CAREME 2 C

« Ils parlaient de son exode qui allait s’accomplir à Jérusalem »

(Luc 9, 28-36)

Notre carême est un vrai cheminement, une progression, un exode qui nous mène vers Pâques. Ce sont 40 jours de grâce et de vitalité qui nous conduisent, à travers efforts, pénitence et sacrifices, vers la plénitude la vie en Christ pour la gloire du Père dans l’Esprit Saint. On ne reste pas en carême, on traverse le carême comme un désert pour rejoindre le but ultime de la vie : la communion trinitaire. C’est Pâques qui nous introduit dans le mystère trinitaire et dans l’amour des Personnes Divines. C’est Pâques qui donne l’éternité au sein de la Trinité. C’est Pâques qui accomplit toutes les promesses et tous les désirs. Le carême n’est qu’un passage, une transformation par laquelle nous nous préparons à la Rencontre, à la vie dans l’amour et à la communion. L’Évangile de Luc est organisé comme un « voyage » : Jésus chemine vers Jérusalem. Pendant ce voyage, il fait l’expérience du Peuple de Dieu dans le désert. Il affronte les tentations et se rend sur la Montagne Sainte. Il s’en va vers sa glorification. Le mot « exode » est utilisé par Luc pour expliquer ce cheminement. Jésus accomplit son exode (sa sortie, son départ) pour la rencontre définitive. De même, le carême est un exode, un cheminement non plus vers la ville de Jérusalem mais vers la Jérusalem Céleste, le Royaume de Dieu, le cœur du Père. Ainsi, nous serons transfigurés.

  1. 1. Le carême : un exode.

Nous cheminons vers Dieu, vers la communion en Dieu. Pour cela, nous avons besoin de conversion, de pardon, de miséricorde. Nous devons nous dégager de nos entraves et de nos esclavages pour vivre la liberté des fils par le jeûne. Nous devons nous tourner vers Dieu pour recevoir son amour et vivre en fils de lumière par la prière. Nous devons nous ouvrir aux autres et cheminer ensemble par le partage et la charité. L’exode du carême nous mène à la vérité et à la plénitude de la vie en Jésus-Christ.

Passer la mer : les Hébreux ont passé la Mer Rouge comme signe de leur nouvelle naissance. Ils ont été purifiés et régénérés. Le miracle a fait comprendre leur importance aux yeux de Dieu et sa grandeur. De même, nous devons passer la mer du doute, de la médiocrité, de la paresse pour revivre en Dieu et jouir de ses bienfaits. Bien des morts sont nécessaires pour trouver la vie véritable, pour renaître par le Christ. Le carême est un passage, une transformation, un renouvellement.  Nos prises de conscience et nos efforts nous emmènent, par pure grâce, vers la vie trinitaire.

Vaincre les tentations : les Hébreux ont vécu difficilement les tentations au désert. Ils rêvaient des « oignons d’Égypte » et préféraient l’esclavage à la difficile liberté obtenue.  Ils seraient retournés vers leur maître plutôt que de marcher vers la liberté pour former un peuple nouveau. Le carême est un long apprentissage à la liberté à travers les tentations du désert. Seul face à soi-même, il est difficile de se regarder, de constater ses manques et ses blessures, de ressusciter à la vie nouvelle. Rejeter le péché est un acte de foi, de confiance et de bravoure. Le péché nous enchaîne et nous détruit. Résister à la tentation est un exercice du carême qui nous donne la victoire finale.

Recevoir la Loi de vie : les Hébreux ont reçu le Livre de la Loi pour former enfin un Peuple et pour orienter sa vie. La loi est vie car elle vient de Dieu. La loi est Parole qui fait exister et avancer. La loi est joie de se savoir aimé et choyé par le Père. La tentation est grande de faire de la Loi une contrainte ou de la considérer comme une entrave. Elle dit qui nous sommes et comment le devenir, c’est donc une tentation de vouloir devenir autre ou de chercher une fausse liberté. La Parole, elle, est éternelle. Le Christ est le Verbe divin. Le carême nous aide à retrouver les joies de l’obéissance qui correspond à notre nature profonde et à notre vocation de fils/filles de Dieu. Recevoir la Parole, c’est vivre de la volonté divine qui veut notre bien et nous attend dans sa gloire. S’il y a des contraintes, c’est parce que nous nous sommes éloignés de la vérité et que nous errons vers notre perdition. En carême, on retrouve la beauté de la Parole pour en vivre dans l’amour.

Marcher vers la Terre Promise : Les Hébreux marchaient vers la terre indiquée pour s’y établir comme un Peuple. Ils rechignaient et erreront dans le désert 40 ans. 40 est le chiffre de la maturité. Il faut mûrir et se purifier pour recevoir la terre en don. Le carême est une marche vers la Terre nouvelle, vers le Règne sans fin, vers le Cœur de la Trinité. On y arrive dans l’amour. On l’atteint par une vie purifiée par l’amour. On y goûte avec les autres. Marcher demande courage et conviction. Marcher c’est vivre et espérer.

Jésus a expérimenté l’exode biblique. Il a passé la mer, a gravi la Montagne, a résisté aux tentations. Il a marché vers sa glorification, non pas humaine mais divine. La croix est sa glorification qui s’illumine à Pâques. Ainsi, nous cheminons avec lui pour voir sa gloire et la nôtre car les «  justes resplendissent comme le soleil dans le Royaume de leur Père » (Mt 13, 43).

  1. 2. Le carême : une transfiguration.

L’Évangile de la Transfiguration nous présente l’identité du Christ liée à sa Mission. Moïse et Élie allient la Loi et les prophètes. La Montagne est le lieu de la révélation. La voix du Père est claire : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ». En suivant Jésus et en écoutant sa parole, nous entrons dans le monde de Dieu, nous atteignons la plénitude de vie, nous goûtons à sa gloire. Nous partageons sa beauté pour resplendir de grâce. Enfin restaurés, nous pouvons désormais « prétendre » à la filiation.

Le Christ Fils : les images utilisées à la Transfiguration insistent sur l’identité du Christ. Il n’y a plus de doute. Luc a beaucoup insisté sur cette identité divine, depuis le début de son Évangile. L’Esprit anime les uns et les autres pour reconnaître la divinité du Christ. La voix du Père se fait entendre plusieurs fois. L’insistance est trop importante pour l’ignorer. La Résurrection sera le summum de cette révélation car en Dieu, le Christ resplendit de sa gloire et de toute sa beauté divine de nature.

Nous sommes des fils/filles : purifiés au baptême, nous sommes revêtus de beauté et de gloire. Nous sommes enfants de lumière. La transfiguration nous concerne car elle dit qui nous sommes et ce que nous serons. Nous sommes enfants de Dieu en Christ, adoptés par Dieu et bien-aimés du Père dans l’Esprit. Nous sommes accueillis dans la gloire trinitaire car la beauté naturelle de la création a été restaurée et la beauté divine de notre recréation nous a été accordée. La beauté nous sauve.

  1. 3. Conclusion : élection divine.

Le carême nous emmène au désert pour faire l’expérience de Dieu comme les Hébreux en leur temps et comme Jésus cheminant vers Jérusalem. C’est notre exode.

Le carême nous transfigure et nous rétablit dans la beauté jadis perdue mais retrouvée en Christ.

P. Francis

 

This entry was posted in Année C, Carême, Français, Père Francis. Bookmark the permalink.