NATIVITE DE ST JEAN-BAPTISTE

« Son nom est Jean »

(Luc 1, 57-80)

Dans la liturgie, il y a trois nativités : deux solennelles (Jésus, le 25 décembre et Jean Baptiste, le 24 juin) et une festive (Marie, le 8 septembre). Fêter solennellement la naissance de Jean Baptiste est exceptionnel. Aucun saint n’a ce privilège dans le calendrier général de l’Eglise. Cela montre bien que Jean Baptiste tient une place spéciale dans l’histoire du Salut : personnage exceptionnel, le cousin de Jésus aura su reconnaître le Messie et le désigner à ses disciples. Destin exceptionnel, le prophète clôt l’Ancien Testament et meurt en martyr du Nouveau Testament (Mémoire de son martyre le 29 août). « Exultant de joie » avant même sa naissance, il réjouit ses parents âgés et introduira Jésus à sa mission lors du baptême au Jourdain. Personnage attachant, il reste profondément ancré dans l’Alliance. Personnage entier, il défend la Loi divine avec passion. Personnage controversé, il meurt comme ‘trophée’ d’une danseuse. Personnage respecté, il se retire pour laisser place à l’Agneau de Dieu, au Saint d’Israël, à la Lumière. Jean le Baptiste est le prophète qui s’efface devant plus Grand que lui, qui ne fait pas écran à son Seigneur, qui sait parler et se taire, qui comprend et accepte son destin. « C’est le plus grand des enfants des hommes », dira Jésus  (Mat 11, 11) !

  1. 1. Jean, le  Précurseur.

On aime Jean Baptiste même s’il nous rend nerveux par ses revendications et ses exigences. Il est entier dans sa mission et cela le portera à sa perte. Il est le type même du prophète  authentique  à la saveur des anciens prophètes et le type même du disciple inquiet qui harmonise exigences et miséricorde. Voilà le Précurseur qui annonce, vilipende, met en lumière mais aussi qui indique, réconforte et s’efface.

Sa naissance : l’histoire est belle et retient l’attention. Deux mères se rencontrent et leurs enfants se comprennent avant même de naître. Elisabeth salue la  Mère de son Seigneur et l’enfant en son sein tressaille d’allégresse.  La rencontre des deux femmes annonce le destin particulier des deux enfants. Jean reconnaîtra immédiatement Jésus par ce lien mystérieux qui les unit : lien familial et lien mystique. Les yeux du Baptiste savent voir au-delà des apparences. Sa naissance, dans une famille sacerdotale, le relie au temple et au culte officiel. Il aura fallu un ange pour l’annoncer, une punition pour purifier son père, un miracle pour chanter les louanges divines, un couple stérile soudainement fécond pour marquer son avenir. Voici donc celui que l’on n’attendait plus mais qui sera la joie d’Israël et la fierté de ses parents. Il sera un ‘prêtre’ mais apparemment n’exercera pas son sacerdoce comme son père Zacharie. Son sacerdoce devient inutile devant le Prêtre unique qui s’annonce, Jésus seul intermédiaire entre Dieu et l’humanité.

Sa mission : l’histoire nous fascine. Quel homme exceptionnel ! Vivre au désert comme Israël se purifiant, jeûner et prier comme un ami de Dieu, recevoir les pécheurs comme un maître spirituel, conseiller comme un scribe, animer comme un prophète… Mais sa mission particulière le met en lien avec Jésus : il reconnaît le Messie, le désigne, lui envoie ses disciples… Il baptise celui qui est sans péché et le Ciel s’ouvre. Ce moment exceptionnel indique à Jésus sa mission salvifique et son identité véritable et indique à Jean la réalité nouvelle qui s’annonce et la fin de sa mission. Il peut se retirer. Jean aura-t-il été le ‘déclencheur’ ? A-t-il été l’instrument de Dieu pour que Jésus comprenne identité et mission ? A-t-il mis en lumière la Lumière ? L’iconographie traditionnelle le montre humble face à Jésus mais aussi instrument de Dieu montrant l’œuvre à accomplir. Il a compris son rôle mais aussi  la fin de son mission. Vrai prophète qui se fait humble et disparaît, comme Moïse à l’entrée de la Terre Promise laissant le Peuple de Dieu aller et disparaissant !

