ORDINAIRE 7 A

« Afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux »

(Mat 5, 38-48)

Par son ‘Sermon sur la montagne’, le Christ nous apprend à vivre en fils/filles du Père céleste. Il nous mène vers une intégration de la loi divine qui construit notre humanité et notre spiritualité. Notre humanité est le fruit de l’amour de Dieu et nous nous construisons dans l’amour. Notre spiritualité est une communion profonde dans l’amour trinitaire qui fait de nous des enfants de lumière vivant dans l’amour (1 Th 5, 4-5). Nous trouvons notre liberté dans l’accueil de la volonté divine qui veut notre bonheur et nous entraîne vers le haut, vers la transcendance et la communion. L’Esprit du Fils anime notre vie, ‘donne de l’âme’ à nos corps et à nos esprits afin de vivre dans l’harmonie que suppose notre vocation à la filiation. Avec pédagogie, l’Ecriture nous enfante à la sainteté : accueil de l’amour trinitaire en nos vies.

  1. 1. Sainteté et perfection

Il n’est pas toujours aisé de vivre la vie chrétienne. Tant de choses nous distraient et nous détournent de l’essentiel. Bien des idées nous submergent. Des ‘cultures’ diverses s’affrontent et réclament une légitimité. Il y a même du ‘politiquement correct’ et des attitudes supposées refléter les modes du moment. Même si nous restons sur nos gardes quant à ces choses passagères et futiles, nous n’en restons pas moins attirés et fascinés. Le contrepoids chrétien se situe dans l’amour et la recherche de la sainteté : l’amour qui ouvre à la vérité et à la créativité et la sainteté qui plonge ses racines en Dieu pour mieux aimer. Appelés à la sainteté, nous la distinguons de la perfection.

Une perfection difficile : on dit souvent que personne n’est parfait et c’est bien vrai. Qui peut prétendre à la perfection totale ? Nous sommes tous faibles et limités et cela se ressent dans nos relations au monde. Certains vivent des drames intérieurs qui reflètent plus une souffrance mal vécue qu’un désir d’être désagréable. D’autres vivent sous pression de tendances ou de pulsions incontrôlables. On a bien du mal à gérer nos émotions et nos désirs. Au lieu de rechercher la perfection, ne devons-nous pas chercher l’équilibre physique, psychoaffectif et spirituel ? La loi, les principes, la tradition… peuvent nous aider objectivement dans notre subjectivité perturbée. L’examen de conscience, sans culpabilisation, est un chemin de conversion qui tend vers le changement et l’amélioration. Se reconnaître limité et imparfait est un premier pas vers la sainteté.

Une sainteté possible : au contraire de la perfection, la sainteté intègre la faiblesse et la contingence humaine. Elle laisse à Dieu sa place et se reçoit de ses mains. Elle reconnaît les limites humaines et en fait des points de départ pour rencontrer Dieu et son amour. La Vierge Marie exceptée, notre histoire n’a jamais rapporté l’exemple d’un saint parfait mais les exemples de saints aimant et lumineux, malgré leurs limites, sont légions. Le saint vit sa vie sous le regard de Dieu et donne son amour. Il fait de l’amour le moteur de sa vie spirituelle et sociale. Ainsi donc, la sainteté est communion avec le Père par le Fils dans l’Esprit. Elle déborde d’amour et s’introduit dans le cœur de la Trinité. C’est bien rassurant que le Seigneur nous demande d’être saints avant d’être parfaits !

Une perfection morale souhaitable : vivre d’amour et goûter à l’amour trinitaire nous engagent dans un changement progressif et paisible. On doit prendre tous les moyens possibles pour atteindre l’équilibre humain et toutes les ressources spirituelles possibles pour atteindre la communion. L’imperfection se transforme peu-à-peu au contact de l’Esprit Saint qui fait de nous sa demeure (1 Co 3, 16). Par la lecture de l’Evangile, la méditation, la prière quotidienne, la fréquence des sacrements et nos engagements sincères dans l’Eglise et dans la cité, nous progressons vers plus de connaissance et de vérité, de profondeur et de conversion. Par nos seules forces, bien peu de choses sont possibles mais par l’action de Dieu, tout est possible, à condition de ‘se laisser faire’ dans l’amour et la confiance. En entrant progressivement dans la profondeur de l’intimité divine, nous en ressentons toute la finesse et la délicatesse. Cette finesse et délicatesse se retrouvent ensuite à féconder nos vies et nos attitudes, à éclairer notre conscience morale et à aimer l’autre comme un frère et Dieu comme un Père. La sainteté nous pousse vers la perfection dans le respect de ce que nous sommes. Elle nous pousse vers la beauté du cœur et la pureté des sentiments. Comme le dit un converti récent : « croire, c’est comme être amoureux ! » (Thierry Bizot).

  1. 2. Une vie dans l’Esprit

Nous sommes armés pour vivre notre vie chrétienne : la consécration du baptême, la force de l’Esprit et l’amour trinitaire nous animent. Nous appartenons au Christ (1 Co 3, 23). Il est notre référence ultime et la ‘norme’ vivifiante. Sa parole est Parole de Dieu et sa sagesse est Révélation divine. La Résurrection nous l’a révélé ‘Fils de Dieu’. Etant Fils, il est aussi homme comme nous. L’unité de sa Personne est notre force et notre dynamisme car elle sourd de l’amour même.

Consacrés : le baptême a fait de nous ‘une race royale’, une nation sainte, le Peuple de Dieu. Nous partageons la royauté du Christ par notre filiation commune. Ici se situe notre identité !

Envoyés : l’Esprit a fait de nous son Temple. Si l’Esprit Saint est l’amour du Père et du Fils, comment nous détourner de l’amour ? Comment vivre loin de lui ? Pour quelle fantaisie ? L’Esprit agit en nous. Il transforme notre regard et nous oriente vers la Trinité Sainte. Son action est progressive mais permanente car il est la délicatesse et la finesse de l’amour de la Trinité. Ici se situe notre agir !

Témoins : en paroles et en actions, nous sommes les témoins du Christ et de son œuvre. Nous sommes les témoins de la vie divine par notre communion trinitaire qui devrait se refléter dans nos vies et dans nos Eglises : la communion est notre chemin car elle est unité dans la diversité à l’image de la Trinité. Bien sûr, nous ne sommes pas parfaits et loin de là mais nous pouvons être saints, c’est beaucoup mieux et pour le moins réalisable ! Ici se situe notre amour !

  1. 3. Conclusion : l’amour qui nous rend libre !

On l’a vu, l’Ecriture nous entraîne vers la sainteté. La perfection reste, bien souvent, un rêve mais elle nous fait avancer vers la mieux. Dans l’Ancien Testament déjà (Lév 19), Dieu appelait à la sainteté dans l’amour des autres. On a cru que la Loi nous y mènerait. Cependant la Loi peut être pratiquée sans cœur ni âme ! Si elle est sainte, elle est vécue par des pécheurs. Elle est pourtant un chemin vers la liberté et vers notre épanouissement.

Le Christ nous propose la sainteté qui poursuit une perfection morale progressive. C’est possible dans l’amour et par la force de l’Esprit qui transforme nos vies et nous libère. Dans l’amour, on devient enfants de Dieu et par l’Esprit du Père et du Fils, on entre dans l’intimité de la Trinité, là où communion veut dire perfection et dynamisme et où l’action devient ‘agir excellent’.

P. Francis

 

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