ORDINAIRE 33 A

« Fils de la lumière »

(1 Thess 5, 1-6 ; Mat 25, 14-30)

Si notre époque a évacué le religieux, elle n’a pu évacuer le sacré. Nous assistons depuis plusieurs générations à une dévalorisation du phénomène religieux et à une contestation de plus en plus violente des religions instituées. Il semblerait que la libération de l’homme passerait par sa libération du ‘surnaturel’ ou du moins de l’emprise d’un clergé ignorant ou pervers. Ceux qui contestent le christianisme utilisent les valeurs héritées de lui. Les Lumières sont la fille ‘laïcisée’ des valeurs évangéliques. Par son insistance sur la conscience, la personne, la liberté et donc la responsabilité, mais aussi d’un Dieu personnel et aimant, le christianisme est la religion ‘de la sortie de la religion’. Sans rien imposer, l’Evangile requiert une adhésion totale qui s’épanouit dans la foi, l’espérance et la charité. Mais si le religieux est ‘suspect’ aux yeux de nos contemporains, le sacré revient en force et se développe dans les sectes, la musique, le cinéma… Il existe une dimension qui nous dépasse et que nous ressentons fortement même sans formation religieuse. Il y a des ‘choses sacrées’ que nous respectons en tant que telles. Ce sacré n’est plus chrétien et s’oriente vers le paganisme ou le panthéisme. Il est alors miné par la peur, le catastrophisme actuel en est bien la preuve. Jésus a prêché le Royaume, c’est-à-dire l’ouverture à la présence de Dieu dans l’aujourd’hui jusqu’à son plein épanouissement dans l’éternité. Faisons donc fructifier cette vérité qui est lumière sur nos routes quotidiennes et réponse à nos angoisses incontrôlables.

  1. 1. Royaume de lumière.

Face aux relents du sacré qui prennent des dimensions ambigües dans la vie des plus jeunes et aux peurs contemporaines qui affrontent un futur sans espoir, nous affirmons haut et fort  l’existence d’un Dieu amour révélé en Jésus Christ, un Dieu entrant en relation, un Dieu communion qui partage sa divinité. Nous refusons une divinité informe ou énergétique sans visage ou sans consistance. Nous rejetons le hasard ou l’absurdité de l’existence et de la création. Nous réfutons toute sacralisation violente ou sournoise de l’idéologie ou de l’économie. Notre Dieu est le Père de Jésus Christ, qui a envoyé son Fils pour sauver et sanctifier le monde et qui donne son Esprit pour permettre la communion. Notre Dieu est relation et communion trinitaire auxquelles nous sommes conviés. Nous sommes bien loin de la peur ambiante qui paralyse notre esprit critique et notre aspiration à l’au-delà et à l’infini.

Face au relativisme, la vérité : ‘Tout se vaut’ entend-on souvent. Les opinions ont valeurs absolues et les expériences particulières ont force de loi. N’y-a-t-il rien d’objectif ? N’y-a-t-il pas un repère extérieur à nos passions et à nos intuitions ? S’il nous faut chercher les normes correspondantes à notre humanisation, il n’en reste pas moins qu’une norme objective nous est nécessaire pour orienter notre réflexion et nos vies. Notre vérité, c’est le Christ, Parole et Verbe éternel du Père, présent par l’Esprit de vérité et de lumière.

Face aux déviations, la liberté : ‘Tout est tolérable’ entend-on parfois. Chacun pourrait agir à sa guise, selon ses pulsions et ses opinions tout en respectant un minimum pour le vivre-ensemble. Ce minimum est la base de la vie sociale mais non le Bien commun qui est recherche et respect de notre humanité et de ses valeurs propres. La liberté se réduit-elle à nos désirs, à nos passions et pulsions ? La liberté a un nom, Jésus le Christ, qui a su donner sa vie et se donner au Père pour notre salut. La liberté consiste à faire la volonté du Père, qui ne veut que notre bien dans son amour. Notre liberté rejoint la liberté divine et s’en nourrit.

Face à l’ignorance, la certitude : ‘Rien n’est certain’ entend-on quelquefois. Il semble que nous vivons dans un monde de divergences et d’opinions qui s’affrontent. Celui qui gagne impose sa vérité ou ses doutes. N’avons-nous pas une intelligence féconde, une raison propre qui sait critiquer et nuancer mais aussi une foi qui sait s’en remettre à la Raison pure, au Logos éternel ? Notre certitude, c’est l’amour du Père révélé par son Fils et vécu dans l’Esprit. Cet amour régit notre vie et illumine notre raison. Il fait l’harmonie en nous et unit ce qui semble contraire.

Quand Jésus parle du Royaume, il ne nous fait pas illusion en nous projetant dans un futur rêvé. Il nous enracine dans notre humanité pour l’élever à la vérité divine. C’est un monde de lumière !

  1. 2. Royaume de communion.

La parabole des talents confiés par le maître à ses serviteurs est une belle illustration de la confiance que Dieu met en nous mais aussi de notre capacité à faire fructifier le bien et à embellir la vie. Il n’y a que la peur qui peut nous paralyser. La peur est le contraire de la foi et l’ennemi de l’amour. Elle est le fruit de l’ignorance, du relativisme et de nos déviances car elle dénature le Royaume et l’affadit.

Le Royaume, maintenant : faire fructifier les dons de l’Esprit et défendre la vie, la justice et la paix. Annoncer la grâce et l’absolu de l’amour. Mettre la personne au centre de nos préoccupations et de nos choix personnels et collectifs… C’est maintenant, que le Royaume se construit. La Résurrection l’a inauguré de façon éclatante et profonde. Dieu nous fait confiance et nous donne les moyens de goûter aux joies de l’amour et de la communion, dans l’Eglise, par la prière et les Sacrements, dans l’Esprit du Père et du Fils.

Le Royaume, en plénitude : les talents qui ont fructifié s’épanouissent dans l’éternité. Notre temporalité se frotte à l’éternité. Nos limites sont dépassées dans la Résurrection et notre ordinaire devient signe de l’extraordinaire en la Trinité. Les signes sont déjà là, en nous, parmi nous. Quelle beauté que Dieu fasse de l’ordinaire le tremplin vers l’éternité et que notre humble travail quotidien soit déjà les prémices de la communion trinitaire ! Il n’y a pas grande différence, finalement, entre notre vie actuelle et sa plénitude en Dieu : c’est la même communion, purifiée certes mais tout aussi profonde et vraie. Cela renforce notre amour du monde sauvé et des autres aimés, tout comme notre engagement à la construction du Royaume.

  1. 3. Conclusion : tendus vers la lumière.

Le Royaume n’est pas à projeter dans l’avenir, il est là au cœur de notre existence. Inauguré le matin de Pâques, il se construit dans la grâce reçue et l’engagement quotidien dans l’amour.

Le Royaume n’est pas un lieu illusoire, il est une construction patiente mais efficace. Donné à tout croyant au matin de Pâques, il n’épanouira dans l’éternité offerte.

Le Royaume est le contraire de la peur, peur des autres, du monde ou de Dieu. Don paisible de la grâce, il est participation à la Résurrection glorieuse du Christ et communion en la Trinité Sainte. Les signes de sa présence sont en nous. Faisons donc fructifier les talents et les dons de l’Esprit.

P. Francis

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