ORDINAIRE 6 B

« Je le veux, sois purifié »

(Marc 1, 40-45)

Jésus s’avance vers Jérusalem. Ses rencontres sont source de joie et de conversion. Il annonce l’Évangile de la vie, la communion avec Dieu, le salut possible. Il  demande repentance et conversion. Se reconnaître pécheur, c’est déjà reconnaître plus grand que soi : le Créateur qui a donné sa Loi d’amour et qui nous invite à le suivre. Le péché est une atteinte à notre personne et un esclavage. Demander pardon, c’est rétablir la relation dévoyée par une fausse liberté. Il y a aussi des voies sans issue qui nous mènent vers le néant. Se convertir, c’est ‘se retourner’, revenir vers la lumière, vers la vie et l’amour. On cherche la vérité mais l’égoïsme et l’orgueil nous mènent vers le bas, vers les ténèbres. On se trompe de chemin quand on ne s’oriente pas selon une loi objective qui indique le but et qui donne des moyens concrets d’action. Jésus, cependant, ne condamne pas. Il vient nous chercher et rétablit une religion selon le cœur de Dieu. La foi en Dieu doit être vécue dans l’amour. La religion s’organise pour que la foi s’exprime et que l’amour se vive. Les risques sont nombreux : le ritualisme, le fidéisme, le légalisme… et donc l’exclusion et la condamnation. Ainsi, dans l’Évangile du jour, ce lépreux exclu mais confiant dans le pouvoir de Jésus. Il demande non la guérison mais la purification, son retour dans la communauté humaine dont il est exclu et donc l’accès au culte. Tout lui sera rendu. Jésus le touche et le rétablit dans sa dignité.

  1. 1. La religion du cœur

On risque souvent d’enfermer Dieu dans des rites et des lois. Du coup, on éloigne de lui ceux qui ne correspondent pas aux critères donnés. Le Christ va au-delà de nos critères pour rejoindre la personne et la toucher au cœur. Certes, le péché est le péché et on ne peut le nier. Le rejet de la Loi divine peut être évident et on ne peut le nier. La Loi est faite pour nous donner la liberté et orienter notre vie vers le Bien et le Beau. Il faut toute une vie pour s’approcher de la vérité et de la lumière. La vie spirituelle nous y porte.

La Loi de vie : on pourrait penser que la Loi divine freine la liberté de l’homme. Dieu s’impose-t-il pour notre malheur ? Sa Loi vient-elle limiter notre liberté ?  Il y a la Loi et les lois. La Loi vient de Dieu. Elle explique notre humanité, notre identité, notre vérité. Elle ne peut nous enchaîner mais elle nous oriente. Elle indique le chemin qui met l’homme en face de lui-même. Les lois, bien souvent, sont des compléments qui illustrent la Loi. Elles peuvent changer. La Loi divine révèle les fondements de notre humanité et répond à nos attentes profondes. Elle ne peut être en contradiction avec nos aspirations car elle vient du Créateur qui nous a faits par amour. Au cœur de la religion, il y a la Loi divine, naturelle ou révélée. Naturelle, car on la découvre par la raison. Révélée car Dieu s’adresse à nous par le Verbe de Vie.

Une éthique humaine : nous tirons les conséquences de la Loi divine. Nous tentons de vivre en conséquence. Nous cherchons à rejoindre la vérité de notre être. C’est l’éthique. La morale regroupe les actes concrets que nous posons et qui correspondent ou pas à ce que nous sommes. Car de fait, la question de fond est de savoir qui nous sommes et donc ce que nous devons ou pouvons faire ou pas. Si nous sommes des esclaves ou des cellules agglomérées par hasard ou un accident de l’univers ou des êtres créés par Dieu… cela change tout. L’homme sera respecté ou exploité en conséquence. L’éthique tente de comprendre notre nature humaine et évalue ce qui lui va ou pas. La théonomie et l’autonomie ne peuvent s’opposer : guidés par Dieu, nous essayons d’être des êtres libres. Et pour nous chrétiens, nous devons êtres des fils/filles libres.

Le rite met en relation : le rite n’est pas magique ou commercial. Il met en relation libre Dieu et l’homme. Le rite correspond à notre nature humaine créée et limitée, incarnée et charnelle. Nous avons besoin de rites, de beauté, de lumière. La répétition est une chance, elle permet d’approfondir le sens du rite. La vérité est vécue concrètement dans un moment unique qui ouvre le Ciel et met en relation ce qui semble être éloigné. Pour nous, le rite est beauté car il plonge dans le mystère de l’amour de Dieu. Le rite peut être sacrement et alors il met le divin à notre portée. Il touche Dieu. !

L’amour comme critère : il y a toujours un critère ultime qui relativise tout le reste. Ce critère c’est l’amour et le bien des âmes. Une loi subie n’est pas utile. Une éthique pesante n’est pas libérante. Un rite sans cœur n’est pas profond. La Loi, l’éthique et le rite vécus dans l’amour sont source de bénédiction et de sérénité. On voit Jésus dépasser les contraintes externes pour rejoindre le cœur des personnes. Il va droit au but tout en respectant notre rythme et l’objectivité de la situation.

  1. 2. La purification intérieure.

L’épisode du lépreux est significatif. Il nous montre une rencontre inopinée et impossible. Comment le prophète Jésus va-t-il réagir à la provocation ? Car il y a bien provocation de la part du lépreux. Il sait que Jésus ne peut le toucher, lui parler, l’approcher. Il sait que Jésus peut le guérir car sa réputation est faite mais il l’emmène sur le terrain religieux : la purification, l’aptitude au culte et à la relation. Dieu l’aurait-il abandonné à cause de sa maladie ?

Les lèpres intérieures : on a certes tous besoin de purification. On est rempli de ténèbres et la lumière nous manque. Des situations, des actions, des pensées nous éloignent du culte, de la loi, de l’éthique saine et équilibrée. Nos peurs nous tyrannisent. Nos pulsions nous contrôlent. Nos pensées nous éloignent de la vérité. Jésus vient nous toucher pour nous ramener au bercail, pour nous montrer le Père, pour nous donner l’Esprit Saint. En confessant notre péché, nous pouvons entreprendre un chemin de conversion et vivre enfin libres.

La liberté intérieure : tout nous porte à la liberté. La Volonté de Dieu est notre liberté car elle veut ce que nous devons être. La Loi de Dieu est liberté car elle porte à la filiation. Le rite est chemin de liberté car il rapproche du Divin. L’éthique est une éthique de liberté et de responsabilité. Tout concourt à notre bonheur dans la communion trinitaire.

  1. 3. Conclusion : aimés de Dieu

Jésus purifie extérieurement le lépreux pour qu’il le soit intérieurement.

Jésus rétablit la dignité humaine du lépreux exclu en lui rendant la santé.

Jésus touche le lépreux pour qu’aucune exclusion ne vienne limiter notre liberté de relation.

Jésus nous montre le chemin vers le Père dans l’Esprit Saint car la communion trinitaire est le but de notre parcours et le bonheur de notre éternité. Au cœur de la Trinité,  nous chanterons l’amour pour toujours.

P. Francis

 

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