Sa mort : l’histoire est dramatique. Arrêté, il cherche à comprendre la geste de Jésus. Il a bien des difficultés à recevoir la nouveauté mais l’accepte. « Es-tu celui qui doit venir ? » fait-il dire à Jésus. Jésus, comme preuve, indique les gestes prophétiques accomplis que Jean peut comprendre. Les ‘fruits’ spirituels et les miracles du Christ sont le signe de la vérité de son identité et de sa mission. Jean peut s’apaiser et affronter la mort. Homme exceptionnel mais mort furtive ! Les travers d’un pervers et ses promesses futiles à une danseuse conduisent Jean à la mort. La passion pervertie d’un homme interrompt la vie de l’homme passionné ou plutôt met en lumière ses qualités de Précurseur, seul à savoir la nouveauté de ce qui vient. Jésus reconnaîtra la grandeur de Jean, l’identifiera à Elie et le désignera comme chemin d’humilité vers le cœur de Dieu.

  1. 2. Jean, le Passeur.

La vie et mort de Jean nous interpellent, par son aspect humain mais aussi par sa particularité dans la grande histoire biblique. Jean semble à la charnière entre deux mondes : l’ancien monde qui vibre à l’idée de l’Alliance et vit au rythme de la Loi et le nouveau monde que vient inaugurer Jésus. Jean est certes en plein dans la défense de la vocation d’Israël mais reste ouvert à la nouveauté que Jésus semble vouloir apporter. Quand il a reconnu le Messie, il se laisse aller à le suivre et s’ouvre à la Loi nouvelle. Un monde se ferme, un nouveau naît. Même si le passage est difficile pour lui, il l’accepte tout en demandant des garanties : il veut voir la continuité, il en aura les prémices.

Passage Ancien/Nouveau Testament : Jésus ne nie pas l’ancienne Alliance, il vient la parfaire et la porter à son plus haut niveau. L’Alliance sera désormais scellée dans son sang et sera ‘nouvelle et éternelle’. Sa Résurrection nous apportera la Nouveauté et l’Eternité.

Passage : ancien/nouveau culte : Jésus est le Temple nouveau en son Corps ressuscité. Vrai Dieu et vrai homme, il est le lien nécessaire entre Dieu et l’humanité et le lieu de rencontre. Son Corps ressuscité nous emporte à la présence de Dieu. Le sacerdoce ancien est caduc. Jésus, Prêtre unique et unique intermédiaire, partage son sacerdoce avec les baptisés (sacerdoce commun) et de façon particulière avec les ministres ordonnés (sacerdoce ministériel).

Passage : ancienne/nouvelle Loi : Jésus est notre Loi, notre référence ultime, notre accès à Dieu. Sa Loi est la loi de l’amour car Dieu est amour. Seul l’amour nous rend nous-mêmes, nous construit et nous élève. Il nous introduit dans le cœur de la Trinité. Au Jourdain, Jésus et Jean entendent la même révélation trinitaire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui j’ai mis tout mon amour ! ». Si Jean a senti l’exceptionnalité du moment, Jésus en a saisi la profondeur et la vérité qu’il assumera.

  1. 3. Conclusion : « Voici l’Agneau de Dieu ! »

Jean le Baptiste est un précurseur. Il annonce la nouveauté et l’assume au moment opportun. Sa destinée est particulière. Elle est liée à Jésus. Il en donnera le témoignage suprême par le martyre.

Jean le Baptiste est un passeur. Il est comme un pont entre les Testaments, en faisant confiance absolue à l’Agneau de Dieu. Il comprend enfin que la Présence s’est incarnée et vit parmi nous.

P. Francis

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