CAREME 4 C

« Le père sortit… »

(Luc 15, 1-3.11-32)

Nous voici à la mi-carême. Déjà s’annoncent les fêtes pascales avec leur drame et leur joyeuse espérance. Drame de la croix et espérance de la Résurrection. Nous attendons la lumière de l’Esprit Saint pour vivre en homme/femme nouveau, pour partager la communion trinitaire et pour entrer dans la gloire de l’éternité. Il faudra toutefois passer par la croix et subir les affres de la douleur et du tombeau. Il faudra recevoir le pardon et se renouveler en Christ pour devenir fils/fille du Père. Le carême est ce temps béni par lequel nous renouvelons notre engagement et réévaluons notre vie spirituelle par la grâce de Dieu. L’appel à la conversion s’illumine de la joie de la miséricorde obtenue. Le changement intérieur s’illumine de la Transfiguration. La mort du Christ et notre propre mort s’illuminent de la gloire de la Résurrection. Ce dimanche, dimanche de la joie, nous savons déjà que le Christ ressuscitera et qu’il nous emportera avec lui. Nous faisons déjà l’expérience de cette communion qui plonge dans l’éternité de la communion trinitaire. La miséricorde nous est donnée pour goûter à l’amour divin. La parabole du « fils prodigue » nous aide à comprendre cette vérité.

  1. 1. Le carême : la miséricorde en acte.

Nous sommes pécheurs. Le péché a obscurci notre esprit et notre âme. Il a détruit les relations avec Dieu. Il nous a enfermés dans l’illusion de la liberté. Il nous tient en esclavage. Nous seulement il nous éloigne de Dieu mais il nous maintient dans cet éloignement. Il fait croire que le lien est irréparable alors que le pardon est toujours accordé à qui le demande. Il fait accroître le sentiment d’indignité alors que Dieu dépasse ce sentiment de culpabilité pour nous restaurer dans la dignité des enfants de Dieu. Le Père nous attend et nous rend la liberté des fils.

Dieu aime au-delà de nos péchés : y-a-t-il péché trop grand pour être impardonnable ? L’amour de Dieu est au-delà de nos péchés car Dieu est amour. Il aime d’un amour éternel sa créature au point d’en faire son enfant. Par le Christ, nous savons que Dieu est Un et Trine et que son Nom est Amour. Rien ne limite son amour car c’est son identité, son essence divine. Aimer est son Être et son Agir. Tout s’explique par l’amour de Dieu. Quand nous relisons la Bible, nous pouvons prendre cette clé de lecture et découvrir son amour qui se révèle peu-à-peu jusqu’au sommet de la Révélation au matin de Pâques.

Dieu pardonne nos péchés : le péché est certes grave. C’est une décision libre de désobéir, de transgresser, de détruire. On est responsable de ses choix et donc de leurs conséquences. Briser le lien avec Dieu est une décision pesante et malheureuse. Il y a bien des manières pour pécher et bien des raisons plus ou moins graves. On parle de péché véniel et de péché mortel. Véniel quand on néglige sa vie spirituelle et qu’on est entraîné vers la séparation par paresse, ignorance, négligence, contamination…  Mortel quand tous les éléments d’une grand péché sont réunis : connaissance, conscience, choix libre, rupture choisie. Le péché véniel empoisonne la vie. Le péché mortel détruit nos vies. Dieu, cependant, ne s’arrête pas à nos péchés. Il pardonne dans sa suprême liberté et son immense amour. Rien n’arrête sa miséricorde infinie.

Dieu nous veut libres et heureux : Dieu peut-il nous laisser dans le péché, l’esclavage, l’ignorance, la mort ? Si nous le voulons, alors c’est notre choix. Si nous demandons pardon, c’est la joie rendue et célébrée. Le Père propose sans cesse sa miséricorde et nous entoure sans cesse de son amour. Il ne se lasse pas de pardonner car son Fils a assumé notre péché sur la croix et nous a ouvert les portes du Ciel. Il y a un acte de foi et une profession de foi : le dire et le croire. Dieu nous veut libres et heureux, car ses fils/filles sont destinés à la liberté et au bonheur. La miséricorde nous y fait entrer. L’amour nous illumine et nous fait vivre. La Trinité nous accueille en son sein.

Pendant ce carême, Dieu propose sa miséricorde infinie. Il nous suffit de demander pardon, de regretter nos fautes, de nous ouvrir à l’Esprit Saint. Le Christ nous a montré le Visage d’un Père aimant qui attend ses enfants et sort à leur rencontre au moindre signe de repentance. Dieu pardonne sans cesse car son amour n’a pas de limite. Pécheur ou juste, nous sommes entourés des bras miséricordieux du Père qui « se jette à notre cou et nous couvre de baisers » (Lc 15, 20).

  1. 2. Le carême : la liberté retrouvée.

La parabole du « fils prodigue » est intéressante à ce sujet. Deux frères dans deux situations différentes mais marqués tous deux d’une fausse idée de liberté : la liberté illusoire et la liberté craintive. Tous deux ont besoin de la miséricorde du Père, ont besoin de changer leur vision de la paternité afin de vivre en vérité leur filiation.

Liberté illusoire : le fils cadet souhaite la mort du père et demande son héritage. Il désire une vie libre et dilapide son bien dans une vie de dissipation. Il en subit les conséquences jusqu’à la famine. La liberté est-elle à ce point matérialiste ? Le besoin décide du retour vers le père et non pas l’affection filiale. Il a depuis le début renié sa relation filiale, ici il le verbalise et l’entérine. Le père refuse cet état de fait et restaure son enfant dans sa dignité de fils. Il lui redonne sa place dans la maison, place qu’il avait toujours dans son cœur. Sans rien attendre du fils, le père est père par sa compassion et le lien paternel indélébile. L’amour l’emporte. Le fils cadet en tiendra-t-il compte ?

Liberté craintive : le fils ainé est l’homme parfait par excellence. Obéissant et travailleur, juste et droit, il ne se permet aucun écart. Mais est-ce cette obéissance servile dont le père a besoin ? N’est-il pas l’héritier et le propriétaire de tous les biens restants ? On comprend qu’il a peur de son père et que son obéissance est craintive. Il est sans joie dans la maison de son père qui est pourtant sa propre maison. Furieux de l’attitude compatissante du père envers son frère, il refuse la miséricorde en se comparant. Ici aussi, le père sort de la maison et va à sa rencontre. Il lui fait comprendre sa place privilégiée dans son cœur et son égalité profonde avec son frère dans l’amour. La liberté lui est rendue comme une instance de joie et de partage, de vraie relation filiale. L’amour l’emporte.

  1. 3. Conclusion : Dieu a notre recherche !

Pendant le carême, nous recherchons la miséricorde de Dieu parce que nous sommes pécheurs. Demander pardon, c’est reconnaître sa responsabilité et son égarement. Le pardon est accordé sans condition car la miséricorde est divine et éternelle.

Pendant le carême, nous recherchons le vrai visage du Père sans nous arrêter à nos illusions ou fausse conception. Le Père est toujours différent de ce que nous croyons. Il est toujours plus grand que notre cœur et notre esprit. Il est « Dieu et non pas homme».

Pendant le carême, nous retrouvons notre liberté. C’est un don. C’est la condition pour être fils/fille de Dieu. Elle s’épanouit dans l’amour.

P. Francis

 

This entry was posted in Année C, Carême, Français, Père Francis. Bookmark the permalink.