ORDINAIRE 23 A

« Je fais de toi un guetteur »

(Ez 33, 7-9 ; Mat 18, 15-20)

On a beau se dire croyant, on se demande toujours si on l’est vraiment. Il nous semble que l’Evangile est trop simple : aimer, rien de plus. Cette simplicité pourtant est d’une grande profondeur car si l’amour est au cœur de la foi, il est au cœur de la vie et au cœur de nos relations. St Paul, à la suite de Jésus, résume toute la Loi et toute la vie spirituelle à cette affirmation percutante : « L’accomplissement parfait de la Loi, c’est l’amour » (Rom 13, 10). L’amour est donc notre ‘milieu naturel’, notre lieu de naissance (Création) et de renaissance (Rédemption), notre lieu de vie (relation) et d’action (éthique), notre origine et notre fin. L’amour est l’identité même de Dieu car communion et communication de soi. Jésus le Christ, révélé Fils de Dieu par sa Résurrection, nous entraîne dans ses relations filiales avec le Père, Principe de tout, afin de ‘spirer’ avec lui l’Esprit Saint, amour du Père et du Fils. Seul l’amour peut nous faire saisir quelque chose de ce mystère merveilleux et fabuleux d’un Dieu trine dans l’unicité de sa nature divine. Seul l’amour peut nous faire participer à cet échange extraordinaire et spectaculaire entre les Personne Divines. Seul l’amour peut nous faire goûter dès maintenant la grâce de la communion éternelle. Il nous reste donc à aimer, tout simplement, dans le quotidien, qui est le tremplin vers la vie éternelle et le cœur aimant de la Trinité.

  1. 1. La force de l’amour.

Les prophètes (Ezéchiel, Isaïe, Jérémie, Amos, Osée…) avaient saisi un peu de ce mystère d’amour. L’intuition leur venait de leurs relations avec le Dieu d’Israël, toujours présent et toujours ouvert à l’Alliance. Pas-à-pas, ils ont pu sortir de leurs conceptions trop étroites de la force divine pour se plonger dans la réalité nouvelle révélée par Dieu lui-même. Bien que prisonniers des idées et conceptions de leur époque, ils ont su s’en détacher pour aller à la rencontre de Celui qui s’est dévoilé, quémandant une relation différente des actes religieux habituels. Le Très Haut s’est révélé le Très Bas. Le Puissant d’Israël s’est montré proche. Le Tout Puissant a dévoilé sa faiblesse, mais la faiblesse de l’amoureux qui recherche l’être aimé sans se fatiguer et avec toute l’ardeur de son cœur.

L’amour qui convertit : les appels à la conversion sont constants dans l’Ecriture. Dieu ne veut pas la mort du pécheur mais sa conversion. Le péché, négation de l’amour et esclavage patent, est une mort spirituelle qui porte à la dégradation physique, à la séparation, à l’aliénation, au néant. Seul l’amour peut sauver le pécheur car, en fait, le péché est une erreur d’appréciation, une erreur sur l’objet à aimer, une erreur fatale qui tue. Proposer l’amour, l’amour pur et lumineux, l’amour divin, redonne vie et porte à la lumière, il donne l’éternité au cœur de la Trinité, Dieu d’amour.

L’amour qui transforme : la conversion est un changement de direction, d’orientation, de solidarité. Elle permet une transformation intérieure qui réorganise la vie en fonction de son harmonie naturelle et surnaturelle. Nous sommes un tout, créé par amour et recréé dans l’amour. Nous pouvons retrouver l’équilibre et la tendresse qui fait vivre. Du fond de notre être surgissent la vie et l’énergie vitale qui font grandir, qui nous font atteindre le transcendant, le monde de Dieu. L’amour seul peut nous faire toucher les étoiles et découvrir l’horizon de Dieu en nous-mêmes. Seul l’amour nous transforme en profondeur pour nous retrouver et nous découvrir fils/fille d’un Père aimant attirant à lui, par son Fils, ses enfants de lumière transformés par l’Esprit Saint.

L’amour qui relève : la transformation opérée par la conversion nous élève au monde de Dieu et nous introduit dans le mystère enfin révélé en Jésus Christ. Ce mystère est participation à l’amour divin et communion trinitaire. Le pardon ayant été obtenu de la gratuité divine, l’Esprit Saint ayant été donné par la majesté divine, la grâce filiale ayant été offerte par l’amour divin, que nous reste-il à faire sinon à aimer et à nous laisser emporter par l’amour trinitaire ? La beauté du christianisme réside dans cette gratuité et cette réciprocité, cette alliance entre partenaires égaux, cet échange de soi dans l’amour, cette communion amoureuse éternelle.

La force de l’amour est la force divine elle-même qui s’est manifestée depuis la Création, qui s’est développée durant la Révélation et qui a pris chair à l’Incarnation pour se répandre dans nos êtres et dans l’univers à la Résurrection. C’est toute la force divine de la Trinité Sainte qui se communique !

  1. 2. La force de la prière

Jésus le Christ nous a donné cette force divine d’amour par sa vie, son être Fils, sa mort et sa Résurrection. L’Esprit d’amour est communiqué à la Pentecôte pour que chaque croyant puisse participer dès maintenant de cet amour éternel. Nous participons de cet amour, dans l’Eglise Corps du Christ et Temple de l’Esprit, par le baptême/confirmation, plongée dans l’amour, et les sacrements, vraie présence divine dans nos vies. Notre prière personnelle et communautaire s’en ressent.

Quand l’amour s’exprime : la prière n’est pas une répétition ennuyante de prières toute-faites ou de rites sans cœur. Elle est relation et cœur-à-cœur avec Dieu, conçu comme Père et célébré dans le Fils par l’Esprit. La prière chrétienne est relation filiale dans l’amour à la suite du Christ dans l’Esprit. Sans amour, elle n’a pas de sens et tombe dans la ‘religiosité’. La force de la prière réside dans la communion trinitaire, dans laquelle nous jouissons des privilèges du Fils Lui-même !

Quand l’amour illumine : la prière est personnelle et communautaire. Personnelle, elle touche le cœur du Père qui aime chacun de ses enfants. Communautaire, elle touche le cœur du Père qui veut ses enfants unis et en communion. Quand les croyants se réunissent, le Christ est présent et prie avec eux. L’Esprit suscite la prière et s’exprime en nos cœurs. La prière est un échange, dans l’amour, et une communion, dans l’amour. Les paroles deviennent alors inutiles tant l’amour exprime de lui-même nos sentiments, nos demandes, notre louange, notre action de grâce et notre adoration.

  1. 3. Conclusion : unis dans l’amour !

Ezéchiel devint guetteur pour annoncer la vie et susciter l’authenticité de l’Alliance, conçue comme relation amoureuse et égale avec Dieu.

Paul devint apôtre pour annoncer la plénitude de la Loi dans l’amour. Tout désormais est soumis à la loi d’amour et notre agir s’en ressent profondément puisqu’il atteint les profondeurs de l’être.

Jésus est le Fils qui porte au Père par l’Esprit Saint. Il propose, avec douceur, la conversion et la transformation de l’être pour recevoir la plénitude de l’amour en Dieu. Il est le Bien-aimé du Père éternel, accueillant en lui tous ceux qui, librement, veulent vivre, par l’Esprit, de l’amour. Amour, l’autre nom de Dieu !

P. Francis

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