Unique.

S’il est vrai que la croix nous enseigne sur l’humanité, il n’en reste pas moins vrai qu’elle nous dit plus encore sur le Christ et son Père. Les souffrances du Christ atteignent des profondeurs insoupçonnées pour celui que veut entrer dans l’intimité de Jésus. Homme et Dieu, ses souffrances prennent une dimension inégalée qui touche aux profondeurs de son être de Fils. Seul celui qui s’unit au Christ en croix peut saisir quelque chose de ce drame divin qui se joue dans le drame humain de Jésus. Au travers des ténèbres, la croix sera donc le lieu historique de la pleine révélation du Dieu d’amour.

  1. 2. La croix : gloire de Dieu !

On peut lire la Passion et la crucifixion avec les Evangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc). Ils révèlent tout le drame de Jésus et tout son désir de salut qui se concrétise dans son sacrifice ultime. On peut aussi relire l’Evangile de Jean et contempler le Christ en croix comme le Maître et le Roi de l’univers. Le christianisme ‘regarde’ la croix non comme un simple fait historique mais comme la preuve ultime de l’amour de Dieu et la pleine révélation de Dieu, illuminée à la Résurrection. Contre toute attente et de façon surprenant, la croix est la glorification de Dieu par la glorification du Christ, Fils unique. Jean nous l’exprime par les détails de la crucifixion et par la lumière qu’elle apporte à l’humanité incrédule et sceptique.

Glorification de Jésus le Christ : la croix est son ultime mission. Sa mission arrive à son sommet et s’achève par un nouveau commencement. Elle assume tous les sacrifices anciens et devient le nouveau Temple de la Nouvelle Alliance, avec Jésus à la fois comme Prêtre unique, Autel et Offrande. Par son obéissance, Jésus est reconnu Fils. La croix est son trône élevé sur l’univers et attirant tout homme à lui. Entonnement, c’est par son humanité que se révèle sa divinité, que se touche désormais le Dieu invisible !

Glorification de Dieu le Père : la croix a montré la force de l’amour en Christ et ainsi l’amour immense du Père pour l’humanité. Dans un retournement de situation fulgurant, le signe de torture et de mort devient signe de vie et de salut, de lumière et d’amour. Dieu est glorifié dans ‘l’Heure’ de Jésus qui sonne son unité avec son Père dans l’Esprit. Alors qu’on voulait le détruire, le voici qui plonge dans l’amour du Père et que sa mort est source de vie pour tout l’univers. Etonnement, c’est par sa mort que se révèle la profondeur de la vie et de la grâce, que se laisse aimer le Dieu invisible !

  1. Conclusion : unis dans l’amour !

Le Vendredi Saint est un jour de ténèbres : il nous met face à nous-mêmes et à notre péché. Il nous montre toute la profondeur du mal et des forces démoniaques hostiles à l’amour. Vraiment, les ténèbres ont recouvert la terre « jusqu’à trois heures ». Puis, dans un cri, le voile s’est déchiré !

Le Vendredi Saint est un jour de glorification : il nous met face à l’amour de Dieu et à la pure grâce divine. Il nous montre toute la profondeur de l’amour et des forces divines qui nous entourent. Vraiment, la lumière a recouvert nos cœurs quand du haut de la croix, le Fils a rejoint son Père et nous a donné son Esprit Saint. Puis, de la tombe, le mystère s’est révélé : il est ressuscité !

Mourons donc au vieil homme pour renaître à l’humanité nouvelle !

P. Francis

 

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